L’EAU DE LA TERRE EST-ELLE D’ORIGINE TERRESTRE ?

(Abdelilah Benmesbah – Département de Géologie – Université Ibn Tofail – Maroc)

La grande question qui intriguait les géologues à chaque fois que leurs collègues astronomes révélaient des nouveautés sur l’origine de la terre et du système solaire était l’origine de l’eau terrestre de laquelle a jailli la vie sur terre : est-elle terrestre ou extraterrestre ?

Pendant tout le XXème  siècle, les géologues considéraient l’eau de la terre comme étant le résultat de sa première activité magmatique : l’eau est née avec la terre dans son magma en fusion. Elle serait recrachée dans l’atmosphère lors des premières éruptions volcaniques sous forme de vapeurs brûlantes pour retomber sur terre sous forme de pluies diluviennes allant constituer plus tard le visage bleu de notre planète.

C’était là le modèle adopté par les géologues !

Pour les astronomes, les résultats acquis de leurs connaissances sur la genèse du système solaire remontent l’origine de l’eau de la terre à une source extraterrestre via des bombardements par des astéroïdes et des comètes. Une telle piste, expliquent les astronomes, préfigure la terre au moment de sa genèse comme étant une masse rocheuse démunie d’eau.

Ces constatations astronomiques qui ne cessent de rebondir ont posé les géologues devant des questions embarrassantes qui les ont poussés à axer leurs recherches sur des faits non considérés auparavant.

Ainsi Fransis Albarède, Professeur de géochimie au Laboratoire des Sciences de la Terre de l’Ecole Nationale Supérieure de Lyon parvint à partir d’expériences de laboratoire à ébranler cette ancienne vision des géologues en annonçant qu’ « il n’y avait pas d’eau sur la terre à l’origine : elle est venue bien plus tard apportée par les comètes et les astéroïdes » 1.

Une telle conclusion tirée d’analyses géochimiques sur des échantillons de roches fût déduite de la pauvreté de la terre en éléments volatils comme le soufre ou le plomb qui montre qu’en réalité notre planète est certainement née très démunie en eau. Chose qui a été par la suite démontrée par des études comparatives avec les roches de la lune : ce satellite qui n’est à l’origine qu’un fragment détaché de la terre par les bombardements cosmiques et qui témoigne bien de l’état primitif de la terre. Un état qui comme le montre la lune actuellement affiche la sécheresse comme caractère original.

Ces résultats publiés dans la revue scientifique Nature ont été par la suite confirmés par des scientifiques américains et anglais (Greg Holland, Chris Ballantine et Martin Cassidy)1 dans la revue américaine de référence Science approuvés par des analyses de restes d’astéroïdes et de comètes qui témoignent de leur forte richesse en eau.

C’est ainsi qu’à partir de bombardements d’astéroïdes et de comètes venus du ciel, qui injectaient des quantités considérables d’eau dans la terre durant une cinquantaine de millions d’années, environ cent millions d’années après sa formation, que la terre parvint à constituer cette réserve de 3 milliard de milliard de tonnes d’eau qu’elle emmagasine. Chose qui lui a permis par la suite de changer son visage au bleu occupant les 71% de sa surface.

Quant à son intérieur, « on estime que le manteau terrestre recèle à peu près la même quantité d’eau que la surface du globe : une masse considérable qui représente près d’un demi millième de la masse totale de la terre. Or pour parvenir à remplir un tel réservoir, il a suffi que tombe sur la terre l’équivalent de 10 millions de comètes grandes comme celle de Halley »1.

En parallèle avec cette évolution humide de la terre, les autres planètes, malgré leur bombardement de la même façon par les astéroïdes riches en eau, n’ont pas su conserver cette eau à cause soit de la vaporisation pour les planètes chaudes proches du soleil, soit de l’inexistence de la gravité pour les planètes les plus loin où l’eau gelée en cristaux se dissipait dans l’espace.

Ce qui prouve que la terre, par son emplacement idéal, était bien préparée pour conserver l’eau, donc prédisposée à recevoir la vie. De sorte que l’eau dès qu’elle s’est injectée dans son corps, a activé sa dynamique interne générant ainsi un magmatisme actif qui allait disséquer son écorce en plaques tectoniques mouvantes annonçant alors le début de la vie sur sa surface.

Donc on conçoit bien comment la terre est née sèche, autrement dit morte et comment sa vie n’a pu commencer qu’après son approvisionnement en eau venue du ciel.

Cet état primitif de la terre que la science démontre actuellement, sans chercher à trouver dans sa démonstration les interprétations qui peuvent servir à faire l’apologie des textes coraniques, parait tacitement précité dans leurs signes du fait qu’elles y ont fait allusion il y’a bien 15 siècles tel qu’il apparaît par approbation du verset 65 de la sourate XVI qui dit : (Allah a fait descendre du ciel une eau avec laquelle Il a vivifié la terre après sa mort. Il y’a vraiment là une preuve pour les gens qui entendent).

D’un autre côté, si on prend ces résultats scientifiques dans leur globalité, bien que l’on ne cherche pas à proposer un discours théologique de concordisme, on les trouve tout à fait concordants avec la description coranique de l’origine de l’eau. Le verset 18 de la sourate XXIII énonce : (Et Nous avons fait descendre du ciel une eau avec mesure que Nous avons maintenue dans la terre, cependant que Nous sommes bien capable de la faire disparaître).

Ce verset coranique qui remonte l’origine de l’eau au ciel duquel elle est descendue pour être maintenue dans la terre, fait signe à l’occupation par l’eau d’un lieu qui auparavant était non occupé par elle. Chose qu’Al Kortobi, grand commentateur du Coran a expliquée en disant : « Dieu a emmagasiné l’eau dans la terre », rapportant que Moujahid, disciple d’Ibn Abbas compagnon du Prophète a dit : « Il n’y a d’eau dans la terre que du ciel », et que Tabari a commenté en disant : « L’eau de la terre c’est l’eau du ciel ».

Seulement cette eau après avoir quitté le ciel, pure et saine, a changé de qualité en accédant au domaine terrestre. De sorte que lorsqu’elle a jailli de la terre pour la première fois a constitué un déluge d’eaux chaudes et acides. Et elle n’a pu s’adoucir et devenir potable qu’après son évaporation dans l’enveloppe atmosphérique où son cycle allait se régulariser. Cette évaporation était donc et reste le moteur principal de raffinage de l’eau sans laquelle l’eau reste non potable : (Voyez-vous l’eau que vous buvez ? Est-ce vous qui l’avez fait descendre du nuage ? ou (en) sommes Nous le descendeur ?Si Nous voulions, Nous la rendrions salée. Pourquoi n’êtes-vous donc pas reconnaissants ?) (LVI, 68-70)    

Ainsi en s’évaporant, l’eau se purifie du sel marin et des polluants terrestres, mais lorsqu’elle retombe liquide sur la surface de la terre, elle se recharge en polluants, remue les grains du sol, puis suit son chemin, soit par infiltration qui finit par la maintenir dans les nappes souterraines, soit par ruissellement qui la fait couler sur la surface jusqu’aux rivières qui finissent dans la mer.

L’infiltration a lieu lorsque les pluies tombent d’une façon modérée, laissant le temps au sol d’absorber lentement l’eau pour la conduire sous l’action de la gravité terrestre aux aquifères souterrains. Une fois à ces profondeurs de la terre, cette eau débarrassée des polluants par stagnation, ne peut être exploitée que par creusement de puits ou par pompage.

Le ruissellement quant à lui, est surtout lié aux fortes pluies qui, en érodant le sol, découvrent la couche argileuse sous-jacente qui par colmatage, devient imperméable, plastique et glissante.

Donc seule l’eau absorbée par le sol et retenue par ses interstices serait rentable pour l’agriculture. Celle qui s’infiltre en profondeur  ou ruisselle à la surface ne profite pas à l’agriculture, comme il a été signalé dans un verset coranique qui répond aux méfaits des arrogants : (Il se peut que mon Seigneur, bientôt, me donne quelque chose de meilleur que ton jardin, qu’Il envoie sur [ce dernier], du ciel, quelque calamité, et que son sol devienne glissant, ou que son eau tarisse de sorte que tu ne puisses plus la retrouver) (XVIII, 40-41).

Ce tarissement de l’eau du à une forte infiltration, a lieu quand la roche de surface a une porosité, une perméabilité ou une transmissibilité importantes. Pourtant on remarque que pour l’argile, bien qu’elle ait une porosité supérieure à celle du sable, l’eau circule plus facilement dans le sable. Cela est du à ce que les pores du sable communiquent, ce qui donne une perméabilité supérieure, alors que l’argile une fois imbibée d’eau, voit naitre entre ses feuillets silico-aluminates une attraction électrostatique qui empêche l’eau de circuler. Cet effet électrostatique devient important chez certaines catégories d’argiles comme la montmorillonite qui lorsqu’elle absorbe l’eau voit les interfaces entre ses feuillets se gorger d’eau et se gonfle. D’où leur appellation d’argiles gonflantes.

Donc un sol argileux qui reçoit de fortes pluies devient glissant et imperméable, alors qu’un sol qui reçoit des précipitations régulières, lentes et douces, joue comme une éponge qui permet, en même temps, l’infiltration d’une certaine quantité d’eau et la rétention d’une autre. Cette eau fera remuer les particules argileuse et gonfler l’argile au profit des plantes qui, par leurs racines fixent le sol et le protègent contre l’érosion qui au contraire, accentue le ruissellement : (Et tu vois la terre desséchée : dès que Nous y faisons descendre de l’eau, elle se remue, se gonfle et fait pousser toutes sortes de splendides couples de végétaux) (XXII, 5)                      

Ainsi H. Erhart a écrit: « Si la terre reçoit bien au départ une eau plus ou moins pure, celle-ci ne l’est plus après quelque temps de ruissellement à la surface des roches, et plus du tout après avoir percolé à travers le sol. Là elle se charge d’acide carbonique, d’acides et de sels organiques divers, et lorsqu’elle arrive au contact de la matière minérale, c’est une eau infiniment plus agressive et capable de toute une série de réactions chimiques complexes que nous avons à considérer »2.

Cette dégradation graduelle de qualité de l’eau descendue du ciel approuvée par la science, nous la trouvons symboliquement décrite par le Coran dans le verset 24 de la sourate X qui dit :(L’exemple de la vie présente n’est que comme une eau que Nous fûmes descendre du ciel, ainsi elle se mélange (s’altère) avec la végétation de la terre dont se nourrissent les hommes et les bêtes).

Ce verset compare alors la vie présente à l’eau qui a changé de qualité après avoir quitté sa source natale. Changement qui commence par la pollution atmosphérique, puis s’accentue avec la contamination par les matières organiques des sédiments de la surface avant de finir par sa minéralisation dans les fissures et joints de la croûte terrestre qui mènent vers le magma. De la même façon la vie présente s’est altérée à cause des mauvais actes de l’homme qui l’ont expulsé de sa source natale qui était le Paradis.

Cette origine céleste de l’eau se matérialise bien dans l’eau de Zamzam à la Mecque. Cette eau que Dieu a fait jaillir à son Prophète Ismaïl, délaissé petit avec sa mère par son père Abraham en plein désert, provient des confins de la Kaaba à partir d’un soubassement rocheux dur très ancien affecté de failles profondes à travers lesquelles l’eau circule depuis la Kaaba, la Safaa et la Maroua pour se trouver au puits de Zamzam. Sachant que la Kaaba étant la plus anicienne butte apparue au centre de la masse continentale terrestre, et que sa position fait face à celle du centre spirituel céleste (Al Baït Al Maamoor), l’eau de Zamzam qu’elle ne cesse de fournir avec générosité aux pèlerins se montre comme étant une eau bénie rappelant dans ses propriétés  miraculeuses cette origine céleste de l’eau qui, à l’origine était pure et saine avant de s’altérer sur terre.             

Et c’est là un des aspects de la grandiose du symbolisme coranique qui en exposant cette comparaison entre la vie et l’eau tout en en insistant sur l’origine céleste de cette eau, dévoile une vérité tant négligée par l’homme à savoir l’origine céleste de sa vie terrestre. Une origine que la science ne dénie pas mais plutôt concrétise lorsqu’elle démontre par les travaux de ses éminents chercheurs que tous les ingrédients de la vie sur terre proviennent du ciel.

Ainsi Michel Maurette par ses travaux sur les micrométéorites de Groenland et de l’Antarctique trouve que : « Chaque année 40000 tonnes de ces corpuscules nous tombent discrètement dessus »3. L’analyse de ces micrométéorites tombées pendant des dizaines de millions d’années lui a prouvé l’importance de la matière hydratée carbonée éjectée du ciel et son rôle dans l’apparition de la vie et sa pérennité sur terre. Chose que l’on trouve décrétée dans le Coran lorsqu’il annonce dans le verset 21 de la Sourate XV : (Et il n’est rien dont Nous n’ayons les réserves et Nous ne le faisons descendre qu’avec mesure déterminée). Et encore mieux lorsque le message coranique matérialise cette opération de descente par le fer, lequel d’après ces mêmes études a été injecté à la terre par des bombardements cosmiques sous forme de ferrihydrate qui est une sorte de rouille composée d’atomes de fer, d’oxydes et de molécules d’eau3. Le Coran proclame dans le verset 25 de la sourate LVII : (Et Nous avons fait descendre le fer dans lequel il’ y’a une force redoutable et des utilités pour les gens). Une descente qui prouve encore l’origine céleste de notre vie terrestre du fait que « les acides aminés en suspension sont piégés par la surface biscornue de la ferrihydrate pour former en s’assemblant entre eux des protéines »3 à la base de la cellule origine de la vie. Chose qui nous permet de comprendre pourquoi le message coranique a insisté sur le fer comme élément de référence dans cet approvisionnement céleste.

Voilà comment une recherche, charnière à la jonction entre la science et la croyance permet de remonter aux origines de notre vie, et par là de concrétiser cette dimension transcendante de l’homme. Dimension qui met le chercheur devant son devoir de méditer sur le sens que cache sa dépendance à l’égard de cette origine céleste qui a fait de l’eau toute chose vivante et a conseillé de ne pas la gaspiller même si l’on est sur une rivière courante, tel que l’a annoncé le Prophète Mohammad que la salut et la bénédiction d’Allah soit sur lui.

De la méditation sur ces vérités scientifiques, du décryptage de leur symbolisme coranique, émergent les certitudes scientifiques comme dans une géode les cristaux germent des minéraux qui y précipitent, attestant de la réalité de cette vie qui n’est en fait que l’aboutissement d’une chaîne d’événements qui se sont succédés dans une harmonie ayant prédisposé la terre à l’homme le mettant à chaque moment devant d’incessantes irruptions de l’absolu dans le relatif afin que cet être doué d’intelligence, conçu dès le commencement, réfléchisse.

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Références bibliographiques :

(1) Brunier S. (2010) – Eau terrestre Elle vient de l’espace. Science & vie n° 1109, février 2010, Paris, pp. 82-85.
(2) Erhart H. (1971) – Itinéraires géochimiques et cycle géologique du silicium. Doin éd., Paris, 217 p. 
(3) Nicot F. (2001)- Météorites et comètes : les bus du vivant.  Sciences & Vie hors série n°46 ,  octobre 2001, Paris,  pp. 105-107.

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