COMMENT L’OUZBÉKISTAN LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ ET LE CHÔMAGE

La lutte contre la pauvreté et le droit à l’emploi ont été intégrés à la nouvelle constitution adoptée par referendum le 30 avril dernier. Il s’agit en effet, pour le gouvernement ouzbek d’une mission prioritaire.

Cette disposition constitutionnelle fait suite à un précédent décret présidentiel du 11 août 2020 qui ordonnait des « mesures supplémentaires visant à attirer les citoyens pauvres et sans emploi vers l’entrepreneuriat, à accroître leur activité de travail et leur formation professionnelle et à assurer l’emploi de la population ». La pauvreté était en effet l’un des problème majeur du jeune état, indépendant depuis la chute de l’Union soviétique, mais le sujet fut longtemps tabou. Ce tabou est aujourd’hui levé, puisqu’il existe désormais un ministère du Développement économique et de la Réduction de la pauvreté.

« Avant, on cachait la pauvreté, qui touchait 17% de la population. Mais on ne peut espérer résoudre un problème tant qu’on n’en reconnaît pas l’existence » note, Fakhreddine Hayit, porte-parole du ministère, qui ajoute : « les mesures prises depuis 2020 ont permis de réduire la pauvreté de 17 à 14% »

La modèle ouzbek de la lutte contre la pauvreté

Pour s’attaquer à la pauvreté, il était d’abord nécessaire de l’évaluer précisément, et de se constituer une base de données détaillée. En s’appuyant sur des visites porte à porte, une première série de listes a été élaborée à partir de janvier 2019, concernant la population en général, les femmes, et la jeunesse. Ces listes ont notamment permis de définir les besoins en accompagnement social, juridique et psychologique ainsi qu’en éducation et en formation.

Depuis le 1er avril 2021, un « Registre unifié de la protection sociale » permet de mieux comptabiliser les personnes en situation de pauvreté, qui reçoivent désormais automatiquement l’aide sociale que la loi leur attribue, sans fourniture de documents supplémentaires.

Le 3 décembre 2021, un décret « Sur les orientations prioritaires de la politique de l’État pour le développement de l’entrepreneuriat, l’emploi et la réduction de la pauvreté dans les khokims (administration de la ville), et les makhallas (quartiers communautaires spécifiques à l’Ouzbékistan, au nombre d’environ 9 500 ) ». La lutte contre le pauvreté est coordonnée au niveau local par une commission comprenant, pour chaque village ou makhalla, un inspecteur pour la prévention de la criminalité et la résolution des problèmes familiaux, le maire ou le responsable du quartier, et un assistant du khokim, poste créé spécialemement dans ce but par décret du 1er janvier 2022. Sa mission : évaluer le niveau d’emploi et les besoins de la population, favoriser le développement de l’entreprenariat, faciliter l’accès à l’emploi et la formation professionnelle.

Des allocations sont délivrées aux familles pour chaque enfant jusqu’à l’âge de 2 ans, une autre aide est attribuée aux enfants de 2 à 18 ans. Des bourses sont accordées aux étudiants et des micro-crédits mis en place pour les jeunes entrepreneurs.

Ces mesures ont été largement inspirées par les travaux de Abhijit Banerjee, qui a reçu, avec la française Esther Duflo, le prix Nobel d’économie en 2019. Banerjee a d‘ailleurs été l’invité d’honneur d’une conférence sur le développement qui s’est tenue le mois dernier à Tachkent.

Mais la clé du système réside surtout dans la mise en place de structures destinées à la formation des jeunes, aussi bien à un métier professionnel qu’à la création d’entreprises ou d’auto-entreprises : les « Monomarkaz » ou « Monocentres ».

Un exemple : le monocentre de Urgench ( province de Khorezm)

Monomarkaz de Urgench

Afin d’assurer la formation des jeunes et des adultes chômeurs, l’État a décidé la création de milliers de centres éducatifs non gouvernementaux dans toute la république, les «Monomarkaz : ishga marhamat» (Monocentre : merci pour le travail). Des formations et des cours pratiques sur la formation aux compétences professionnels ou commerciales et la formation à l’entrepreneuriat chez les jeunes y sont organisées. Les stagiaires qui ont suivi avec succès ces cours reçoivent des certificats, trouvent un emploi ou obtiennent des prêts préférentiels en cas de création d’entreprise.

Nous avons pu visiter le monomarkaz de Urgench, capitale de la province de Khorezm, où se trouve également la cité historique de Khiva.

Ouvert en février 2021, ce centre forme chaque année 2 000 personnes et dispense ses enseignements dans 24 métiers, dont la couture, la cuisine, l’informatique, l’électronique, l’électricité, la coiffure, le massage, les métiers de la construction, la joaillerie, les métiers d’infirmières et de garde d’enfants, le commerce et la gestion, la création d’entreprise, etc…

Ce centre dispose d’une salle spécifique pour chaque métier, très bien équipée. Les stagiaires sont encadrés par des enseignants hautement qualifiés. Les cours se font en ouzbezk, en anglais et en russe.« Les cours sont gratuits pour les chômeurs et sous contrat avec les entreprise dans le cadre de la formation professionnelle continue » nous précise Shirin Ruzmatova, la directrice du centre, « la formation est de 3 ans et peut se faire en alternance avec une présence en entreprise. La formation est à 30% théorique et 70% pratique. Nous accueillons également des personnes en situation de handicap. Ils sont 98 actuellement dans le centre et ont tous reçu une bourse. Notre objectif est très clair : faire baisser la pauvreté ».

Jean-Michel Brun

Dans le contexte de l’adoption par referendum, en décembre 2022, d’une nouvelle constitution et d’une nouvelle élection présidentielle le 9 juillet 2023, musulmansenfrance.fr vous propose une série d’articles sur l’Ouzbékistan.

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