Cela a commencé en juin 2024 après la révélation des massacres commis par l’armée israélienne à Gaza où 30 000 enfants ont été tués sous le prétexte « d’éradiquer le Hamas ».
L’Institut d’Études Politiques de Strasbourg est lié depuis plusieurs années à l’université privée israélienne Reichman, située au nord de Tel-Aviv.
Or cet établissement entretient des relations étroites, financières et idéologiques, avec le gouvernement d’extrême droite de Benyamin Netanyahu dont il soutient officiellement la guerre menée à Gaza. Cette université, basée à Tel Aviv, entretient des liens financiers et idéologiques étroits avec l’armée israélienne. Elle organise notamment des cycles de conférences, animés par des personnalités militaires et politiques israéliennes, dans le but de relayer la propagande gouvernementale sur la légitimité du génocide de Gaza.
Un comité s’est formé au sein des étudiants et des enseignants de Sciences Po pour demander la rupture du contrat entre les deux universités. Malgré trois blocages et une année de lutte, le conseil d’administration de Sciences Po a décidé, en avril 2024, de renouveler le contrat avec Reichman, qui arrive à échéance en 2026 estimant, selon le directeur, Jean-Philippe Heurtin, que suspendre ce partenariat reviendrait à boycotter Israël dans son ensemble. Cette position a obtenu le soutien du ministre de l’Éducation nationale, Philippe Baptiste, qui a indiqué que le gouvernement saisirait « immédiatement le tribunal administratif » si le conseil d’administration devait annuler le partenariat « pour des raisons militantes ». En de novembre 2024, le président de l’université israélienne avait également fait pression sur l’institut strasbourgeois en établissant « un lien implicite entre l’antijudaïsme qui sévissait dans la région à l’époque médiévale (on avait accusé les juifs de propager la peste en 1348), la Shoah, et les appels au boycott des étudiants.
En juin 2024, des étudiants membres du conseil d’administration proposent au vote la suspension du partenariat avec l’université israélienne Reichman. La motion est adoptée. Mais cette décision soulève un tollé du côté de l’extreme-droite française, ainsi que des ministres de l’enseignement supérieur et celui des affaires étrangères qui exigent la convocation d’un conseil d’administration exceptionnel pour faire annuler ce vote. S’ensuivent de nouveaux blocages, systématiquement réprimés par l’envoi des forces de police.
Un accord est alors avec la direction pour élire un comité interne, constitué d’enseignants et d’étudiants, afin d’évaluer la dimension éthique de ce partenariat. Après plusieurs semaines de reflexion, le comité se prononcent à l’unanimité pour la suspension du partenariat. La direction promet de suivre les recommandations du comité, mais n’en tient finalement pas compte et décide de maintenir sa coopération avec Reichman.
Après de nouvelles manifestations et occupations, la direction de l’IEP décide enfin de ne pas renouveler le partenariat qui est arrivée à échéance en juin 2026.
« Cette victoire est celle des étudiants et étudiantes de Science Po mais pas seulement. Nous avons été largement soutenus par ceux d’Unistras, la fac dont nous dépendons, mais dont le campus est situé ailleurs. Beaucoup se sont rendus sur notre occupation, nous ont apporté un soutien logistique et un relai politique. Des associations locales, des syndicats étudiants, des élus même sont venus nous soutenir sur le blocage, nous protégeant par leur présence de certaines violences policières. » souligne l’un des leaders étudiants du mouvement de boycott. Mais, ajoute-t-il, « Le non-renouvellement n’est pas la fin du combat. Il reste des partenariats de recherche avec des universités israéliennes, et Sciences Po pourrait décider d’en créer de nouveaux. »
Le nouveau directeur de l’IEP, Emmanuel Droit a d’ailleurs qu’il était favorable à la reprise d’un partenariat avec Israël pour que les étudiants puissent « comprendre le monde, la complexité de cette région, de la société israélienne et de mieux saisir les enjeux sécuritaires propres à ce pays ».
Malgré tout, Sciences Po Strasbourg est la première institution universitaire strasbourgeoise à prendre ses distances avec Israël. Investigate Europe a révélé comment les services du gouvernement israélien ont mis en place une intensive campagne de lobbying et de pressions pour que les universités européennes conservent leurs liens avec les universités israéliennes malgré les crimes de guerre perpétrés à Gaza. C’est notamment le cas de la Sorbonne et de Sciences Po Paris, malgré des mobilisations étudiantes.
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