LA FRANCE, TU L’AIMES, MAIS TU LA QUITTES


De Olivier Esteves, Alice Picard, et Julien Talpin 

C’est un livre qui fait aujourd’hui beaucoup parler de lui, après avoir été révélé, non par la presse française, qui a préféré le passer ans un premier temps sous silence, mais par le New York Times, qui y a fait référence dans l’un de ses articles sur la France.

L’enquête menée par les trois auteurs s’appuient un grand nombre de témoignages. Elle fait écho à une constatation que nous mettons souvent en exergue depuis plusieurs années dans ce journal : ce qui menace la France, ce n’est pas l’immigration, c’est l’émigration.

En effet, une partie grandissante de nos élites : médecins, scientifiques, avocats, enseignants, chefs d’entreprise, ont décidé de faire leurs bagages pour partir à l’étranger, en raison du sentiment d’insécurité que la France fait peser sur eux. En cause l’islamophobie d’État – un terme que le gouvernement français essaie par tous les moyens de censurer – qui s’exerce à l’encontre des musulmans ou des personnes d’origine maghrébine ou africaine, par des discriminations, des suspicions, et même par une véritable chasse aux sorcières qui se manifeste par des expulsions, des fermetures de mosquées, d’écoles, de centres culturels et la radiation d’associations.

Cette politique discriminatoire est alimentée par les grands medias français et son clan d’intellectuels « officiels », lesquels reprennent sans nuance les discours ségrégationnistes du gouvernement français. La loi sur le « séparatisme » faisant de chaque musulman un adversaire de la République en puissance, violent et paresseux par nature, et incapable de se fondre dans le moule social français, contribue à rendre la vie de ces jeunes impossibles.

Certes le départ de Français musulmans ou supposés tels vers d’autres pays, musulmans ou non, n’est pas nouveau. Ce qui est nouveau, c’est qu’il s’accentue et qu’il touche de plus en plus l’élite de notre pays. Ce ne sont plus les sirènes d’un monde potentiellement plus rémunérateur, qui pousse la jeunesse éduquée à s’exiler.

Contrairement à la fameuse phrase de Nicolas Sarkozy, ces jeunes, et ces moins jeunes ne quittent pas la France parce qu’ils ne l’aiment pas, mais parce qu’ils ont le sentiment qu’elle ne les aime pas.

Le drame, pour la France, est qu’elle est en train de se déposséder de ses meilleurs éléments, qu’elle a elle-même formés. Si beaucoup d’émigrants partent parce qu’ils ont souffert eux-mêmes de discrimination, notamment à l’embauche ou au logement, une part grandissante d’entre eux, en raison de leur expertise exceptionnelle, n’ont vécu aucun de ces problèmes. Etant les meilleurs dans leur domaine, notamment dans les secteurs de pointe, issus, par exemple, des meilleures écoles scientifiques, ils n’ont aucune difficulté à trouver un emploi, y compris dans l’aéronautique ou la Défense Nationale. Mais chacun d’entre aux a un frère, une sœurs, des amis, qui eux, se trouvent dans cette catégorie de Français considérés comme des citoyens de seconde zone. Ils ne souhaitent pas que leurs propres enfants connaissent le même sort, et préfèrent s’évader vers des pays, comme les Etats-Unis, le Canada, Singapour, le Royaume-Uni, l’Espagne, ou les pays du Golfe, où la façon de penser ou de s’habiller n’a aucune importance, et où leur mérite, rien que leur mérite, est entièrement reconnu.

Ainsi, des spécialistes, parfois détenteurs de connaissances essentielles au niveau stratégique, partent offrir leur savoir à l’étranger, affaiblissant ainsi le potentiel d’innovation de la France.

La perte des valeurs morales qui étaient jusqu’ici enseignées à l’école, au profit de la seule défense de la « laïcité », du moins telle qu’elle est définie de manière restrictive de libertés depuis une quinzaine d’années par les autorités françaises, poussent de plus en plus de jeunes couples à chercher à éviter, pour leurs propres enfants, un enseignement qui, soumis aux principes du « wokisme », fait de l’exception la règle, et du consumérisme matérialiste un idéal de vie.

Alors bien sûr, on pourra toujours considérer que ce livre conforte les suprémacistes français dans l’idée que, décidément, l’Islam n’est pas soluble dans la société française. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle il trouve aujourd’hui un surprenant écho dans les médias de droite qui l’instrumentalisent pour nourrir leurs théories ségrégationnistes. Mais il apporte des témoignages qui montrent que l’acceptation de l’autre telle qu’elle est pratiquée ailleurs, non seulement ne menace pas l’intégrité des pays concernés, mais au contraire les enrichit, alors même que la France, pendant ce temps,  est en train de s’appauvrir.

Même les États-Unis, patrie du « wokisme », se gardent bien de pratiquer une politique discriminatoire à l’égard des musulmans. En début d’année, lors d’une conférence sur l’Emir Abdel Kader organisée à Marseille sous l’égide d’associations américaines, une lycéenne demanda aux intervenants venus de Washington si les écoles américaines acceptaient des élèves portant le hijab. La lycéenne a dû répéter sa question car les intervenants américains, interloqués, ne l’avaient pas comprise !

On voit à quel point les fantasmes qui animent les politiciens français entraîne le pays dans l’abîme. Ce livre a au moins le grand mérite de mettre cela en lumière. C’est pour cela que sa lecture nous semble indispensable. A nos politiques de tirer les conséquences de leurs absurdes dérives.     

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