OUZBÉKISTAN : FUTURE CAPITALE DU TOURISME RELIGIEUX

Tout le monde, ou à peu près, connait le nom de Samarcande, cette cité des mille et une nuits aux dômes de faïence turquoise et or. Moins nombreux sont ceux qui savent situer Samarcande en Ouzbekistan, ancienne capitale de la route de la soie, et qui fut l’un des berceaux de la pensée islamique, de son art, de sa science.

Depuis son indépendance, à la suite de l’effondrement de l’Union Soviétique, et après les années difficiles qui suivirent, l’Ouzbékistan retrouve sa splendeur d’antan. Boukhara, la ville natale de l’imam Boukhari, Khiva, la ville de l’inventeur des mathématiques Al Khwarizmi, Tachkent, la capitale, où s’élève le plus grand centre de culture islamique du monde, rivalisent désormais avec la sublime Samarcande.

L’Ouzbékistan est en train de se développer à une vitesse impressionnante, et notamment dans le domaine touristique. Les visiteurs venus d’Europe, de Turquie, du Golfe, et d’Asie se pressent aujourd’hui pour découvrir les splendeurs de ce pays aux multiples visages.

Comme on l’a dit, l’Ouzbékistan est l’un des berceaux de la civilisation musulmane, et il n’est pas étonnant que le tourisme religieux y progresse rapidement. Pour tout musulman épris de spiritualité et de culture, c’est une destination incontournable.

L’office du tourisme ouzbek et des agences spécialisées organisent des voyages-pèlerinages dans les lieux les plus sacrés d’Ouzbékistan, mettant en valeur les richesses spirituelles du pays.

Quelques repères…

L’islam est la religion majoritaire en Ouzbékistan, où elle représente 88 % de la population. Il s’est répandu dans le territoire de l’actuel Ouzbékistan au VIIIe siècle lorsque les arabes ont conquis l’Asie centrale, à l’époque du calife omeyyade Abd al-Malik. Au XVIe siècle, Tamerlan (Timour) construisit de nombreux édifices religieux, dont la mosquée Bibi-Khanum à Samarcande.

L’Ouzbékistan a vu naître deux des plus grands compilateurs de hadiths : l’imam Boukhari, né en 810 apr. J.-C. et Al-Tirmidhi, né en 824, ainsi que l’un des pionniers de la jurisprudence islamique : Abul Mansour al-Maturidi. C’est aussi l’Ouzbékistan qui abrita certains des plus grands scientifiques musulmans, comme Avicenne (Ibn Sina), Al-Khwarazmi  qui a inventé l’algèbre, le poète mathématicien Omar Khayyam, les astronomes Al Biruni, Ali Qushji et Oulough Bek.

Avec une population de plus de 30 millions d’habitants, l’Ouzbékistan, ex-république soviétique, est devenue indépendante en 1991. Sa superficie totale est de 425 400 km2, les plaines recouvrant les 4/5èmes du territoire. La température moyenne en hiver est de -6° Celsius et dépasse 32° l‘été. Quels sont donc les mieux à visiter en priorité en Ouzbékistan ?

Samarcande

Place Registan – Samarcande – Photo Jean-Michel Brun © 2021

Samarcande a été élue capitale mondiale du tourisme 2023. C’est l’une des villes-phare de l’islam. Chacun connaît aussi le fameux conte rapporté par Faridd eddine Attar « Ce soir à Samarcande ».

Nul ne peut oublier l’impression de grandeur ressentie lorsqu’on se trouve sur la place Registan, entourée des monumentales madrasah de Ulugh beg, Tilla-Kari et Sher-Dor. Le soir, les illuminations, souvent accompagnées de projections d’images géantes, donnent à l’endroit un aspect magique.

Le mausolée Gur-Emir, surmontée de son gigantesque dôme turquoise est visible à des centaines de mètres à la ronde. On dit de lui « Si le ciel venait à disparaître, le dôme de Gur-Emir pourrait prendre sa place ». Il abrite le tombeau de jade de Tamerlan.

On se rendra ensuite à la nécropole de Shakhi Zinda, dont les allées étroites sont bordés de 111 magnifiques mausolées décorés. L’un d’eux abrite la dernière demeure du Saint Kusam ibn Abbas, cousin du Prophète.

L’imam Boukhari, s’il est né à Boukhara, est enterré ici, à Samaracande. Son mausolée est l’un des lieux les plus visités de la ville.

A ne pas manquer évidemment le mausolée d’Abu Mansur Maturidi, le fondateur du « maturidisme », l’une des écoles de théologie (kalâm) majeure en islam. Elle est l’une des deux écoles théologiques généralement adoptée par les juristes hanafites (avec l’asharisme). Le maturidisme se base sur les principes de la pensée hanafite : l’appel à la raison et à l’argumentation logique. Al Mâturîdî soutient l’existence du libre arbitre partiel parmi les humains. Al Mâturîdî a rédigé sa doctrine dans son ouvrage Kitab al-Tawhid (le Livre de l’unicité d’Allah).

Ulugh Beg fut un prince, puis sultan, de la dynastie timouride, né le 22 mars 1394 à Sultaniya (Iran), et mort le 27 octobre 1449 (à 55 ans) à Samarcande. Astronome et mathématicien, il est principalement connu pour avoir créé et dirigé l’équipe des Tables sultaniennes, Il fait construire la madrasah qui se trouve au Ragistan, spécialisée dans les matières scientifiques, et l’observatoire, qui était pourvu d’instruments astronomiques sans équivalents jusque-là. Détruit après sa mort, il sera remis au jour en 1908. On y voit encore la partie souterraine d’un gigantesque sextant. Ulugh Beg a donné son nom à un cratère lunaire.

La mosquée Khazrat Khizr fut érigée au XIXe siècle à l’emplacement de la première mosquée de Samarcande. Avant même la période islamique, on venait ici pour saluer le vieux saint Khizr – protecteur des voyageurs, réalisateur des voeux des gens dignes, envoyeur de la récolte et de la fertilité. Si Khizr est honoré dans plusieurs branches du soufisme, il est dit qu’il est interdit de parler de lui. Il apparaît simplement lorsque on en a besoin.

Toute visite à Samarcande passe par la mosquée de Bibi Khanum, du nom d’une des femmes de Tamerlan. Elle fut achevée en 1404 après 5 ans de construction, et demanda 500 ouvriers, 200 architectes, maîtres-maçons et maîtres-artisans ainsi que quatre-vingt-quinze éléphants indiens pour venir à bout des travaux. Elle mesure 167 mètres de long pour 109 mètres de large. Sa façade intègre un « Iwan » monumental atteignant à lui seul une hauteur de 35 mètres de haut, entièrement orné de carreaux de céramique formant des motifs géométriques variés, ainsi que des versets coraniques.

Tombe du Prophète Daniel

Non loin de Samarcande se trouve le mausolée Khodja Doniyor où seraient enterrés les restes du prophète Daniel. On dit qu’ils auraient été amenés ici par les premiers chrétiens. D’autres affirment que ’autres que l’empereur Tamerlan rapporta une relique de Perse vers 1400. Sa taille rend ce tombeau si particulier : plus de 18 mètres de long. Selon une vieille légende, c’est parce que le corps de Saint Daniel continue de croître malgré sa mort. Une autre légende dit que ce serait pour rendre impossible la localisation exacte de ses restes. Il rappelle en tous cas la longueur du tombeau d’Ève, à Jeddah, aujourd’hui disparu. Les pèlerins peuvent boire l’eau d’une source locale considérée comme sacrée. La tombe de Saint Daniel est un des rares endroits où musulmans, chrétiens et juifs se retrouvent pour prier.

Egalement à proximité de Samarcande, se trouve la ville de Termez où est enterré l’imam al Tirmizi,(ou At-Tirmidhi), le principal compilateur de hadiths avec Boukhari. on connaît en particulier la compilation al-Jāmi (Jami` at-Tirmidhi), et al-Ilal, où il exposa, entre autres, la méthode qu’il avait adoptée dans la composition d’al-Jāmi. Il est également l’auteur d’al-Shamā’il al-Muhammadiyya traitant des qualités et des vertus du Prophète, et le Livre de l’Ascétisme (Kitāb al-Zuhd).

Boukhara

Photo Jean-Michel Brun © 2021

Boukhara est probablement la ville la plus fascinante d’Ouzbékistan. On couple toujours sa visite avec celle de Samarcande, avec laquelle elle partage nombre de personnalités de l’islam. Située sur la célèbre Route de la Soie, Boukhara est l’une des plus anciennes villes d’Asie Centrale. Fantasme de Marco Polo qui a toujours vanté cette ville sans même jamais y avoir mis les pieds, Boukhara est pour beaucoup une sainte, un pilier de la religion et la cité la plus secrète des caravaniers. Parfaitement préservée, Bhoukhara semble figée dans le temps.

C’est à Bukhara qu’est né l’imam Muhammad Al Boukhari, auteur de la compilation de hadiths « Sahih al Boukhari ». A visiter : son musée et sa Medersa. Son mausolée se trouve à Samarcande.

Poi-Kaylan – Photo Jean-Michel Brun © 2021

Le mausolée d’Ismail Samanai fondateur de la dynastie des Samanides est un exemple de l’architecture musulmane du 10ème siècle. Le minaret de Poi-Kaylan, avec plus de 46 mètres de haut, surplombe la cité et servait autrefois de tour de guet. Sur la grande place Reghistan se dresse la forteresse de l’Ark. Symbole de l’émirat de Boukhara, elle fut la demeure des seigneurs pendant plus d’un millénaire. L’Ark est surement le monument le plus ancien de la ville qui s’est d’ailleurs construite autour de l’édifice. Le monument abrite aujourd’hui un musée qui vous permettra d’en savoir davantage sur la citadelle.qui est aujourd’hui un lieu de rencontre et de convivialité. Au coeur de la ville, l’ensemble Liab i Khaouz est le lieu plus prisé des habitants de Boukhara qui aiment se retrouver autour du grand bassin de 45 m de long et 36 m de large pour une partie de dominos ou tout simplement profiter de l’ombre des arbres.

La Madrasa Nadir Divan Divanberg, situé à l’est de Liaby-Khaouz, se remarque par son incroyable entrée ornée de deux immenses simorgh (oiseaux fantastiques au plumage bleu et vert) aux couleurs flamboyantes, qui nous rappellent naturellement le poème mystique de Farid eddine Attar, « Mantiq at-taïr », « Le langage des oiseaux ».

On a réellement l’impression de se retrouver du temps de la route de la soie lorsqu’on pénètre dans les bazars de la ville, qui abritaient les marchands, et où se vendait ce fameux tissus de Boukhara dont les filatures sont encore en service.Il suffit de passer une porte pour dénicher des trésors, comme cette école de peinture miniature ou cette fabrique de poupées destinée au fameux théâtre de marionnettes de Boukhara.

Terre de soufisme par excellence, on y trouve le tombeau de Bakhaouddine Naqshbandi, fondateur de la tariqa Naqshbandiyya, l’un des quatre ordres soufis, très répandu en France. La tariqa Naqshbandiyya tire sa chaîne initiatique (silsila) la reliant au Prophète, de Abou Bakr As-Siddiq. Mohammad aurait dit au sujet d’Abu Bakr « Tout ce que Dieu a mis dans ma poitrine je l’ai mis dans le cœur d’Abou Bakr ». Tout près de Boukhara, à Gidjuvan, se trouve un autre haut lieu du soufisme : la tombe du théologien Abdalkhalik al Gijduvani,

Khiva

Les principaux monuments de Khiva se trouve dans la vieille ville, Itchan Kala, entourée de hauts remparts, et parfaitement restaurée. Mosquées, minarets et médersas dessinent le paysage de cet ancien carrefour sur la Route de la Soie. Véritable musée en plein air, la vieille ville d’Itchan Kala, qui s’étend sur 26 ha, a été enregistrée au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1990.

Une fois entré dans Itchan Kala, le premier monument qui s’impose est le Kalta Minor (minaret court), une tour circulaire tapissée de splendides faïences bleues. A proximité, la gigantesque médersa Amin Khan, fondée en 1851, a été reconvertie en un hôtel. Il faut monter sur la terrasse du palais de Kohna Ark pour profiter de vues imprenables sur Itchan Kala. On peut aussi pour cela grimper au sommet du minaret Islam Khodj, le plus haut édifice de la ville .

Une halte s’impose à la médersa Muhammad Rahimxon, juste en face du vieux palais. Passées les splendides portes couronnées, il faut rester un moment dans la grande cour et s’imprégner de l’ambiance paisible et feutrée des lieux.

Dans le centre du quartier se niche la mosquée Djoumaa, vers laquelle il est facile de s’orienter grâce à son son minaret de 50 m de hauteur. La « mosquée du vendredi » ne reçoit plus d’office, mais est à visiter pour sa forêt de piliers en bois sculpté. Une pure merveille.

Loin de s’être figée, la vie poursuit son cours à Itchan Kala. Environ 300 familles y résident, avec l’artisanat comme principale activité. Souvent, en pénétrant dans une maison, vous découvrirez en fait un petit mausolée gardé par un cheikh qui vous accueillera chaleureusement avant de vous réciter des versets du Coran.

Tachkent

Tachkent est la capitale de l’Ouzbékistan. Le lieu à ne pas manquer est le tout nouveau centre de civilisation islamique qui va ouvrir ses portes avant la fin de l’année. L’architecture intérieure a été pensée par le français Willemote. Il comporte une bibliothèque, des salles de conférence, de nombreux espaces d’exposition consacrés principalement aux grands savants musulmans comme Avicenne, Al Biruni, Al Khawrizmi, etc…La grande coupole abritera le célèbre « Coran d’Othman », actuellement visible dans une salle de l’ensemble architectural Hazrate Imam, qu’il faut également visiter. Le vendredi, la grande esplanade est occupée par les fidèles effectuant leur prière de Joumââ.

A 15 km de Tachkent, se trouve l’un des lieux les plus visités par les fidèles ouzbeks mais aussi par les musulmans du monde entier. Il s’agit du complexe de Zangiota, où est enterré le Cheikh Oy-Khodja Zangi-Ota, un grand soufi du 12ème siècle. Le bâtiment construit par Tamerlan a été agrandi au XIXe siècle par une mosquée et une madrasa.

Le tourisme français : un secteur d’avenir en Ouzbékistan

L’an dernier, l’Ouzbékistan a accueilli environ 13 000 visiteurs français. On est naturellement loin du fantastique potentiel touristique de ce pays. Les deux expositions qui se sont tenues cette année au Louvre et à l’Institut du Monde Arabe sur les richesses culturelles du pays, vont certainement inciter beaucoup de voyageurs français à prendre la route de l’Asie Centrale. Les vols vers Tachkent via Turkish Arlines sont nombreux et quotidiens, aussi bien depuis Paris que depuis Marseille. Les transports intérieurs, par avion, route ou par TGV pour relier Tachkent à Samarcande, sont également très efficaces. On trouve dans les différentes ville des hôtels de bon confort très abordables. Les formalités de visas sont aussi très simples. Aucune raison donc de se priver d’un voyage original, totalement dépaysant, dans une ambiance spirituelle et détendue. Les Ouzbeks sont d’ailleurs réputés pour leur tolérance et leur sens de l’hospitalité.

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