C’est une victoire par KO. Ce mardi 3 novembre, les Démocrates ont écrasé les Républicains en remportant la majorité absolue dans les deux chambres. Personne ne s’y attendait à ce point, ce qui montre, une fois encore, que rien n’est joué avant l’ouverture des urnes. Les élections au Bresil l’avaient démontré, il en sera peut-être de même en France.
Avec ses cliques…
Et voilà le président de cartoon, plus Picsou que Donald, repartir la queue basse, Ce qui n’est pas étonnant, aurait raconté l’une de ses anciennes liaisons. C’est tout le parti rouge qui s’en est allé, avec ses cliques, c’est à dire ces lobbies pro-Netanyahu qui avaient massivement financé les campagnes des uns et des autres, et qui avaient plongé l’Amérique dans les ruines de la guerre.
Avec ses « clics » aussi. On se souvient que Trump avait largement fait appel aux réseaux sociaux pour assurer sa victoire en 2016. Cette fois, ce sont ces mêmes réseaux sociaux qui ont fait, au moins en partie, basculer le scrutin. Car en cette matière, la jeunesse est beaucoup plus affutée que les vieillards orangés. Depuis plusieurs mois, les caricatures animées façonnées par l’IA se sont multipliées, et, il faut bien le dire, sont beaucoup plus drôles que les vidéos de propagande à l’ancienne chères à l’homme à la casquette. Et surtout, les influenceurs anti-républicains ont quelque chose à dire, et ont du talent.
C’est notamment le cas d’Hasan Piker, dont les lives fleuve de 8h d’affilée et ses 11 millions de followers ont beaucoup contribué à la notoriété des candidats démocrates. Intelligent, drôle, ce turc d’origine a non seulement du bagout, mais sait proposer des analyses fines de la politique intérieure et étrangère. Il est aussi un redoutable débatteur.
Pourtant, la fachsophère trumpienne ne l’avait pas épargné. Comme le soulignait Arthur Schopenhauer dans « L’art d’avoir toujours raison », paru en 1864, quand on n’a pas d’arguments on se livre à des attaques ad personam. Et on ne s’en est pas privé, en ciblant ce que les Républicains voyaient comme un point faible : sa religion. Or c’est exactement l’inverse qui s’est produit. En allant guerroyer à l’extérieur, Donald Trump a ouvert l’horizon des Américains, jusque là plutôt nombrilistes et autocentrés. Ils découvrirent et commencèrent à apprécier le courage des ces peuples musulmans qui se dressaient devant l’adversité et résistaient aux menées génocidaires. Mieux, ils se mirent à les aimer ces musulmans, jusqu’à leur offrir Time Square pour la prière de l’Aïd. Ainsi, pour la première fois, New York choisit un maire musulman, en la personne de Zohran Mamdani. Puis l’organisation du mondial de football acheva d’ouvrir les yeux et le coeur des citoyens américains sur un monde qui ne ressemblait pas à celui qu’on leur avait servi pendant des années.
Avec ses claques..

En 2026, la ville de Lawrence, au Kansas, avait accueilli dans la liesse l’équipe algérienne des « Fennecs ». Des drapeaux algériens pavoisaient les rues et la bâtiments. Quelques mois plus tard, pour la première fois depuis 1932, le Kansas élisait un candidat démocrate, Adam Hamilton. Le président Tebboune a invité le maire de Lawrence et le gouverneur du Kansas en visite officielle à Alger.
Malgré les insultes racistes à son égard, les gardes à vues et autres intimidations, le soutien du musulman Hasan Piker aux candidats démocrates a peut-être été décisif.
Abdul El-Sayed est devenu le premier musulman élu au Sénat américain après sa victoire dans le Michigan, face à l’ancien représentant républicain Mike Rogers
Rashida Tlaib – Ilhan Omar – Adam Hamawi – Dariela Avila Chevalier – Aisha Wahab – Abrar Kawas – Nabila Syed – Keith Ellison, André Carson, Lateefah Simon, tous musulmans, ont été élus.
Une énorme claque.
Et l’affaire ne fait que commencer : parmi leurs revendications, on trouve le Medicare pour tous, la dissolution de l’ICE, l’arrêt de l’aide militaire à Israel, la remise des dettes, le logement pour tous. Trump s’était fait élire sur l’arrêt de l’envoi de troupes et de matériel militaire à l’étranger. Même ses propres électeurs ne lui ont pas pardonné sa trahison, comme ils ont été choqué par les violences de l’ICE et la déportation des immigrés. Trump avait juste oublié que tous les américains sont des migrants. Les attaques des trumpistes sur l’appartenance religieuse des candidats musulmans, si elles ont satisfait la frange extrême de la droite américaine, qui se réduit d’ailleurs comme peau de chagrin, ont profondément choqué l’Américain moyen très attaché aux valeurs démocratiques. De même que les dizaines d’enfants de Gaza assassinés dans le silence .
Aux États-Unis, l’islamophobie ne passe pas, et de plus en plus de juifs se placent aux côtés de leurs frères musulmans.
La France et ses ahuris
Hébétés, les Républicains accusent aujourd’hui Israël, Netanyahu, l’Aipac, de les avoir fait perdre. Les Américains reprochent à Donal Trump de les avoir entraîné dans cette galère.
En France, la droite est encore sous le choc. Les ahuris bafouillent. L’ineffable Caroline Fourest, qui avait prédit que la victoire de Mamdani allait donner un coup de fouet aux républicains (« Trump doit garder une bouteille de Champagne en réserve pour le jour des midterms »), fait enfin ce qu’elle aurait du faire depuis bien longtemps : elle se tait. Florence Bergeaud Blackler, cette grande spécialiste des Frères musulmans qui croit que « Koullou Tammam » signifie « Bon appétit », a bien tenté de caser son obsession lors de l’annonce de l’élection d’El Sayed, mais le résultat final l’a précipitamment renvoyé à ses chères études, qu’elle n’a d’ailleurs probablement jamais commencé.

Hasan lui non plus n’a pas manqué de brocarder la fachospère française, en arborant un magnifique maillot de l’équipe de France frappé du sigle LFI et marqué au nom de Mélenchon.
Mais le plus croustillant est finalement la déclaration de Abdul El-Sayed à propos de JD Vance, qui l’avait accusé d’être un « Frère musulman » un « djihadiste » désireux d’imposer la « charia » :
« JD, habibi, il y a une ironie délicieuse dans le fait que tu sois constitutionnellement obligé de me faire prêter serment en janvier. » Et à Trump, qui a plusieurs fois écorché son nom, il a sorti avec un grand sourire : « Donald, je sais que tu as du mal avec mon nom. Alors quand JD m’aura fait prêter serment en janvier, tu pourras juste m’appeler Sénateur. »
Jean-Michel Brun
Musulmans en France L'actualité des musulmanes et musulmans en France