PARIS MET LE VOILE

Photo © Jean-Michel Brun

16 jours, 14 millions d’euros. Si l’art est par essence un acte gratuit, si la création n’a pas de prix, il semble qu’elle ait parfois un coût, et ce coût, à coup sûr, fait grincer des dents.

Bien sûr que les Parisiens ne paieront pas la folie, posthume, de Christo, puisque l’empaquetage de l’Arc de Triomphe est entièrement financé par sa fondation. Mais à l’heure où les services de voirie manquent de moyens pour ramasser les emballages jetés dans les rues, on peut regretter qu’autant d’argent soit investi dans celui de la place de l’Etoile.

14 millions d’euros, ces sont 14 millions de repas servis par les restos du cœur.

Si l’art n’a pas de prix, il a, ou devrait, avoir une valeur. Quelle valeur illustre donc cet envoilement ? Celui de l’éphémère, du consommable, du jetable. Notre civilisation est, non plus celle des œuvres pérennes, qui défient le temps, et qui sont offertes aux générations futures, mais celle qui fait disparaître aussitôt ce qu’elle a fait naître. Nous perdons la mémoire car nous n’avons plus rien pour la fixer. La dématérialisation, nouveau pilier de notre vie sociale, c’est le règne de l’intangible, de l’évanescent, de l’oubli, et finalement du néant.

Les déchets qui jonchent nos trottoirs sont les symboles de ce temps où les choses ont un coût, mais n’ont plus de prix, laissées à l’abandon aussitôt qu’elles ont servi. Ainsi va la pensée aussi. Sorte de fast-food intellectuel insipide manufacturé à la chaîne par des philosophes de série télévisées.

Comment s’étonner que notre jeunesse n’arrive plus à se construire, puisque les adultes sont incapables de leur transmettre les valeurs du travail, de l’effort, de la patience, du mérite. Si on leur apprend qu’il n’existe d’autre temps que le temps présent, et qu’il n’y a de futur que le néant, l’infiniment rien.

Ce discours n’est pas innocent. A quoi servent l’effort et la connaissance si tout est destiné à s’effacer un jour ? Le salut est dans la consommation effrenées, la gloutonnerie commerciale.

A nous, les adultes, de rendre à nos enfants les valeurs sans lesquelles il n’y a plus d’espoir. Rappelons-leur qu’il est un monde où la parole et l’écrit ont encore un sens. Un monde qui, par la préservation de ses traditions, conserve et transmet l’héritage du savoir de ceux qui nous ont précédés. Ce monde, c’est celui que nous, musulmans, essayons de maintenir en vie.

Accompagnons notre jeunesse sur le chemin de la connaissance, aidons-la, lumière sur lumière, “nour ala nour”, à faire briller la flamme divine qui est en eux. Si emballement de Christo peut nous encourager à cette réflexion, alors, finalement, elle aura démontré l’essence même de l’art : l’utilité de l’inutile.

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