L’INCROYABLE HISTOIRE DES CRÂNES ALGÉRIENS DU MUSÉE DE L’HOMME

Oui, cette histoire est incroyable, et pourtant elle est vraie !
Le Musée de l’Homme conserve dans ses réserve des crânes d’Algériens décapités par les colons français et se fait tirer l’oreille pour les restituer, car ils sont considérés comme faisant partie du patrimoine national !

Crimes de guerre et terrorisme français


La décision par la France de coloniser l’Algérie à partir de 1830 entraîne naturellement la résistance des algériens qui refusent l’invasion et la soumission. Cette résistance se poursuivra pendant les conquêtes menées sous la Monarchie de Juillet, sous la Seconde République et sous le Second Empire. On connait la résistance d’Abdel Kader dans l’Ouest, mais il y en eut d’autres, notamment celle menée par Boubaghia en Kabylie, et dont certaines conduisirent à des répressions d’une violence inouie, comme celle de l’oasis de Zaatcha, au sud de Constantine. 800 Algériens y furent tués le 29 novembre 1849.

Les Français décapitent des Algériens en 1845

Les résistants algériens tombés sous les balles du corps expéditionnaire français furent décapités, et leurs têtes exhibées pour terroriser les populations locales. « du terrorisme, au sens propre du terme », rappelle l’historien Gilles Manceron. «d’habitude on a des égards à l’égard des morts dans un conflit, et ceux-là n’ont pas été traités de la même façon ». Comme si on refusaient à ces peuples le qualificatif même d’humanité.
Les têtes tranchées furent ensuite emmenées en France pour y être exposées comme des trophées de guerre. C’est ainsi que le crâne de Boubaghia, en compagnie de plusieurs milliers d’autres, s’est retrouvé dans les réserves du Musée de l’Homme à Paris. Des crânes, rappelle Gilles Manceron qui « ne devraient pas être là »,
170 ans plus tard, « le silence n’est plus possible » s’indigne l’historien Pascal Blanchard. Ces résistants ont droit à une sépulture digne, dans le pays pour lequel ils ont combattu. Mais voilà, ces crânes sont considérés par l’Etat français comme un bien inaliénable, faisant partie du patrimoine de la France !

Voir aussi notre article “Jean-Michel Apathie remet l’Histoire à l’endroit”

La macabre collection de la honte


Pourquoi cette situation aussi scandaleuse qu’ubuesque. ?
Au XIXème, les médecins, zoologistes, scientifiques et ethnologues de la Société d’anthropologie de Paris ont utilisé les crânes des peuples colonisés pour mener des recherches scientifiques mais également pour répondre à une question qui les préoccupait : la race blanche est-elle supérieure aux autres ?

Crânes algériens du musée de l'Homme


En 1880, les sinistres trophées, devenus propriété de collectionneurs privés, ont été cédés par ceux-ci au Musée de l’Homme, place du Trocadéro à Paris. Certains sont exposés au publics, d’autres rangées dans de simples boîtes en carton.
Aussi invraisemblable que cela paraisse, l’Etat français exige, pour restituer sa « collection », une demande officielle de la part de l’Etat Algérien, et en cas d’avis favorable de l’Etat Français, une loi spéciale votée par le parlement français. Et cette procédure se heurte à deux incroyables inerties : celle de la France, qui se verrait obligée de reconnaître, de facto, sa responsabilité dans des crimes contre l’humanité, et n’a aucune envie de devoir jeter dans les poubelles de l’Histoire le mythe de sa « mission civilisatrice » ni de prendre le risque d’avoir à indemniser les familles des victimes, si on les retrouve.
Du côté algérien, cette restitution, rappellerait au peuple algérien que sa résistance ne date pas de la guerre d’Algérie, ce qui risquerait de relativiser les mythes de l’hagiographie officielle.

Néanmoins, des historiens et universitaires algériens et français ont décidé de renverser la table. Après que l’archéologue Ali Farid Belkadi a découvert les premiers crânes entreposés au Musée de l’Homme, une première pétition a été lancée en 2011, sans beaucoup de succès. En mai 2016, l’universitaire et écrivain algérien Brahim Senouci, maître de conférence à l’université de Cergy-Pontoise, a lancé une nouvelle appel pour que soient restituées les «têtes des résistants algériens détenues par le Musée de l’homme »
La pétition a cette fois recueilli 30 000 signatures, dont celles de Gilles Manceron, Pascal Blanchard et Benjamin Stora.
Mais c’est en 2020 que l’association Le Grand Maghreb, présidée par Brahim Mabrouki, a décidé de médiatiser l’affaire.

Le combat posthume des résistants algériens

Le Grand Maghreb est une association créée à l’initiative de franco-algériens, ayant vocation à rassembler les franco-maghrébins, fédérer les mouvements associatifs en France, et promouvoir l’entraide humanitaire. Pour elle, il serait indigne que des considérations administratives d’un autre âge empêchent d’octroyer à ces combattants de la liberté une sépulture honorable, et d’apaiser leurs familles et descendances actuelles
C’est ainsi que l’association a saisi officiellement la Présidence algérienne pour qu’elle formule officiellement une demande auprès de l’Etat français, ainsi que l’Elysée et le Ministère de l’Enseignement Supérieur, qui a la tutelle du Musée.

Les crânes algériens du Musée de l'Homme : un retour partiel

Peu convaincue de la bonne volonté de ses interlocuteurs, l’association a également décidé de porter l’affaire devant les tribunaux afin de les contraindre à prendre leurs responsabilités.
L’Association Le Grand Maghreb a également lancé un appel à ces familles, à ses descendants pour qu’ils se manifestent auprès d’elle.
Des initiatives qui ont commencé à porter leurs fruits, puisque 24 crânes ont été restitués le vendredi 3 juillet 2020 et accueillis officiellement à l’aéroport d’Alger. Mais 24 crânes sur plusieurs milliers, c’est bien peu. C’est pourquoi, avec le concours de l’avocat parisien Franck Amram, l’association a décidé d’aller jusqu’au bout, jusqu’à la restitution à l’Algérie de l’intégralité de la macabre collection. Une démarche qui a toutes les chances d’aboutir, comme ce fut le cas pour les 20 têtes maories acquises au XIXe siècle par les explorateurs et marins occidentaux, et remises à la Nouvelle-Zélande en 2012, ou pour Saartjie Baartman, dite « la Vénus hottentote », dont les restes ont été rendus à l’Afrique du Sud en 2002.

Car la Société n’admet plus aujourd’hui que seule s’écrive l’Histoire des vainqueurs.

Jean-Michel Brun

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