“Qui est celui qui crie dans la rue… ?” Poème de Ali A. Khalifa – Bahrain

Le cri - Edvard Munch - 1893

Ali Abdullah Khalifa est un poète bahreïnien, et un des poètes fondateurs de la poésie moderne dans les pays du Golfe. Son premier ouvrage a été publié en 1969 ainsi que dix recueils en arabe classique et dialectal. Ses poèmes ont été traduits en français, anglais, italien, portugais et perse. Des extraits de ses poèmes ont été sélectionnés dans le programme d’enseignement de la langue arabe des écoles du Golfe. Sa poésie a été élaborée à partir d’études et de recherches universitaires publiées dans de nombreux ouvrages. Il a composé un recueil comprenant ses célèbres poèmes qui ont été interprétés par les plus grands chanteurs.

Voici l’un de ses poèmes, écrit au moment où le monde se confine et craint pour sa vie.

“Qui est celui qui crie dans la rue… ?”

Qui est celui qui crie dans la rue
La voix endeuillée, l’esprit brisé
Qui est ce fou?!
La rue est vide… toutes portes closes
Lumière basse…
D’une lanterne poussive…
Dans la rue silence et inertie
Et les étoiles de la nuit sont suspendues, cristaux éteints

Celui-là pleure-t-il quelqu’un…?!
Parmi les cercueils alignés et les caisses??!
Aucun ne semble le concerner
Ils le concernent tous peut-être mais ce pauvre l’ignore
Et pourquoi crie-t-il dans la rue en pleurant, querellant
avec une lamentation irritée…??!  
Dit-il des mots déchirants… incompréhensibles…?!
Et il appelle… Il appelle celui qui n’entend pas!!
Et il crie, et va savoir, si cela est un cri…
Ou les plaintes des glas qui sonnent…
Est-ce le chant des minarets appelant dans le noir
ou le retour d’écho des pleurs d’un monde défait 
sanglotant près du mur…?!

Seigneur, qui est ce pauvre errant?!
Qui l’a jeté là seul sans aide dans la rue?!
Et pourquoi toutes les portes sont closes sur les gens
Pourquoi toutes les lumières sont basses
Nul n’apparaît… nul son..  nul bruissement?!
Pourquoi l’univers semble sinistre… confus… aliéné?!
O coeur malade, desespéré,
Est-ce ainsi que vont vraiment les choses ?!
Vraiment… vraiment tous les rouages de l’argent sont-ils défaits?!
Est-il vrai que l’agrégat des labos s’est avéré impuissant face au Tout Puissant?!
Est-ce vrai, est-ce vrai… ou cela n’est-il qu’un rêve terrifiant?
Toutes les sciences du monde seraient-elles stériles…
Est-il possible que le lien échappe de nos mains?
Pourquoi naviguer se fait rare et toutes les destinations s’éloignent…
Et se dressent entre le coeur et le coeur des terres et des cartes?!

Qui est-ce celui qui crie dans la rue?!
Est-ce un fou?! Où quelqu’un de perdu?!
Et toi,..
Et toi, dis-moi, tu entends…?
Pleures-tu quelqu’un en quarantaine ou en éloignement…?
Les larmes de tes yeux sont-ils sains pour couler?
Rentre donc chez toi…
Reste chez-toi… et masque-toi 
Le monde n’est plus le monde … Sois prudent
N’importe qui marche autour de toi
Prends garde à ce qui marche autour de toi
Fais attention… et garde la distance
La proximité de l’autre peut t’atteindre… Méfie-toi
Essaie de comprendre le sens de tout confetti
Autour de toi répandu
Déchiffre les codes d’une énigme… qui semble confuse
Ne crie pas comme un fou… Apprend…
Essaie mon coeur, … tu sauras peut-être
Et découvre le secret des secrets: la main de Dieu tout puissant.

Ali A. Khalifa
Bahreïn – Mai / 2020

Traduit par :  Saïd Djaafer

Lire le poème original en arabe

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