PANIQUE ORGANISÉE

Deux mots sont aujourd’hui particulièrement à la mode dans les sphères médiatiques et politiques : « complotisme » et « populisme ».

Le populisme consiste à dispenser les citoyens de tout effort de réflexion en livrant à leurs inquiétudes des solutions simplistes, tellement simplistes qu’elles sont susceptibles d’être acceptées sans que fonctionnent les alertes de l’esprit critique. On peut se référer à ce sujet au croustillant et terrible roman de Jean Teulé : « Mangez-le si vous voulez », qui relate un épisode véritable survenu dans le village français de Hautefaye, en Dordogne, en 1870 : Sur une simple rumeur devenue incontrôlable, un petit village sans histoire sombra dans la plus sauvage barbarie. Car le populisme est meurtrier lorsqu’il sert des boucs émissaires à des populations en détresse.

Un autre levier du populisme est de faire croire aux citoyens défavorisés que les responsables de leurs malheurs sont ceux qui sont encore plus pauvres que eux.
Lorsque les medias et la quasi totalité de la classe politique désignent l’immigration et l’islam comme origine de nos souffrances, lorsque ceux qui proposent, non de simples réformes mais un véritable changement de société sont accusés d’antisémitisme (simplement parce qu’ils refusent le massacre des palestiniens) ou de tentative d’Armageddon civilisationnel, il s’agit précisément de schémas populistes. Pire ils accusent à leur tour de populisme ceux qui les combattent, par une inversion rhétorique aussi infantile que le « c’est celui qui dit qui y est » de nos cours de récréation. On peut se demander comment ces discours bâtis sur le mensonge et les sophismes les plus invraisemblables peuvent fonctionner. Goebbels avait donné la réponse : « Plus un mensonge est gros, plus il a de chances d’être cru ».

Le « complotisme » quant à lui, est lié au « populisme » dans la mesure où il qualifie l’action et la pensée de ceux qui refusent celui-ci.
Nous vivons dans un univers sociétal bâti par des gens de pouvoir qui ont balisé celui-ci de manière à assurer la perennité de leur domination. Cet univers est circonscrit par un certain nombre de postulats. Et de même qu’en géométrie, le postulat d’Euclide définit la géométrie du même nom, de même ceux qui contestent nos axiomes sociaux sont considérés comme exogènes à notre société, laquelle les regroupe dans l’ensemble honni des « complotistes ». Ainsi furent désignés en leur temps ceux qui refusaient la doxa du bien-fondé de la guerre en Irak, ainsi continuent à l’être ceux qui émettent des réserves sur la politque anti-covid de 2019-2020.

Alors, soyons complotistes, sans regret, en songeant à la formule du criminologue Alain Bauer : « Il y a deux écueils par rapport à la théorie du complot : le premier c’est d’en voir partout, le second c’est de n’en voir nulle part ». Soyons donc complotistes, car ce qui suit n’est pas du complotisme, mais simplement l’anatomie d’un complot…

Depuis qu’elle a débuté, le 17 octobre 2026, les politiciens de l’univers islamophobe soutenus par la galaxie médiatique Bolloré-Arnault-Niel, le martèlent sans vergogne : la « révolte » lycéenne est menée par une conjuration islamo-gauchiste ourdie de concert par les Frères musulmans et la France insoumise, laquelle encourage une immigration soucieuse de détruire les valeurs républicaines. A l’appui… des fake news ! L’ancienne vedette du JT Paul Amar déclare qu’à Marseille, les magasins juifs ont été ciblés par les casseurs, affirmation démentie par le CRIF lui-même. Une journaliste de CNews annonce que la DGSI l’a informée que des kalachnikovs circulaient parmi les manifestants, intox dont elle a fini elle-même par s’excuser. Une photo de deux personnes âgées déshabillées par les « casseurs » fait le tour des magazines d’info en continu, jusqu’à ce qu’elle se révèle être une image crée par l’IA. Quant à Eric Zemmour, il lui faut à peu près quinze secondes pour arriver à relier n’importe quel événement eau « grand remplacement ». Et ce ne sont que quels exemples parmi d’autres.

Mais sur le terrain, qu’a-t-on v réellement ?
On a vu des pilleurs opportunistes, de toutes origines, y compris de brave mères de famille, dévaliser les magasins. Faire l’amalgame entre quelques voyous et la masse des lycéens poussés à bout par une politique délirante est aussi délirant que les obsessions de Florence Bergeaud-Blackler, la « chercheuse » en « islamisme » qui ne parle pas un mot d’arabe et voit du frérisme comme Zabou voyait « des nains partout » dans le fameux film de Jean-Claude Sussfeld.
Sauf que, d’une part les chiffres annoncés par le ministère de l’intérieur paraissent totalement extravagants par rapport à ce qui a été constaté sur place. A Marseille, par exemple, ce sont 30 000 pilleurs qui auraient été dénombrés par la police. Or les exactions n’ont concerné que quelques rues, faciles à contrôler, alors que les policiers, garés à proximité avaient reçu l’ordre de ne pas intervenir. Pourquoi les avoir laissé faire ? Ces annonces ont provoqué la panique des commerçants de Marseille qui, en vue de la manifestation du 24, ont barricadé massivement leurs vitrines avec des plaques de bois fournies par la municipalité. Et le 24 octobre, rien ne s’est passé, pas plus que le 31, si ce n’est le ballet incessant des voitures de police, sirènes poussées à fond, qui n’ont pas cru utile de s’arrêter lorsqu’une poubelle brûlait au bas du cours Julien. En revanche, la police municipale, déguisée en armée de Robocops, a fait une démonstration de présence quasi cinématographique au début de cette avenue hyper-branchée. Ceci avant de quitter les lieux sous les huées de la foule, alors qu’un hélicoptère balayait de son projecteur les nombreux cafés et terrasses qui étaient pleines à craquer.

On aurait voulu créer, au sein de la population française, une panique nourrie par de soigneuses mises en scène et des déclarations à l’emporte pièce, on ne s’y serait pas pris autrement. Une panique organisée en quelque sorte.
Et puis, il y eu le couvre-feu, aussi grotesque qu’impressionnant, probablement destiné à créer une distinction entre les « voyous « et les « honnêtes citoyens ». Un héritage du guet médiéval lançant « Il est minuit, dormez en paix braves gens », et des périodes de guerre.
Et puis il y a ces policiers en tenue noire et cagoulés surpris par des élus en train de jouer les émeutiers. Alexia Low et Mathilde Texier, deux journalistes de France Info, ont bien essayé de concocter un long article destiné à assimiler ces témoignages à une intox récurrente, « Ces dénonciations de « policiers casseurs » ou d' »agents provocateurs » reviennent à chaque mouvement social d’ampleur, comme lors des manifestations des gilets jaunes, et sont systématiquement démenties par les autorités et les syndicats de police » écrivent-elles, en rappelant que Coluche, en son temps, avait pondu un sketch sur ce qu’on appelait alors les « appariteurs ». Puisque c’est Coluche qui le disait, c’était donc forcément de la comédie. Sauf que nos deux journalistes n’étaient probablement pas nées en 1968. Moi si. J’étais étudiant, et des « appariteurs » déguisés en émeutiers, pavés à la main, nous en avons coincés quelques-uns, avant, bien sûr, d’être obligés de les laisser repartir vers leurs collègues en uniforme.

Cette façon d’attiser les violences, puis d’en exagérer l’ampleur afin d’installer la peur est une vieille tactique. Déjà, le préfet de police de l’époque avait confiné en mai 1968 ses CRS et ses gendarmes mobiles dans des cars surchauffés, leur interdisant d’intervenir face aux barricades et aux voitures incendiées, avant de les jeter, à bout de nerfs et fous de rage, matraques en mains, sur les jeunes manifestants. Les images, diffusées par la seule télévision d’État, avaient tellement tétanisé les « braves gens », qu’elles avaient permis l’organisation de la fameuse contre-manifestation de la bourgeoisie française, acheminée par cars entiers, défiler sur les Champs Elysées. Ce qui mit fin à la révolte étudiante.

Certains espèrent peut-être réemployer cette antique recette en espérant en tirer les mêmes résultats. Ils devraient se souvenir que l’histoire ne repasse pas les plats, et que la raison de l’arrêt du mouvement étudiant de 68 était surtout dû… à l’approche des grandes vacances !

Si le gouvernement français souhaite réellement éviter les débordements, il lui suffit d’écouter les lycéens et les syndicats, exaspérés par le manque d’enseignants, la vétusté des établissements, et l’absurdité de Parcours Sup. Il lui suffit d’entendre l’angoisse des jeunes devant un avenir incertain. Il faut entamer des discussions, proposer des mesures. Pour le moment, ni le discours présidentiel, ni les déclarations du premier ministre n’ont laissé entrevoir une telle volonté. Organiser le chaos, et tenter de mettre celui-ci sur le dos d’imaginaires partisans du désordre est une méthode qui peut faire illusion à court terme. Mais c’est une funeste politique que celle d’essayer à tout prix d’abandonner le peuple au profit que quelques nantis. En 1842, Claude Tillier écrivait dans Mon oncle Benjamin : « Qui sème les privilèges récolte les révolutions ».

Au lieu de laisser l’entropie politique plonger la France dans un possible désastre, il suffirait de quelques jours pour que le Président Macron et son premier ministre rétablisse la situation dans une perspective gagnant-gagnant. Le souhaite-t-il ? Espérons-le, avant que les urnes ou la rue ne rappellent chacun à ses responsabilités.

Jean-Michel Brun

Lire aussi

SOMMET MONDIAL DE SAMARCANDE. INTERVENTION DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE D’OUZBÉKISTAN

En ouverture du Sommet mondial « Investir dans le bien-être des enfants : une voie …