IL Y A 60 ANS : LE CRIME D’ÉTAT DU 17 OCTOBRE

Le 17 octobre 1961, alors que les Algériens de France soutiennent massivement l’indépendance, une manifestation est organisée en protestation contre l’établissement à Paris d’un couvre-feu pour les seuls algériens.

Entre 30 et 40 000 manifestants revêtus de leurs habits du dimanche en signe de solennité, défient pacifiquement. Vers minuit, une partie des manifestants arrivent au pont de Bezons, à Neuilly.

La police, sous les ordres du Préfet Maurice Papon, tire.

Des manifestants sont tués, beaucoup jetés dans la Seine. Si des policiers ont protesté contre cet ordre, un lourd silence s’est abattu sur cet événement. Jusqu’à ce qu’un historien, Jean-Luc Einaudi, décide de se pencher méticuleusement sur des faits. En 1991, il en tire un livre « La bataille de Paris : 17 octobre 1961 » (Le Seuil) , où il estime à plus de deux cents le nombre des victimes algériennes de cette nuit. Il met également directement en cause le Préfet Papon.

En 1997, Maurice Papon comparaît devant la justice pour son attitude pendant l’occupation allemande, et notamment pour son concours actif dans la déportation de 1 690 juifs, en huit convois, de Bordeaux à Drancy, dernière étape avant Auschwitz, entre 1942 et 1944. Il était alors secrétaire général à la préfecture de la Gironde. L’un des arguments de sa défense était l’attitude exemplaire qu’il aurait eu par la suite, sous le gouvernement du Général de Gaulle.

Le 16 octobre, Jean-Luc Einaudi se présente à la barre et raconte le massacre de 1961.

Le journal Mediapart vient de publier un extrait du film de son discours :

Jean-Luc Einaudi (Cliquer sur l’image pour lire l’article)

Ce témoignage fut naturellement catastrophique pour Maurice Papon, qui fut condamné à 10 ans de réclusion.

Qu’en est-il depuis ?

La justice voudrait que les auteurs du massacre soient nommément désignés. En dehors de Maurice Papon, c’est la naturellement la police française qui est mise en cause. Mais aucun Président de la République n’a souhaité franchir ce pas.

François Hollande fut le premier à reconnaître la responsabilité de la « République » : «Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l’indépendance ont été tués lors d’une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes.» Mais aucun mot sur la police française.

En 2018, Emmanuel Macron prend le relais, en continuant de contourner la question des auteurs des faits : «Le 17 octobre 1961 fut le jour d’une répression violente de manifestants algériens. La République doit regarder en face ce passé récent et encore brûlant.»

Si Benjamin Stora réclame que ces faits soient qualifiés de « Crimes d’Etat », du côté de l’Elysée, on continue d’esquiver, particulièrement dans un contexte où le pouvoir en place tente de ménager son extrême-droite. On préfère accuser «le système « politico-militaire » algérien de cultiver une « rente mémorielle » en servant au peuple une « histoire officielle » qui « ne s’appuie pas sur des vérités ».

Certes, ce samedi 16 octobre, Emmanuel Macron s’est rendu sur le pont de Bezons, faisant de lui le premier président de la République à être présent pour commémorer cette date. Mais aucun discours n’a été prononcé, au contraire de ce qu’avait fait Jacques Chirac en juillet 1995, avec le discours du Vél’ d’Hiv’.

Comme le souligne le magazine Mediapart , Emmanuel Macron avait lui-même fustigé ceux qui utilisent « un discours postcolonial ou anticolonial », « cette forme de haine de soi que la République devrait nourrir contre elle-même », pour alimenter ce fameux « séparatisme » contre lequel il prétend lutter.

Ainsi que le rappelle l’historien britannique Jim House, « Macron a voulu à la fois passer un message à l’Algérie et flatter l’extrême droite française »

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