UNE DÉLÉGATION AZERBAÏDJANAISE INTERCONFESSIONNELLE AU VATICAN

“Le Saint-Siège apprécie vivement les efforts de l’Azerbaïdjan pour renforcer le dialogue interreligieux”.

Une interview de S.E. Monsieur Rahman Mustafayev, Ambassadeur de la République d’Azerbaïdjan près le Saint-Siège.

MEF: Monsieur l’Ambassadeur, une délégation représentative de l’Azerbaïdjan, dirigée par le directeur exécutif de la Fondation Heydar Aliyev, a récemment visité le Vatican. Quels étaient les objectifs de cette visite et comment évaluez-vous ses résultats?

RM : Tout d’abord, je voudrais noter que les relations avec le Vatican occupent une place particulière dans les priorités de la politique étrangère de notre pays. Le Saint-Siège (Vatican) est un sujet de droit international unique en son genre. C’est le plus petit État du monde, et en même temps le centre de l’Église catholique, qui regroupe 16% de la population mondiale, près de 1,3 milliard de croyants. La juridiction du Saint-Siège va bien au-delà de la cité-état du Vatican, qui n’est que le siège du gouvernement central. Par conséquent, dans un sens, les relations avec le Vatican sont des relations avec le monde catholique tout entier. Pour cette raison, le développement du dialogue et de la coopération avec cet État revêt pour nous, je dirais, une importance particulière, non seulement bilatérale mais aussi internationale.

Fresque de Comodilla

Quant à cette visite, elle avait pour but de signer un nouvel accord de coopération entre l’Azerbaïdjan et Commission Pontificale d’Archéologie Sacrée du Vatican sur la restauration des peintures murales chrétiennes anciennes, des fresques et des peintures du IVe siècle dans les catacombes romaines de Commodilla. En outre, l’un des objectifs de la visite était de voir l’avancement des travaux relatifs à la convention conclue en février 2019 entre la FHA et la Fabbrica de San Pietro sur les travaux de restauration du sanctuaire du Pape Saint Léon le Grand (440-461) dans la Basilique de Saint-Pierre. Ce chef-d’œuvre du sculpteur italien Alessandro Algardi construit dans les années de 1640-1653 représente la rencontre entre le Pape Léon Ier et l’Empereur des Huns Attila, qui a abandonné la conquête de Rome après les appels du Pontife.

MEF : Pourriez-vous nous donner plus d’information sur l’Accord conclu lors de la visite de la délégation ?  

RM : out d’abord, je tiens à mentionner que notre coopération avec le Vatican dans le domaine de la préservation de son patrimoine culturel et religieux se développe activement depuis 2011, de sorte que la signature du nouvel accord a coïncidé avec le 10e anniversaire de notre coopération. Les projets réalisés au Vatican avec le soutien de la FHA contribuent à renforcer encore les liens entre l’Azerbaïdjan et le Vatican, et constituent un exemple de dialogue et de coopération entre l’Islam et le Christianisme, entre les Etats musulmans et catholiques.

Quant au nouveau projet, il s’agit de la restauration de peintures murales uniques qui se trouvent à 5 mètres sous terre dans les catacombes de Commodilla et qui sont d’une grande importance culturelle et scientifique. En particulier, les peintures murales dans le « cubicule de Leon », représentant des scènes bibliques, datables de IVe siècle, parmi lesquelles se trouve le Jésus-Christ sauveur barbu. Il faut noter que c’est l’une des premières images du Christ entièrement barbu.

Ce projet revêt une grande importance culturelle, car il s’agit de la restauration, du retour à la vie du patrimoine culturel de l’église catholique et de la Rome antique. L’aspect scientifique de ce projet est également très important. Les archéologues italiens nous ont dit que chaque jour de travaux de restauration dans les catacombes de Commodilla sur les fresques anciennes aide à mieux comprendre comment la peinture chrétienne précoce s’est développée, ouvre de nouvelles pages, jusqu’alors inconnues, de l’histoire de Rome elle-même.

N’oublions pas non plus l’aspect économique. Après la restauration, ces chefs-d’œuvre seront mis à la disposition des résidents et des visiteurs de Rome, et feront partie du complexe du musée dans l’une des municipalités en développement dynamique de la capitale italienne. Cela entraînera un afflux de touristes, un développement économique du quartier dans lequel les catacombes sont situées. Pour être honnête, nous n’avons même pas pensé à cet aspect lorsque nous avons commencé le projet, mais il s’est avéré être organiquement lié à tous les autres.

MEF : Quels autres projets de préservation du patrimoine culturel et religieux du Vatican ont été réalisés par la partie azerbaïdjanaise?

RM : En effet, ce domaine de coopération est le plus dynamique entre les parties, et le grand mérite en revient à la Fondation Heydar Aliyev et plus personnellement à la Première Vice-présidente Mehriban Aliyeva. Il faut noter en particulier que la Fondation Heydar Aliyev a apporté une contribution importante au développement des relations avec le Saint-Siège. La présidente de la FHA, la Première Vice-présidente de la République d’Azerbaïdjan Mehriban Aliyeva s’est rendue au Saint-Siège à six reprises (novembre 2011, juin 2012, juin 2014, février 2016, septembre 2018 et février 2020) ces dernières années et des projets importants ont été réalisés à son initiative et avec son soutien actif.

Les catacombes de Commodilla

Dans le cadre de cette coopération selon la «Convention sur la restauration des catacombes romaines (Saint Marcelino et Pietro) entre la Fondation Heydar Aliyev et la Commission pontificale d’Archéologie sacrée» signée à Rome le 22 juin 2012 des travaux de restauration ont été effectués pendant 3 ans avec le soutien de la FHA dans les catacombes susmentionnées. Ces catacombes considérées comme des exemples du patrimoine artistique de Rome, datant de IIIe-Ve siècles, occupent du point de vue de l’histoire et de l’architecture une place particulière parmi les monuments chrétiens les plus anciens qui pour la première fois ont été présentés au public. La cérémonie officielle d’ouverture des catacombes a eu lieu le 23 février 2016 avec la participation de la Première dame de la République d’Azerbaïdjan, la Présidente de la HAF Mehriban Aliyeva.

De plus, deux accords ont été signés le 3 juin 2014 entre la FHA et le Gouvernorat de l’État de la Cité du Vatican sur la restauration du monument de Zeus et des anciennes armoires dans la Salle de Sixtine dans le musée du Vatican.

En outre, suite aux travaux de restauration effectués selon la «Convention sur la restauration des sarcophages des catacombes de Saint-Sébastien» signée le 23 février 2016 entre la FHA et la Commission pontificale d’Archéologie sacrée une cérémonie d’ouverture des catacombes restaurées a eu lieu le 26 septembre 2018 dans le complexe de l’église-musée de Saint-Sébastien avec la participation de la Première Vice-présidente M.Aliyeva. Il faut noter que les catacombes de Saint-Sébastien datant de IIIe siècle sont l’un des rares cimetières de l’Église primitive encore accessible.

De plus, le 28 février 2019 la «Convention sur la restauration du mausolée dans les catacombes de Saint Commodilla » a été signé entre la FHA et la Commission pontificale d’Archéologie sacrée. Dans le cadre de cette coopération il a été convenu de réaliser des travaux de restauration des catacombes de Commodilla, datant du IVe siècle, particulièrement célèbre par la sépulture des SS. Félix et Adauctus.

Mais à mes yeux un des projets les plus importants avec le Vatican est la « Convention entre la FHA et la Fabbrica di San Pietro in Vaticano sur les travaux de restauration de l’acropole sous la basilique de Saint-Pierre et du sanctuaire de Saint Léon le Grand dans la Basilique », signé le 28 février 2019.

L’importance de ce projet va bien au-delà des simples travaux de restauration. Pour la première fois, un pays musulman a eu accès pour intervenir dans le «saint des saints» de l’Église catholique romaine – la basilique Saint-Pierre. C’est un signe de respect et de reconnaissance du rôle important de l’Azerbaïdjan, de la Fondation Heydar Aliyev et personnellement de la Première Vice-présidente M. Aliyeva dans la préservation du patrimoine culturel et religieux mondial, y compris le patrimoine de la culture chrétienne et de l’Église catholique romaine. Actuellement, les travaux de restauration de la basilique et de l’acropole touchent à leur fin et j’espère que dans les mois à venir aura lieu l’ouverture officielle de l’autel et de l’acropole restaurés, ce qui deviendra sans aucun doute un événement important dans les relations entre nos Etats.

MEF : Votre délégation était composée de représentants des différentes communautés religieuses de l’Azerbaïdjan. Quelle en est la raison?

RM : Oui, en effet, la délégation comprenait les dirigeants des communautés catholique, musulmane, orthodoxe et des deux communautés juives, les Juifs de montagne et les Juifs ashkénazes, de notre pays qui se sont rendus pour la première fois au Vatican dans une telle composition.  Nous voulions qu’ils aient tous une idée de l’évolution de notre coopération avec le Vatican, avec l’État théocratique catholique, et qu’ils informent les membres de la Curie romaine de la situation des communautés religieuses dans notre pays. Je pense que nous avons réussi cette tâche – la visite a été utile pour les deux parties. Nos amis du Vatican ont appris de première main que la tolérance, la coexistence pacifique et l’interaction entre les différentes communautés religieuses ne sont pas une jolie image de la couverture du magazine, mais la réalité de l’Azerbaïdjan moderne.

MEF : Outre la mise en œuvre de projets communs sur la préservation du patrimoine culturel, dans quels autres domaines coopérez-vous avec le Vatican ?

RM : Des relations de coopération fortes ont été établies avec le Saint-Siège dans de nombreux domaines, notamment dans les domaines du dialogue politique, de la science et de l’éducation. Bien entendu, le dialogue politique entre les chefs de nos États revêt une importance particulière dans notre coopération. Dans ce contexte, je tiens à souligner les visites des Présidents Heydar Aliyev en septembre 1997 et Ilham Aliyev en février 2005, en mars 2015 et en février 2020 au Vatican, ainsi que les visites des Papes Jean-Paul II en mai 2002 et François en octobre 2016 en Azerbaïdjan, qui ont apporté une importante contribution au développement des relations entre les deux pays.

Le Vatican a déclaré plusieurs fois qu’il appréciait hautement la tolérance religieuse et ethnique en Azerbaïdjan. En particulier, le Pape Jean-Paul II lors de sa visite à Bakou en mai 2002 a déclaré : “Je suis venu dans ce pays très ancien, gardant dans mon cœur l’admiration devant la richesse et la variété de ses cultures. Riche en diversité et en caractéristiques caucasiennes, ce pays a absorbé les trésors de nombreuses cultures, notamment persane et Altaï-touranienne. Sur cette terre il y avait et à ce jour il y a des grandes religions: le zoroastrisme a coexisté avec le christianisme de l’église Albanaise, qui a joué un rôle si important dans l’antiquité. Par la suite, l’islam a joué un rôle de plus en plus croissant et aujourd’hui, il est la religion de l’écrasante majorité du peuple azerbaïdjanais. Depuis des temps immémoriaux, le judaïsme, qui jouit encore d’une grande appréciation, a apporté sa contribution unique. Même après l’affaiblissement de l’éclat initial de l’église, les chrétiens ont continué à vivre côte à côte avec les croyants d’autres religions. Cela a été rendu possible grâce à un esprit de tolérance et de compréhension mutuelle dont сe pays ne peut être que fier”.

Lors de la visite apostolique du Pape François à Bakou le 2 octobre 2016, la haute appréciation du Saint-Siège sur la politique de tolérance et de bienveillance religieuse menée par notre pays, le respect de toutes les religions et de leurs adhérents œuvrant en Azerbaïdjan a été confirmée. A ce propos, je voudrais rappeler les merveilleuses paroles du Pontife : “Je souhaite vivement que l’Azerbaïdjan continue sur la route de la collaboration entre les diverses cultures et confessions religieuses. Que toujours plus l’harmonie et la coexistence pacifique nourrissent la vie sociale et civile du pays, dans ses multiples expressions, assurant à tous la possibilité d’apporter sa propre contribution au bien commun”. J’espère, remarque le Pape François, “que grâce à Dieu et grâce à la bonne volonté des parties, le Caucase pourra être le lieu où, par le dialogue et la négociation, les différends trouveront leur règlement et leur dépassement, en sorte que cette région soit une «Porte entre l’Orient et l’Occident », selon la belle image utilisée par Saint Jean-Paul II”.

MEF : Qu’est-ce qui, à votre avis, est à la base d’une coopération aussi fructueuse entre l’Azerbaïdjan et le Saint-Siège ?

RM : Le principe le plus important de la politique intérieure et extérieure de l’Azerbaïdjan est le soutien au pluralisme religieux, ethnique et culturel. Dans la politique étrangère du pape François, qui accorde une grande importance au développement du dialogue avec le monde musulman, ce principe occupe également une place prépondérante. Cette convergence des approches des deux États sur une question aussi importante constitue une base solide pour la coopération bilatérale.

Je vous invite a faire l’attention aux accents que le Pontife souverain a fait dans ses discours lors de sa récente visite historique en Irak. Il a souligné à plusieurs reprises que le pluralisme religieux, ethnique et culturel contribuait au bien-être des pays et l’harmonie de la société. Et à l’inverse, l’absence de ce pluralisme engendre le terrorisme, la violence et la haine. Je pense que cette idée est juste non seulement pour le Moyen-Orient, mais aussi pour notre région du Caucase du Sud. En effet, la terreur à l’encontre des chrétiens en Irak par soi disant l”Etat islamique”, Daech et la déportation forcée des musulmans d’Arménie en 1987, puis la terreur contre les Azerbaïdjanais et les autres minorités ethniques dans les territoires occupés de la région de Karabakh de l’Azerbaïdjan par l’Arménie en 1991-1993 – sont les manifestations de la même “maladie” – l’intolérance religieuse et nationale, l’impréparation au dialogue interculturel et l’absence de pluralisme religieux et ethnique.

MEF : Ce n’est donc pas un hasard si le Saint-Siège a tant apprécié les efforts de la FHA et personnellement de la Première Vice-présidente, Mme. M.Aliyeva, pour la protection du patrimoine culturel du Vatican et de l’Église catholique romaine…

RM : Sûrement, dans le cadre de visite officielle au Vatican du Président de la République d’Azerbaïdjan Ilham Aliyev et son épouse Mehriban Aliyeva en février 2020, la Première Vice-présidente d’Azerbaïdjan, Mehriban Aliyeva, a été décorée de la Grand-Croix – le plus haut grade de l’Ordre de Pie IX. Instauré en 1847, l’Ordre de Pie IX est la plus haute distinction du Saint-Siège pouvant être reçu par un laïc.

Ce prix élevé est une reconnaissance de l’exceptionnelle contribution personnelle du Première Vice-présidente Mehriban Aliyeva au développement des relations entre l’Azerbaïdjan et le Saint-Siège, du rôle actif de l’Azerbaïdjan dans la préservation des patrimoines de la culture et de la civilisation chrétiennes, dans le renforcement du dialogue des cultures. Comme le Vatican l’a noté à plusieurs reprises, l’Azerbaïdjan, par ses actions dans ce domaine, montre un exemple que d’autres pays peuvent suivre. Il s’agit d’une évaluation très élevée de la politique intérieure et étrangère de notre pays et de ses dirigeants, en particulier dans les conditions modernes, lorsque l’intolérance religieuse et ethnique et les politiques agressives deviennent la norme dans la vie nationale et internationale et quand le nationalisme radical et le chauvinisme chassent le libéralisme de l’idéologie des élites dirigeantes dans de nombreux pays du monde.

Lors de la rencontre avec le Président de l’Azerbaïdjan, le secrétaire d’État du Vatican, Pietro Parolin, a noté qu’il existait «des relations spéciales entre l’Azerbaïdjan et le Vatican, et le Saint-Siège apprécie vivement les efforts de l’Azerbaïdjan pour renforcer l’atmosphère de compréhension mutuelle, de respect et de dialogue entre les cultures». Et la tâche de notre diplomatie est de faire en sorte que ces «relations privilégiées» se développent davantage, remplies de nouveaux contenus et projets.

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