NEC PLURIBUS IMPAR

J’aimerais être fier de suspendre à ma fenêtre le drapeau tricolore comme le font les Américains avec le Star-Spangled Banner.

J’aimerais répéter, comme par le passé, que Paris est la plus belle ville du monde.

J’aimerais enfin me glorifier d’être l’héritier de Montaigne, Molière ou Rousseau.

Mais lorsqu’à l’étranger, j’annonce que je suis Français, je suis regardé avec la compassion dont on gratifie ceux qui furent et ne sont plus. La voix de la France, si tonitruante lorsqu’elle brisait l’allégeance outre-Atlantique, refusait la meurtrière mascarade irakienne, est aujourd’hui poliment entendue, mais plus écoutée. Le Français devient une langue morte, vestige du temps où il était l’esperanto des ambassades.

Certaine d’être « Nec pluribus impar »*, « à nulle autre pareille», elle est absente de la Chine, du Moyen-Orient, de l’Asie Centrale, du Bosphore et du Caucase, et bientôt de l’Afrique. Ces régions où se construit le monde de demain, qu’elle toise de sa minuscule hauteur, convaincue qu’elles ne la méritent pas.

En cherchant à s’inventer une « identité nationale », la France a perdu son être.

La consternante résolution de l’inutile Sénat contre l’Azerbaïdjan, la récupération politique du drame de Lola, la fermeture d’écoles qui pratiquent la laïcité inclusive, la burlesque affaire Iquioussen, figurent parmi les manifestations de cette décadence que nous espérons voir comme un accident temporaire de l’histoire.

Pendant ce temps, à Bakou, à Tachkent, à Achgabat, le monde avance, sans nous.

Il est encore temps de le rattraper, mais avec qui ?

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* Devise de Louis XIV

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