OUTRANCES

Emmanuel Macron a invité mardi les électeurs à lui donner « une majorité solide » lors du second tour des élections législatives, le 19 juin, appelant à « un sursaut républicain » face au risque de « désordre ».

Le chef de l’Etat s’exprimait à l’aéroport d’Orly, près de Paris, avant son départ pour la Roumanie.

Une prise de parole solennelle ajoutée tardivement à son agenda alors que l’exécutif s’inquiète d’une possible majorité relative à l’Assemblée nationale dimanche à l’issue du second tour des élections législatives.

« La réforme oui, la chienlit non ! « 

Comme c’est souvent le cas lorsqu’une majorité politique se sent ébranlée, le bloc présidentiel brandit la menace du désordre et du chaos. Cette fois, c’est celle d’une chambre basse instable livrée aux troupes de la Nupes, alliance des gauches emmenée par Jean-Luc Mélenchon, qui n’a pas renoncé à imposer une cohabitation au chef de l’Etat, même si les projections en sièges des instituts de sondage semblent éloigner , pour le moment, cette perspective.

Affiche de mai 68

On ne peut évidemment s’empêcher de penser au « La réforme oui, la chienlit, non » proféré par le Général de Gaulle au lendemain de Mai 68, qui avait valu en réponse une pluie de tracts et d’affiches à l’effigie du chef de l’État titrée « La chienlit, c’est lui ! ».

Un slogan immédiatement repris et détourné par les militants de la Nupes.

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure a d’ailleurs emboîté le pas en dénonçant mercredi « l’outrance » d’Emmanuel Macron qui, en appelant au « sursaut républicain » pour le second tour des élections législatives, laisse entendre que « désormais on est macroniste ou on est antirépublicain ».

« Quelle outrance, quelle outrance! Désormais on est macroniste ou on est antirépublicain. A force de convoquer des arguments d’autorité de cette nature, il laisse penser que le pays serait désormais en proie à des antirépublicains partout », a scandé Olivier Faure sur France Inter. « C’est une folie et les mots perdent leur sens », a-t-il ajouté, : « la réalité c’est que évidemment nous sommes républicains et que le vote républicain c’est d’abord le vote tout court ».

Certes, Emmanuel Macron a dit mesurer les « doutes », « angoisses », « peurs », « inquiétudes », « difficultés » exprimées lors du premier tour des élections législatives, marqué par une abstention record de 52,49%. Il a estimé que « les mois à venir » seraient « difficiles », évoquant notamment la flambée du coût de la vie.« Je respecte chaque voix, chaque sensibilité », a-t-il affirmé avant de prendre son vol. Puis, il a de nouveau développé un argumentaire, déjà rôdé jadis par Nicolas Sarkozy – qui ne cache pas être le conseiller occulte du président élu : « face aux crises qui ne manqueront pas de survenir, rien ne serait pire que de nous perdre dans l’immobilisme, dans les blocages, dans les postures. » Il a dit redouter un « désordre » national.

Tout cela donne le sentiment que les partis voient les élections comme une sorte de concours, de compétition, où chacun essaie de l’emporter, parfois au prix de tacles qui, sur les stades vaudraient un carton rouge et une expulsion à leur auteur.

Mais les électeurs n’en ont cure, de qui va gagner, et surtout les jeunes, principaux abstentionnistes. Ils veulent simplement qu’on trouve une solution à leurs problèmes. A force d’entendre leurs aînés évoquer les « trente glorieuses », ils se demandent pourquoi, eux, n’ont eu droit qu’aux « trente piteuses ». Et on ne comprend pas que les candidats n’aient pas compris cela.

« Travailler plus, pour gagner plus »

« Il nous faut au contraire investir pour bâtir un avenir sans pétrole, sans gaz, sans charbon, donc sans carbone, pour faire de la France le pays des technologies de 2030, investir pour transformer nos services publics, notre école, notre santé, et tenir enfin la promesse républicaine de l’ascension sociale […] Nous avons pour cela besoin d’une majorité solide pour garantir notre indépendance. Cette indépendance, nous ne la ferons pas non par plus d’impôts, ni par plus de dettes ni par la décroissance ».

On se souvient du slogan de Nicolas Sarkozy. Le voici décliné dans le style Macron : « Nous le ferons par le travail, travailler tous, en atteignant le plein emploi qui est à portée de mains. Travailler mieux, en améliorant les rémunérations et les conditions de travail, travailler plus pour gagner par notre effort collectif en force économique ».

« Nous sommes à l’heure des choix et les grands choix ne se font jamais par l’abstention. J’en appelle donc à votre bon sens et au sursaut républicain. Ni abstention, ni confusion mais clarification », a exhorté Emmanuel Macron.« Dimanche, aucune voix ne doit manquer à la République. Dimanche, je compte sur vous pour doter notre pays d’une majorité solide afin d’affronter tous les défis de l’époque et de bâtir l’espoir », a-t-il conclu.

Comme le disait Gilbert Sigaux : « Des aurores boréales illumineront bientôt des lendemains qui chantent dans la perspective de futurs triomphants »…

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