LA CROÛTE TERRESTRE : HISTOIRE D’UN PUZZLE QUI SE STRUCTURE

Par Abdelilah Benmesbah – Département de Géologie – Université Ibn Tofail – Maroc

En réalité, la science ne raconte pas toute l’histoire de la terre. Celle-ci doit être complétée par d’autres formes de discernements. Une histoire de la terre si mouvementée, conçue avec un tel niveau de contrôle entre un puzzle de plaques mouvantes à son toit et un  magma tourbillonnant à son fond, ne peut être attribuée au simple jeu du hasard, mais à un Puissant Constructeur, un Ingénieux Artiste Qui, en cachant la perfection de Sa construction dans les détails, nous invite à observer et à chercher pour apprécier Ses perfections. De là, si le scientifique part du principe que la terre est intelligible, il sera capable de la comprendre. Une compréhension qui, dépassant la science, nous dicte qu’en cohérence avec les informations physiques de la terre, nous pouvons produire des inférences à aspects non physiques.   En géologie, la croûte terrestre constitue la couche superficielle de la terre résultant de l’assemblage de plaques lithosphériques jointives et solides, appelées plaques tectoniques,  qui se déplacent en puzzle sur une asthénosphère liquide. Les étapes de sa formation montrent que la terre, à sa naissance, n’était qu’une boule fondue de magma dont les constituants se seraient roulés autour d’elle puis fusionnés sous l’effet de la gravité. La température de la terre ainsi que sa densité auraient été 20 fois plus grandes que celles d’aujourd’hui. Puis avec le refroidissement de la terre, celle-ci acquière petit à petit sa solidité et se tapisse d’une écorce qui se consolide progressivement sur son toit jusqu’à donner une croûte basaltique solide.

Au dessous, l’asthénosphère demeure en fusion contrôlant ainsi l’évolution de l’écorce solide sus-jacente qui se fissure, se faille et donne lieu à des éruptions de produits fondus. Une fois refroidis, ces produits magmatiques propulsés s’étalent sur la surface, se consolident, et étendent la croûte latéralement. Mais l’édification de la croûte terrestre proprement dite n’a été achevée qu’après l’ascension de produits magmatiques plus visqueux et moins denses qui allaient constituer les roches granitiques. Restant dans l’épaisseur de la croûte, ces intrusions granitiques se consolident sous forme de racines qui allaient par la suite renforcer la croûte et contribuer, après érosion et mise à l’affleurement, à la construction de la croûte continentale.

Ainsi la terre se revêt d’une carapace solide qui lui préserve son contenu interne et lui régularise les opérations d’échange de matière et d’énergie avec l’atmosphère. Les fissures et les failles se localisent dans des ceintures délimitant les différentes plaques lithosphériques et déterminent par là, la répartition géographique des zones d’instabilités volcanique et sismique.

Ces plaques lithosphériques qui tapissent la surface du globe terrestre, dites aussi plaques tectoniques sont au nombre de 13 dont 7 principales (Fig. 1) : 

  • La plaque pacifique qui supporte toutes les eaux de l’Océan Pacifique.
  • La plaque australienne.
  • La plaque nord-américaine.
  • La plaque sud-américaine.
  • La plaque africaine.
  • La plaque euro-asiatique.
  • La plaque antarctique qui supporte les calottes glaciaires du pôle sud.
Figure 1 : Répartition des plaques tectoniques de la terre.

Cet aspect de la croûte terrestre découpée en parcelles qui est à l’origine de la répartition actuelle des continents est le résultat d’un long processus de déplacement de plaques à l’origine de la dérive des continents (Le Pichon, 1974). Avant 200 à 300 millions d’années, il n’existait sur terre qu’un seul continent et un seul océan. Puis, suite au glissement des plaques tectoniques sur l’asthénosphère visqueuse, ce continent se scindait en deux ; la Laurasie comportant l’Amérique du nord, l’Europe et l’Asie ; le Gondwana comportant l’Amérique du sud, l’Afrique, l’Antarctique, l’Australie et l’Inde. Au fil des temps géologiques, ces deux entités se sont à leur tour divisées pour donner, après un long périple, la répartition actuelle des continents.

Cette dérive des continents fut conçue par la théorie de la tectonique des plaques émise par l’allemand Alfred Wegner en 1912. Très controversée, l’acceptation de cette théorie avait fallu attendre les années 60, après que les expéditions océaniques aient détecté des ceintures de failles délimitant des plaques en profondeur des océans. Chose qui, par la suite, allait être vérifiée aussi sur les continents où les systèmes de failles permettent de détecter les ceintures de délimitation des plaques continentales. Ainsi, la structure en parcelles jointives de la croûte terrestre s’est confirmée à l’unanimité des géologues (Fig. 2), rejoignant dans sa globalité la description coranique qui annonce : (Et dans la terre il y’a des parcelles voisines les unes des autres) (XIII, 4).

Figure 2 : Illustration des ceintures de failles délimitant les plaques tectoniques.

Parallèlement, ont été découvertes avec ces systèmes de failles, des chaînes de montagnes sous-marines qui forment des ceintures d’accumulation de produits magmatiques s’élevant jusqu’à 4000 m de haut. Constituant les limites entre plaques, chaque ceinture résulte d’un système de failles et de flexures desquelles s’éjectent ces produits. Une fois mises en place, ces produits provenant de l’activité magmatique profonde de la terre, se refroidissent et se soudent à la croûte terrestre en la prolongeant latéralement, de sorte que chaque éruption magmatique donne une nouvelle poussée visqueuse qui, en se mettant à la surface, étend la croûte à la manière d’un gigantesque tapis roulant.

Donc le mouvement des plaques lithosphériques à l’origine des déformations de la croûte terrestre est généré par les forces internes de la terre. Le moteur de ces forces étant la radioactivité profonde de la terre qui, à partir de plumes radioactives d’Uranium, de Potassium et de Thorium (appelées points chauds), émet un flux de chaleur du centre de la terre vers sa surface. Il en résulte une asthénosphère plus chauffée, car proche du centre.

Visqueuse et moins dense que la matière se trouvant près de la surface, cette asthénosphère a tendance à remonter, au moment où la matière du dessus plus dense et moins chaude se déplace vers le centre pour se réchauffer. Il se crée alors un mouvement de convection où la concentration de chaleur au dessous de la lithosphère fait fusionner partiellement le manteau et le dilater créant ainsi des courants de convection à l’origine de l’écartement des plaques aux endroits de la montée de ces courants vers la surface. Et voilà qu’un enfouissement jusqu’à ce niveau du manteau nous met à l’image d’un tourbillonnement de magma tel que l’a annoncé la description coranique qui dicte : (Etes-vous à l’abri que Celui Qui est au ciel vous enfouisse en la terre. Et voilà qu’elle s’agite d’un tourbillonnement !) (LXVII, 16). Une description qui fait signe à une géothermie pouvant servir comme source importante d’énergie renouvelable.    

Cette fabrication continue de la croûte terrestre qui se fait par accumulation permanente de produits magmatiques dans les zones de distension est compensée par une disparition équivalente de la croûte terrestre dans les bouts en compression où elle s’enfonce dans le magma et subit la fusion.

Ce phénomène, dit de subduction, a lieu généralement entre deux plaques ; une océanique et l’autre continentale. Vue la densité plus élevée des matériaux de la croûte océanique, c’est toujours la plaque océanique qui plonge sous la plaque continentale et le contraire paraît théoriquement impossible. C’est ainsi que s’établit l’état d’équilibre entre les zones en distension et les zones en compression qui finit par compenser l’excès de croûte naissant dans les bouts en distension par résorption de son équivalent en produit dans les bouts en compression.

A l’aide de la subduction, cet excès de croûte finit par subir la fusion dans les bouts en compression rappelant en quelque sorte un des aspects qu’expose le Coran à l’égard de la réduction de la terre de ses bouts : (Ne voient-ils pas que Nous venons à la terre que Nous réduisons de ses bouts. Seront-ils alors les vainqueurs ?) (XXI, 44). Une réduction qui, entrant dans le modèle général d’équilibre et de stabilité de la terre qui s’intègre dans celui de l’équilibre global de l’univers, témoigne du fait que le processus n’est pas chaotique, mais dirigé par un Opérateur Qui installe et fait durer avec sagesse et facilité un ordre que la terre exécute selon des normes prescrites, sans la moindre disproportion.

Un tel ordre, paré avec toutes sortes d’arts et de consistance, s’il est observé avec un œil de méditation, se montre comme un défilé sans fin, une exhibition conçue pour nous montrer l’acte créateur de Dieu. Un acte qu’on peut lire dans cette harmonie de mouvement que manifestent les plaques, dans leur cohérence et dans leur interdépendance, où cette harmonie est l’expression d’une mélodie que relate l’histoire d’une terre pleine d’amour et de compassion où les accords se rejoignent dans la contemplation du silence. Une mélodie qui est donc l’œuvre d’une solidarité et d’une vie collective traduisant que le bien être individuel passe par le bien être commun.

De cette histoire nous voyons comment les richesses de la terre, même si elles sont portées par des plaques séparées les unes des autres par de profondes failles, fructifient et embellissent la terre, car elles sont le fruit d’un labour collectif commun, arrosé durant tout ce périple, d’une seule et unique eau, celle provenant du ciel, comme l’annonce le reste du verset précédent qui a fait signe du découpage de la terre : (Et dans la terre il y’a des parcelles voisines les unes des autres, des jardins (plantés) de vignes et de céréales et des palmiers en touffes ou espacés, arrosés de la même eau) (XIII, 4).

Ainsi, de la même façon que ces plaques se sont unies pour le bien être de la terre, les êtres humains doivent s’unir pour le bien être de l’humanité car le bien être individuel de l’homme doit passer par le bien être commun de l’humanité. Un bien être qui ne peut se perpétuer mutuellement que par installation dans les cœurs de sentiments d’amour, de compassion, de respect et de tolérance envers l’autre. Ce sont ces sentiments qui nous donneront l’aptitude de nous connaître nous même et de ressentir notre lien avec la terre et avec notre Créateur : (En vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y’a certes des signes pour les doués d’intelligence, qui, debout, assis, couchés sur leurs cotés, invoquent Allah et méditent sur la création des cieux et de la terre (disant) : « Notre Seigneur ! Tu n’as pas créé cela en vain. Gloire à Toi ! Gardes-nous du châtiment du feu »). (III, 190 – 191)   

Malheureusement, la science, en ayant écarté le récit de la création fait par les Saintes Ecritures, reste loin de ces inspirations et par conséquent muette sur le sentiment de la terre qui émane de la cause première à l’origine de sa structuration. Donc même si aujourd’hui, grâce à cette théorie de la tectonique des plaques, les géologues savent tout sur la croûte terrestre ; sa formation, sa structure et ses mouvements, il leur manque cette étincelle initiale de fraction de seconde qui a permis de mettre cette machine terrestre en œuvre. Autrement dit, la science, en écartant la possibilité de prendre les textes religieux en considération, même si elle prétend tout comprendre du fonctionnement de la terre, ne peut percer les dogmes de son esprit car elle ne peut strictement rien dire de ses sentiments, nés avec l’instant initial de sa création.

Cet instant qui immortalise cette origine des origines sans cesse repoussée qui ne trouve toujours pas de réponse finale dans la science, si les scientifiques y prêtaient un peu de réflexion, leur ferait parler de la science différemment, avec un goût pour la transcendance qui ne peut que nourrir leur enthousiasme scientifique. Un enthousiasme qui dicte qu’une croûte terrestre ordonnée avec une telle perfection de structure et une telle harmonie de mouvement ne peut être comprise en se limitant à la seule nature physique de la terre, mais en allant au-delà vers l’acte miraculeux d’un Etre Sage et Puissant où cette perfection de structure et cette beauté de conception sont l’indice d’une compassion et d’une miséricorde qui suscitent notre contemplation.

Donc de la même façon que ces plaques, se sont ordonnées harmonieusement en manifestation d’une réalité unique, celle de maintenir l’ordre général assigné à la terre, les gens, pour leur bien, doivent se rassembler autour de points communs et s’unir sur des principes qui s’intègrent dans cet ordre qui est le seul susceptible de transformer cette réalité terrestre en un paradis les accueillant tous.   

C’est cette vision qui pourrait remettre la conscience humaine sur la bonne voie car faire la science pour la science ne serait-ce qu’une déraison qui relève d’une accoutumance héritée de l’acte matérialiste que l’homme ne cesse de perpétrer par appétit d’argent et de plaisir. Par effet de cette accoutumance les cœurs se sont endurcis et sont devenus ternes, desséchés et exsangues de sentiments d’amour et de responsabilité, tel que nous le rappelle le Coran : (Le moment n’est-il pas venu pour ceux qui ont cru, que leurs cœurs s’humilient à l’évocation d’Allah et devant ce qui est descendu de la vérité (Le Coran) ? et de ne point être pareils à ceux qui ont reçu le Livre avant eux. Ceux-ci trouvèrent le temps assez long et leurs cœurs s’endurcirent, et beaucoup d’entre eux sont pervers.) (LVII, 16). Donc aussi longtemps que cette accoutumance règne le sentiment d’inconscience persiste et rend l’homme aveugle aux beautés de cette mélodie que lui conte l’histoire de la terre et sourd au discours de sa vérité. Ce qui rend le scientifique superficiel et l’implique dans des raisonnements où l’erreur et l’injustice n’apparaissent que bien après.

Pour cela, Dieu nous a révélé ces mystères cryptographiés à la tête des versets afin de porter notre regard à un domaine de recherche et de réflexion où notre devoir en tant que scientifiques ne doit pas rester figé sur le « comment » des choses, mais le dépasser vers leur « pourquoi » afin de faire revivre en nous ce coté tant oublié par la science, à savoir la transcendance.

Ce sont ces moments de grâce qui feront transcender l’homme vers l’acte créateur de Dieu Qui, par preuve d’amour envers cet être humain si faible et impuissant, lui a stabilisé ce toit et le lui a soumis pour être à sa disposition : (C’est Allah Qui a assigné la terre comme demeure stable) (XL, 64). Un amour qui, émanant de Dieu pour toute l’humanité, s’est révélé à son top de splendeur dans la personne de Ses Prophètes que nous sommes tous censés d’aimer et de respecter.

Donc, si je me suis penché dans cette histoire de la terre sur les approches scientifiques du discours coranique ce n’est pas pour asseoir le magistère du Coran par appui sur la science ; ça serait une impasse, mais pour montrer l’action mobilisatrice de ce Livre vis-à-vis de la raison et affiner l’esprit scientifique du chercheur par sa force libératoire. Ce Livre Saint, en affirmant avoir honoré l’homme par la mention du savoir, vise le libérer de cette impasse réductionniste qu’impose la vision scientiste de ce monde en éveillant en lui la raison, l’esprit d’observer, d’expérimenter pour découvrir la vérité fondamentale de l’humanité.

       Références bibliographiques

Pichon (Le) X. ; Franchteau J. & Bonnin J.(1974) – Plate tectonics. Elsevier Sc. Publ., 311 p.


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