QUELLE PLACE POUR NOTRE TERRE DANS L’IMMENSITÉ DE L’UNIVERS ?

Par Abdelilah Benmesbah – Département de Géologie – Université Ibn Tofail – Maroc

Alors que certains courants actuels conçoivent leur démarche d’élucidation de l’univers comme mouvement pour propager l’idée de la terre plate, d’autres, bien qu’ils expriment un grand éloignement entre le religieux et le scientifique, se trouvent sur un point commun ; celui de la rondeur de la terre.

Scientifiquement, la terre est un sphéroïde dont la forme, la structure et la position sont des notions que la Coran n’a manqué de mentionner.

Le fait que le Coran annonce : {Et c’est Lui (Allah) Qui a étendu la terre}(XIII, 3), sous entend une extension infinie dans l’immensité de la terre qui, comme l’ont interprétée les exégètes du Coran, ne peut se réaliser que pour un corps de forme ronde où l’extension de la surface se fait d’une façon infinie dans toutes les directions. Mais puisque la terre est un corps immense, ce que nous voyons de sa surface nous paraît plat, alors que le Coran annonce : {Seigneur des deux levants et Seigneur des deux couchants} (LV, 17) qui fait allusion à un globe terrestre qui, moitié éclairé, moitié assombri, enregistre sur ses deux faces opposées deux levants et deux couchants qui s’alternent conformément au verset 5 de la sourate XXXIX qui dit : {Il (Allah) enroule la nuit sur le jour et enroule le jour sur la nuit}. Un verset qui illustre un balayage complet de la surface de la terre par les levants et les couchants, de sorte qu’au fil des 365 jours de l’année, cette surface ronde connait par changement progressif de ses positions par rapport au soleil plusieurs levants et plusieurs couchants : {Et non..Je jure par le Seigneur des levants et des couchants que Nous sommes capable} (LXXI, 40). Une rondeur qui s’illustre aussi par : {Et c’est Lui Qui a créé la nuit et le jour, le soleil et la lune, chacun voguant dans son orbite} (XXI,33), où le terme orbite est traduit du mot arabe « falak » qui désigne tout ce qui tourne en rond, comme cet instrument appelé en arabe « falkah » qui en est extrait pour désigner  un objet sphérique en bois, porté par un bâton rotatif que le tisserand fait tourner pour enrouler le fil de laine autour. Donc une terre qui, décrite par le symbolisme coranique, illustre bien la forme ronde d’une planète qui tourne autour d’elle-même et autour du soleil.

Cette vérité de la rondeur de la terre dans l’univers se montre encore plus pertinente dans le sens d’un verset qui illustre les « diamètres » des cieux et de la terre comme étant des droites unifiés entre ces deux entités : {Ô peuple des djines et des hommes ! Si vous pouvez transpercer les « aqtar» (diamètres) des cieux et  de la terre, alors faites-le. Vous ne transpercez qu’à laide d’un pouvoir} (LV, 33). Dans ce verset, le fait que le mot arabe « aqtar » qui désigne dans le langage géométrique « les diamètres » est évoqué unifié entre les cieux et la terre (les « diamètres » des cieux et de la terre) laisse penser à la continuité de ces diamètres entre les cieux et la terre. Or si l’on revient sur la notion géométrique du terme diamètre qui désigne la ligne droite qui lie les extrémités d’un corps en passant par son centre, on se rend compte d’après le sens du verset que l’on est devant l’image d’une terre contournée par un monde de cieux dans une rondeur où la terre au centre constitue le point d’intersection de tous les diamètres.

Ces « diamètres » évoqués par le discours coranique sont envisagés par la cosmologie dans la conception de la forme de l’univers. Seulement, leur réalité ne peut être accédée qu’en titre de curiosité car elle ne peut être prouvée en moyen d’observations astronomiques encore insuffisantes. Toutefois, elle peut sur base de calculs à partir de l’estimation de l’effet cosmique de l’expansion, comme l’a démontrée Steven Weinberg, servir à symboliser l’univers par une sphère où les horizons croissent en raison simple du temps et le rayon croit comme sa racine carrée (Weinberg, 1978).        

Toujours dans ce sens, le Coran nous apprend que la terre subit une réduction permanente de ses côtés : {Ne voient-ils pas que Nous venons à la terre que Nous réduisons de tous côtés ?} (XIII, 41), (XXI, 44). Une réduction qui, d’après la morphologie de la terre où les côtés visent les montagnes qui sont les points les plus éloignés de son centre, semble en parfaite concordance avec sa rondeur.

Donc la rondeur de la terre étant un signe de symétrie où tous les côtés de la terre s’opposent autour d’un axe qui est en fait son axe de rotation. Si l’un de ces côtés subit une surélévation, les agents du ciel le réduisent par érosion, comme l’a mentionné le verset précédent. Une érosion qu’on peut illustrer par le façonnement que subit une roche dans son mouvement rotatif au contact d’un corps abrasif extérieur. Celle-ci en subissant l’usure de ses côtés saillants par frottement contre ce corps abrasif, gardera toujours sa forme ronde. Elle aura tendance à garder une surface plus ou moins équidistante par rapport à son centre et par conséquent un indice d’émoussé élevé.

Cela pour l’aspect extérieur de la terre. Pour sa structure interne, le globe terrestre, par sa rondeur, révèle sept couches concentriques distinctes par leurs propriétés physiques et chimiques. Ces couches sont de la surface au centre de la terre (fig. 1):

  1. La croûte terrestre (5 à 8 km de basaltes sous les océans et 60 à 80 km de granites sous les continents).
  2. La lithosphère (couche solide limitée en haut par la discontinuité de Mohorovicic).
  3. L’asthénosphère (couche visqueuse correspondant à la zone de faiblesse du manteau supérieur terrestre, allant jusqu’à 400 km de profondeur).
  4. La zone de transition allant jusqu’à 700 km de profondeur.
  5. Le manteau inférieur limité à la profondeur de 2900 km par la discontinuité de Gutenberg.
  6. Le noyau liquide qui va jusqu’à 5170 km de profondeur.
  7. Le noyau solide ou graine où se concentre le fer et le nickel.

Figure 1 : Coupe montrant la structure interne de la terre

Cette organisation structurale de la terre en sept couches concentriques que la géologie adopte aujourd’hui et que le Coran a signalée il y’a 15 siècles : {Allah qui a créé sept cieux et autant de terres}(LXV, 12), se trouve évoquée aussi dans un récit du Prophète Muhammad que le salut et la bénédiction d’Allah soient sur lui, qui dit : « Celui qui prend de la terre quelque chose sans droit, la terre l’engloutira le jour de la résurrection jusqu’à son septième niveau bas » (Al Boukhari, 2322).

D’un autre côté, si l’on prend le sens du Hadith du Prophète qui dit : « la Kaaba était une butte (khosh’a) sur l’eau. Ainsi la terre s’étendait à partir d’elle » (Al Nihaya, Gharib Al Athar, 2/43 ; 964), comme socle pour une étude comparative avec ce que dit la science, et si l’on revient sur l’interprétation du verset 127 de la sourate II : {Et quant Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison (la Kaaba)}, où l’on trouve Al Kortobi reporter à Moujahid (disciple d’Ibn Abbas, compagnon du Prophète) d’avoir dit que « Allah avait créé l’emplacement de la Kaaba avant de n’avoir rien créé sur terre et  que ses assises sont dans la septième terre profonde », on comprend tout de suite que la terre est structurée en sept couches concentriques au toit desquelles la Kaaba se trouve en plein centre. Chose que si l’on résonne par les données géologiques actuelles, parait en parfaite concordance avec les reconstitutions de l’évolution tectonique de la terre. Surtout lorsqu’on revient sur le sens étymologique du terme arabe (khosh’a) qui désigne une butte rocheuse pas tout à fait consolidée et pas tout à fait visqueuse, mais plus ou moins plastique. Chose qui nous met vraisemblablement devant l’image d’une remontée magmatique qui, en voie de  consolidation, était à fleur d’eau.

Cette image peut être mieux visualisée à travers les résultats scientifiques acquis par les volcanologues. Emmanuel Serafini (1994), a écrit : « Dès la genèse de la croûte terrestre quelques millions d’années après la naissance de la terre, celle-ci chauffée par un volcanisme turbulent ne parvient pas à se fabriquer une carapace. Jusqu’au moment où d’immenses bulles de magma bizarroïdes lui remontent des entrailles. Faites d’un matériau plus visqueux que les basaltes, ces colossales intrusions de granitoïdes se solidifient avant de gagner l’air libre et viennent s’encastrer dans la croûte qui les coiffe. Avec le temps elles pointent le nez à l’air libre et forment des protocontinents reliés par un océan de basalte. Renforcée par ces piliers granitiques, la nouvelle croûte résiste aux mouvements de convection. Elle ne se fissure qu’en des endroits bien précis, délimitant d’immenses plaques qui, sous l’effet des mouvements de convection glissent lentement sur les couches profondes….., Voici 4,2 milliards d’années,  la terre transforme la vapeur d’eau recrachée par ses volcans en un déluge d’eau liquide…qui allait par la suite remplir les creux de la terre».

Ce témoignage scientifique qui nous illustre la terre complètement envahie par l’eau au début de sa formation rejoint en quelque sorte le sens du Hadith précité qui annonce l’apparition de la Kaaba au milieu du déluge. Emergée comme une butte naissant de la première remontée magmatique, la mise à fleur de la Kaaba peut être assimilée, de point de vue forme, au modèle actuel des îles Hawaï qui fonctionne au milieu de l’Océan pacifique depuis 80 millions d’années.

Ce modèle tel qu’il est décrit par les volcanologues, illustre les îles Hawaï comme une ceinture volcanique qui s’étend au milieu de la plaque pacifique. Jean-Philippe Remy (1994) a écrit : «Les îles Hawaï forment une curieuse chaîne montagneuse qui s’étend au milieu de la plaque pacifique…Presque entièrement cachées par les eaux, ces montagnes sont en fait des restes d’anciens volcans qui apparaissent au milieu de la plaque. Le magma de ce volcanisme prend naissance à un point fixe (point chaud) à la périphérie du noyau et remonte sous forme de grosses bulles vers la surface de la terre. Au terme de ce long périple à travers le manteau, ces bulles géantes atteignent la plaque qu’elles percent comme des chalumeaux. Commence alors une période de volcanisme intense : coulée après coulée, la lave édifie un petit mont sous marin, un guyot, qui parvient parfois à émerger à la surface de l’océan, devenant alors une île véritable. »   

Toutefois le mécanisme dans son détail devrait être beaucoup plus compliqué vu que la reconstitution de ses modalités ne peut se réaliser sans le recours à une minutieuse étude pétrographique des matériaux intrusifs et de leurs encaissants. Mais, intégré dans le grand modèle d’expansion de la croûte terrestre qui, à partir des zones d’activité volcanique aboutissait à la dérive des continents, ce modèle ne parait en aucun cas désapprouver la notion  de centralisme de la Kaaba. Pour s’en persuader, on n’a qu’à revenir sur la carte géographique du monde et y localiser la position de la Kaaba par rapport à la totalité de la masse continentale terrestre : elle est parfaitement au centre. La composition magmatique sombre du plancher  rocheux de la Mecque en fournit la preuve.    

Cette position de la Kaaba pourrait être vérifiée aussi au niveau de l’évolution tectonique de la terre depuis le continent unique qui se scindait avant des centaines de millions d’années en deux qui à leur tour se scindaient en d’autres jusqu’à donner la répartition géographique actuelle des continents. A chacune de ces étapes, comme le montrent les reconstitutions de la dérive des continents (fig. 2), la Kaaba se trouvait au centre du domaine continental terrestre, de façon que si l’on traçait un cercle centré sur la Kaaba, celui-ci contournerait à chaque étape la masse continentale de l’époque considérée. Pour cela Dieu a qualifié la Kaaba de premier édifice élevé sur terre : (Il est certain que la première Maison qui ait été édifiée pour les gens c’est bien celle dans la Mecque bénie et une bonne direction pour l’univers) (III, 96).

Figure 2 : Position de la Kaaba au milieu de la masse continentale terrestre.
(d’après Bellair & al. 1977, modifié)

Comme l’a décrite le verset coranique, la position universelle de la Kaaba n’est pas conçue uniquement pour les musulmans, mais pour tous les gens. Elle est donc d’une logique hautement significative sur l’unité de la création et l’unicité du Créateur car, si la Kaaba est au centre de la masse continentale terrestre et que ses fondements s’enracinent jusqu’au noyau de la terre, sachant, comme c’est décrit dans le Coran, qu’autour du globe terrestre il y’a sept cieux superposés qui se terminent au septième par la « Maison peuplée », qui est à un centre céleste parfaitement symétrique avec celui de la terre, on peut dire que la Kaaba se trouve dans l’axe de symétrie de l’univers reliant la terre au ciel. Le Prophète a été interrogé un jour par ses compagnons sur le sens du verset 4 de la sourate LII où Dieu fait serment : {Et par la Maison peuplée}, il répondit que «c’est une Maison qui est au septième ciel, tout à fait en face de la Kaaba, si elle s’effondre, elle s’effondrera sur elle. Chaque jour circulent autour d’elle soixante dix milles anges qui en sortant aucun d’eux n’y retourne» (interprétation d’Ibn Kathir du verset 4 de la sourate LII du Coran).

Cette position de la Kaaba à l’axe de liaison entre les deux centres du ciel et de la terre nous met dans l’image d’une terre qui, en embrassant la Kaaba, occupe une position centrale dans le monde des cieux, c’est-à-dire qu’elle est au milieu de l’univers. En annonçant : {Allah Qui a créé sept cieux et autant de terre. Entre eux (Son) commandement descend, afin que vous sachiez qu’Allah est Omnipotent et qu’Allah a embrassé toute chose de (Son) savoir} (LXV, 12), le Coran nous met devant l’image d’une terre formée, comme le ciel, de sept niveaux, et que le commandement d’Allah descend du ciel le plus haut, à travers les sept niveaux célestes et les sept terrestres, pour arriver au foyer le plus profond de la terre. De ce foyer la Kaaba puise ses racines, comme on le trouve signalé dans le verset 127 de la sourate II : {Et quand Abraham et Ismaël élevaient les assises de la Maison (la Kaaba)} qu’Al Kortbi, comme on l’a dit, a interprétée en disant : « Allah avait créé l’emplacement de la Kaaba avant de n’avoir rien créé sur terre et  que ses assises sont dans la septième terre profonde  ». Cette interprétation signifie  que la Kaaba existait depuis toujours et qu’Abraham et Ismaël n’avaient qu’élevé ses assises qui se prolongent jusqu’au septième niveau profond de la terre qui est le noyau. Donc si la Kaaba est au centre de la surface terrestre avec ses assises qui s’enfoncent dans la terre jusqu’à son noyau, et que la terre est au milieu de l’univers, la Kaaba sera au milieu de l’univers.       

Ainsi si cet emplacement de la Kaaba dans une cité (la Mecque) que le Coran désigne par « Oumm Al Qora » c’est-à-dire « la mère des cités », avait été choisi par Dieu pour être le lieu de naissance de Son Prophète Muhammad que le salut et la bénédiction d’Allah soient sur lui, c’était pour son statut de milieu par rapport à toute la terre. Pour cela la première communauté prophétique inaugurée à la Mecque a été qualifiée par Dieu de communauté de milieu ; centre duquel allait rayonner la lumière de la guidance sur l’ensemble de la terre, tel que l’annonce le verset 143 de la sourate II qui est aussi positionné au milieu de cette sourate, à la position 143 de l’ensemble de ses versets qui sont 286.: {Et aussi Nous avons fait de vous une communauté de milieu pour que vous soyez témoins aux gens et que le Messager (Muhammad) soit témoin à vous} (II, 143). Un témoignage qui affirme que le milieu ne doit pas être conçu uniquement dans le sens du lieu, mais aussi dans celui du mode de vie et surtout de pensée qui ne doit connaitre aucune sorte d’extrémisme.

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Références bibliographiques :

BELLAIR R. et POMEROL C. (1977) : Eléments de géologie. Ed. Armand Colin, 527 p.

Remy J-Ph (1994) – Voyage au cœur de la terre. Sciences et vie. Dossier hors série n° 15, janv. 1994, p. 26.

Serafini E. (1994) – Les feux de la création. Sciences et vie. Dossier hors série n° 15, janv. 1994, p. 6.

Weinberg S. (1978)- Les trois premières minutes de l’Univers, Seuil, Paris, 211 p.

           -الجامع الصحيح للإمام البخاري (ت 256 هـ) ط السلفية.

–       النهاية في غريب الحديث والأثر لأبي السعادات المبارك بن محمد الجزري ابن الأثير (ت 606 هـ) – بيروت: المكتبة العلمية 1399 – 1979 – تحقيق طاهر أحمد الزاوي – محمود محمد الطناحي.

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Le Pr. Abdelilah Benmesbah enseigne à la Faculté des Sciences de l’Université Ibn Tofail de Kenitra, au Maroc, au Laboratoire Géorisques du Département de Géologie. Il est l’auteur du livre “La Terre…un objet de science qui parle transcendance” paru aux Editions universitaires europeennes en 2019

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