On ne peut pas être inculte et demeuré à ce point. Et si son air réjoui et satisfait quand il débite une ânerie peut faire croire qu’il apporte ainsi une confirmation à la parole de Jésus « Beati pauperes spiritu » (Heureux les pauvres d’esprit) – laquelle n’a d’ailleurs pas la signification qu’on lui prête généralement – il est probable que tout ceci relève de la comédie. Eric Zemmour ne croit certainement pas ce qu’il dit. Il joue simplement le rôle que lui assigne la pièce que d’autres ont écrite pour lui : ceux pour qui la justification des massacres de Gaza passe par la diabolisation des musulmans. Même si d’ailleurs les victimes palestiniennes de Netanyahu ne sont pas toutes musulmanes.
Le problème est qu’une imbécilité maintes fois répétée finit par acquérir des airs de vérité. Écoutons quelques bribes de son discours, sans oublier de garder un puissant anti-émétique à portée de main.
« Je veux que l’Occident vive et survive. Aujourd’hui, il est en danger de mort à cause d’une islamisation de tous nos pays. Nous avons des enclaves étrangères en France, relais de pression de gouvernements étrangers. » Pour ceux qui, naïvement, n’auraient pas compris, il vise ici l’ensemble des Français musulmans ou assimilés comme tels, et la France Insoumise.
Bozo le clown poursuit : « les mosquées, les Frères musulmans ont fait voter Jean-Luc Mélenchon », « L’islam n’est pas seulement une religion, c’est un code civil, qui concurrence notre code civil », « La France c’est Liberté, Égalité, Fraternité, l’islam, c’est Soumission, Inégalité entre hommes et femmes, entre hommes libres et esclaves, entre fidèles et infidèles, et Fraternité dans l’Oumma, c’est à dire la Nation islamique »
Pas la peine, de continuer, le reste est du même acabit. Alors rappelons quelques vérités : La racine du mot Islam , SLM, ne signifie pas soumission, mais « être sain et sauf ». L’islam interdit toute ségrégation basée sur le sexe, l’âge, la race ou la religion. La seule échelle de valeur islamique est la piété. Les notions de Liberté, Égalité, Fraternité, ont été définies, cinq siècles avant les Lumières, par le philosophe musulman d’origine persane Nizami Ganjavi, lequel était très en avance sur Rousseau, Diderot ou Voltaire, puisqu’il prônait l’égalité homme-femme dans tous les aspects de la vie sociale, et la nécessité de protéger l’environnement, comme un don de Dieu fait aux hommes.
Surtout, ainsi que le fait remarquer Mohammed Bajrafil, « La France applique la charia plus que tous les autres pays musulmans ». Charia est un terme volontairement travesti par la sphère islamophobe, qui en a fait, pour reprendre la terminologie de Roland Barthes, un « mot mana », c’est à dire un mot ayant acquis une sorte de dimension magique. Un mot auquel on confère une charge symbolique qu’il ne possède pas. Un signifiant qui prend la place de tous les signifiés. Ainsi que le souligne Bajrafil, la « charia » consiste simplement à appliquer les cinq principes fondamentaux de l’islam, qui sont le droit de croire ou de ne pas croire, la protection de l’intégrité physique et de la vie humaine, la préservation et le développement de la raison, le droit à la préservation et à la succession de l’espèce, et le droit à la propriété privée et à la justice. C’est exactement ce que prêchent les imams dans nos mosquées. Tout ce qui est raconté, comme la lapidation des femmes, n’est que billevesée, comme le fut jadis l’accusation, par l’Inquisition, de sorcellerie faite aux femmes qui souhaitaient s’instruire.
Les musulmans : piliers des valeurs républicaines
En réalité, ceux qui respectent le moins les valeurs de la République sont ceux qui prétendent les défendre en pratiquant l’ostracisme et la discrimination. Et ce sont les musulmans français, comme le reconnaissait, à la fin de sa vie, le penseur de droite Patrick Buisson, qui sont aujourd’hui, les meilleurs gardiens de l’esprit républicain et de ses valeurs.
Lors du meeting, tenu à Marseille le 1er novembre 2026, le maire de Saint Denis Bally Bagayoko, si souvent montré du doigt puant de l’extrême-droite, après avoir rappelé qu’il était de confession musulmane, disait : « Ceux qui sauveront la France, sont ceux qui défendront passionnément les valeurs républicaines que sont la Liberté, l’Égalité, et la Fraternité »
C’est pour cela que tant d’arabes, malgré les horreurs de la colonisation, ont manifesté leur amour de la France, et continuent à le faire, car il se réfèrent aux valeurs que ses penseurs ont toujours portées, jusqu’à ce que des acteurs politiques, animés par de voraces appétits, ne les dénaturent et les vident de leur sens.
Oui, les musulmans aiment cette France de Voltaire, et de Zola. Celle de Lamartine et de Victor Hugo, et même de Napoléon, qui avaient pour leur religion un immense respect teinté d’admiration, ainsi que l’analyse avec précision l’historien Louis Blin.
Face aux dérives racistes, les musulmans restent parmi les remparts les plus solides contre la sape, patiemment exercée, jour après jour, à coup d’occupation des esprits par medias et politiciens corrompus interposés, de ces valeurs républicaines, qui ne sont rien d’autres que les valeurs humanistes, prônées de tous temps par les religions, du moins dans leur pureté originelle.
C’est la raison pour laquelle certains cherchent à diviser les musulmans, ou à présenter quelques lamentables bouffons comme des archétypes du « bon musulman ».
C’est aussi la raison pour laquelle le concept de laïcité, tel qu’il a été défini par Aristide Briand en 1905, a été manipulé pour en faire une arme anti-religieuse. Un sondage, spécialement organisé pour tenter, en vain d’ailleurs, d’accréditer d’idée d’une soi-disant radicalisation de la jeunesse musulmane, posait une question qui chaussait les gros sabots de la tartufferie : « Considérez-vous que la loi de Dieu l’emporte sur la loi républicaine ? »
Bien entendu, la réponse d’un croyant, quel qu’il soit, ne peut être que positive. Quel croyant, musulman, chrétien, ou juif, pourrait-il affirmer que la loi de Dieu doit se soumettre à la loi des hommes ? Cette question est à la fois stupide et sournoise. Car elle présuppose que les deux lois sont incompatibles. Or il n’existe aucune incompatibilité entre elles, puisque, précisément, les croyants estiment que c’est Dieu qui a invité les hommes à construire des lois de manière à ce que soient respectées ses propres Valeurs. Les seules lois humaines incompatibles avec les lois divines sont celles qui vont à l’encontre des valeurs fondamentales. Chez juifs, ce sont les 10 commandements, chez les chrétiens, ce sont les 3 vertus théologales : la foi, l’espérance, la charité, et les 4 vertus cardinales : la prudence, la justice, la force morale, la tempérance. Chez les musulmans : la justice (Al-Adl), la miséricorde et la compassion (Ar-Rahma), le bon comportement (Al-Akhlaq), la quête du savoir (Ilm), la solidarité et le partage (Zakat et Sadaqa), et la préservation de la vie et de la dignité. En somme, la Loi de Dieu est juste un peu plus rigoureuse que la loi des hommes. C’est ce qui inquiète les suprémacistes de tous bord.
L’application des principe de la laïcité fut d’ailleurs réclamée par les Algériens colonisés, et elle leur a été refusée par l’administration française afin d’assurer contrôle et la subordination des cultes, et de crainte que l’application de la liberté de conscience n’entraîne une contestation massive ou une révolte contre la souveraineté française.
Insinuer aujourd’hui que les musulmans s’opposent à la laïcité est une véritable pantalonnade.
Les musulmans aiment la France car ses valeurs sont celles qui facilitent le vivre ensemble, qui permettent de faire partie intégrante de cette Nation à laquelle ils ont choisi d’appartenir et qui respecte l’identité propre de chacun. Cette unité dans la diversité, qui fait la force d’un pays, qui rassemble au lieu de diviser.
C’est pour cela que les jeunes musulmans de France s’engagent aujourd’hui dans la politique. C’est aussi pour cela qu’ils doivent aller aux urnes l’an prochain. Dans les quartiers populaires, il y a encore 61% d’abstention parce qu’on s’y méfie de la politique. On ne croit plus à l’utilité d’aller voter. C’est exactement ce que tentent de faire croire ceux qui cherchent à préserver leur intérêt au dépens de celui des Français. Il ne faut pas tomber dans le piège. La France, on l’aime et on y reste.
Jean-Michel Brun
Musulmans en France L'actualité des musulmanes et musulmans en France