LA FRANCE TENTE D’EXPORTER AU MAROC SA VERSION RACISTE DE LA LAÏCITÉ

Le 10 juin, le lycée français Victor-Hugo de Marrakech, qui compte 2 000 élèves, expulse une jeune fille de 14 ans au motif qu’elle porte le hijab.

Attaqué par la mère de l’élève en référé, la justice marocaine vient de donner tort à l‘établissement, et lui ordonne de permettre le retour en classe de l’élève. L’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), qui gère le lycée, encourt une sanction de 500 dirhams (environ 47 euros) par jour où il ne respectera pas son obligation.

Le lycée faisait valoir que le principe de la laïcité, dans sa version la plus restrictive qui est en vigueur actuellement en France, s’applique dans les établissements scolaires français comme le lycée français de Marrakech. Or, selon l’avocat Said Maâch, président de l’organisation internationale des avocats et défenseur de la mère de la jeune fille, le tribunal a considéré que la loi française ne peut pas prévaloir à la Constitution marocaine sur son sol.

C’est par une « pirouette » juridique que le lycée a tenté de justifier sa position. Il s’est en effet appuyé sur une convention établie en 2003 entre le gouvernement français et le gouvernement marocain dans le cadre d’un accord de coopération. Celle-ci établit qu’un règlement intérieur peut fixer les règles applicables dans le lycée. Certes la loi française ne s’applique pas directement au Maroc donc, mais le règlement intérieur peut prévoir une mesure qui prévoit l’interdiction du port de signes religieux dans l’établissement.

Faux, estime le juge marocain : cet accord et le fait d’empêcher le port de signes religieux dans un établissement scolaire contreviennent aux conventions internationales en vigueur dont le Maroc est signataire. Notamment à la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, ratifiée par le Maroc en 1970, ainsi que la Convention internationale des droits de l’enfant, ratifiée en 1979. Le tribunal de Marrakech a ainsi ordonné lycée Victor Hugo de permettre à l’adolescente de suivre sa scolarité au sein de l’établissement en portant son voile si elle le souhaite, car lui refuser l’accès équivaut à « une menace imminente pour son droit à l’éducation ».

Peut-être la France a-t-elle oublié que le Maroc est un pays souverain et non une colonie ou un protectorat français. En tous cas, la « nouvelle laïcité » à la Française, bâtie sur mesure pour contrer l’essor de la foi musulmane en France n’a pas trompé la vigilance des autorités marocaines. Il est tout de même honteux que la France ait tenté de l’imposer sur une terre étrangère.

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