GUADELOUPE : UNE DEMANDE D’INSCRIPTION SUR LA LISTE DES PAYS À DÉCOLONISER SOUMISE À L’ONU 

Des organisations anticolonialistes sont intervenues, vendredi, 22 août au siège de l’ONU, qui tient sa 78ème assemblée générale, pour demander l’inscription de la Guadeloupe sur la liste des pays à décoloniser.

L’ONU possède un Comité spécial de la décolonisation chargé de soutenir les revendications des territoires qui se considèrent en situation de colonisation et aspirent à leur souveraineté. A ce jour, les Nations Unies reconnaissent 17 territoires comme étant dépendants de puissances coloniales. Les Antilles-Guyane n’en font pas partie, contrairement à la Polynésie et la Nouvelle Calédonie, pour ce qui concerne l’Outre-mer français. 

Les Nations Unies face au colonialisme 

En 1945, lors de la fondation des Nations Unies, près du tiers de la population mondiale dépendait de puissances coloniales, soit 750 millions de personnes. Depuis, plus de 80 anciennes colonies ont accédé à l’indépendance et l’ONU a largement œuvré en faveur de leur décolonisation. Elle poursuit son action, en ce sens.

Elle fut notamment en première ligne des processus de décolonisation de la France. On se souvient, par exemple du 30 septembre 1955. Ce jour-là , l’ONU inscrit à son ordre du jour la question algérienne. En protestation, la délégation française quitte alors l’assemblée, avec à sa tête le ministre des affaires étrangères Antoine Pinay qui lance cette phrase restée fameuse : « Je n’admettrai pas que l’on remette en cause la mission civilisatrice de la France ». 

« L’initiative de Bakou » contre le colonialisme

Lors de cette 78ème assemblée générale de L’Organisation des nations Unies à New York, l’Azerbaïdjan, qui préside actuellement le « Mouvement des pays non-alignés », a invité une délégation guadeloupéenne à participer à une réunion portant sur la décolonisation, lors de laquelle le « cas des dernières colonies françaises » a été abordé.

Cette invitation fait suite à la décision prise lors de la 1ère table ronde de Bakou, le 6 juillet 2023, dans le cadre de la Réunion ministérielle du Bureau de coordination du Mouvement des Pays Non-Alignés (dont la République d’Azerbaïdjan assure la présidence) de créer le « Groupe d`Initiative de Bakou » contre le colonialisme.

Composée de membres de plusieurs organisations indépendantistes : Alyans nasyonal Gwadloup (ANG), Fos pou konstwui nasyon Gwadloup (FKNG), Mouvement international pour les réparations (MIR), Comité d’initiative pour un projet politique alternatif (CIPPA), Comité international du Peuple Noir (CIPN), Union populaire pour la libération de la Guadeloupe (UPLG) et Kolèktif pou sové Gwadloup (KSG), le délégation était également accompagnée de représentants des mouvements anticolonialistes de la Guyane et de la Martinique. Nathalie Minatchy (ANG) et Jean-Jacob Bicep (UPLG) ont tous deux pris la parole, au nom des Guadeloupéens présents, pour demander l’inscription de la Guadeloupe sur la liste des pays à décoloniser. 

La France et le néo-colonialsme : l’encombrant héritage

L’Azerbaïdjan était naturellement dans son rôle de président des pays non-alignés, mais on ne peut s’empêcher de penser qu’il s’agit aussi d’une « réponse du berger à la bergère » à la France qui soutient les séparatistes arméniens au nom du droit à l’autodétermination, alors qu’elle refuse le même droit à aux populations de ses territoires ultra-marins.

La politique coloniale ou néo-colonialiste de la France est aujourd’hui largement mise au cause, notamment en Algérie, avec laquelle les rapports se sont récemment envenimés, au Maroc, qui reproche le traitement condescendant de la presse française à propos du séisme de Marrakech, et naturellement en Afrique, où la politique française du « pré-carré » est violemment combattue, notamment par les nouveaux maîtres du Niger, du Mali ou du Burkina Faso. Une partie de la classe politique française reste nostalgique du temps de l’empire français et continue de nier les exactions commises par les colons français, notamment en Algérie, sous les commandements de Lamoricière et de Bugeaud, puis pendant la guerre d’indépendance.

Autre signe de l’incapacité des autorités françaises à gérer la question des outre-mers, la récente défaite de la secrétaire d’État à la citoyenneté Sonia Backès, qui a été battue  aux élections sénatoriales du dimanche 24  septembre par le candidat indépendantiste du Front de libération kanak Robert Xowie.    

Voici la déclaration finale signée par les membres de la délégation : 

Déclaration finale

DÉCOLONISATION : RÉVOLUTION “TRANQUILLE”

2eme édition organisée à New-York, 22 septembre 2023.

 Conformément à la décision prise lors de la 1ère table ronde de Bakou, le 6 juillet 2023, dans le cadre de la Réunion ministérielle du Bureau de coordination du Mouvement des Pays Non-Alignés (dont la République d’Azerbaïdjan assure la présidence) les parties prenantes se sont mises d’accord pour créer le Groupe d`Initiative de Bakou contre le colonialisme et ont exprimé leur volonté de poursuivre leur coopération. 

Les participant.e.s à la table ronde de New-York saluent l’entrée en fonction du Groupe d’Initiative de Bakou et remercient le Groupe pour l’organisation de la 2éme édition de la table ronde, avec l’assistance de la Mission permanente de la République d’Azerbaïdjan auprès des Nations Unies, en sa qualité de Président du Bureau de coordination du Mouvement des Pays Non-Alignés. 

Les représentant.e.s des mouvements anticolonialistes de Nouvelle-Calédonie, de Martinique, de Guyane, de Polynésie (Française), de Guadeloupe et le Groupe d’Initiative de Bakou réitèrent solennellement leur attachement aux principes fondamentaux du Mouvement des Non-Alignés et de la Charte des Nations Unies ainsi qu’aux résolutions pertinentes de celle-ci sur la décolonisation et soulignent l’urgence de l’achèvement du processus de décolonisation jusqu’à l’émancipation totale de tous les peuples sous domination coloniale. Le soutien aux peuples qui luttent pour se libérer du joug colonial, sur la base des principes fondamentaux du droit international, constitue un devoir sacré du Mouvement des Non-alignés, la seconde plus grande organisation internationale après l’ONU. 

La rencontre historique de nos organisations, ce 22 septembre 2023, à New-York, à l´occasion de la 78e session de l’Assemblée Générale de l´ONU, représente un acte politique majeur pour les peuples qui souffrent encore de la domination coloniale. Elle nous donne la précieuse opportunité de mettre en commun nos réflexions sur la façon de répondre, solidairement, aux défis multiples qui nous sont posés dans la lutte pour l’indépendance nationale de nos peuples et l’exigence incontournable des réparations légitimes pour les crimes humains, économiques, écologiques, culturels historiquement commis par la puissance coloniale française. 

Les mouvements anticolonialistes de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie (française), de Martinique, de Guyane et de Guadeloupe, présents à New-York, lancent un appel pressant au monde ainsi qu’aux organisations internationales, y compris à l’ONU, au siège duquel ils sont présents aujourd’hui, pour porter leurs voix le plus haut possible, appuyer leurs efforts en vue de faire respecter leurs droits fondamentaux à la liberté, aux réparations-pilier essentiel de la décolonisation-et au développement, dans l’intérêt supérieur de leurs peuples. 

Notamment, concernant le droit à l’autodétermination, nous soutenons fermement la décision du FLNKS de porter la contestation du 3eme référendum devant la Cour Internationale de Justice, afin que le processus de décolonisation engagé par l’Accord de Nouméa soit respecté. Concernant la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe, nous exigeons que ces pays soient réinscrits sur la liste de l’ONU des pays à décoloniser. Concernant la Polynésie (Française), Maohi Nui, la France qui est rappelée à l’ordre par L’AG des Nations Unies chaque année pratique la politique de la chaise vide depuis la réinscription de Maohi Nui sur la liste des pays à décoloniser.  Nous exigeons que la France s’assoie autour de la table des négociations pour démarrer enfin les négociations du processus de décolonisation comme l’exigent les résolutions de 2013, 2019, 2020, 2022. 

Au moment où notre humanité est confrontée aux conséquences majeures du réchauffement climatique et à des menaces inédites qui engagent son futur, nos organisations déclarent solennellement que l’abolition totale du colonialisme et du néocolonialisme ainsi que la construction d’un monde nouveau fondé sur une Coopération Mondiale entre les Peuples, l’égalité, le respect mutuel et la souveraineté des peuples doivent fonder le socle des relations internationales dans le nouveau millénaire que nous construisons.  

Le Groupe d’Initiative de Bakou et les organisations des dernières colonies françaises d’Amérique du Sud, des Caraïbes, de l’océan Indien et du Pacifique poursuivront leur travail afin de renforcer la nécessaire solidarité entre nos peuples et d’établir des relations de coopération avec le Mouvement des Pays Non-Alignés, le Comité Spécial de décolonisation et les autres instances de l’ONU. » 

Signataires : 

Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS) : Magalie Tingal
Mouvement des Jeunes Kanak en France (MJKF) : Wea Kuanene Daniel
Parti pour la Libération de la Martinique (PALIMA) : Francis Carole, Sylviane Curton
Mouvement des démocrates et des écologistes pour une Martinique souveraine (MODEMAS) : Claudette Duhamel
Pour MAOHI NUI (Polynésie – Française) : Tavini Huiraatira, Ella Tokoragi, Leon TefauMaohi
Protestant Church :  Révérent François Pihaatae
Mouvement de Décolonisation et d’Emancipation Sociale (MDES) : Hector Pindard, Dominique Montet, Servais Alphonsine
Alyans Nasyonal Gwadloup : Nathalie Minatchy
Kollèktif Pou Sove Gwadloup : René Beauchamp
Union Populaire pour la Libération de la Guadeloupe : Jean-Jacob Bicep
Autres organisations représentées – FKNG ; CIPPA ; CIPN ; MIR 

New-York, ONU, vendredi 22 septembre 2023 

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