LES NON-ALIGNÉS DEMANDENT À LA FRANCE DES EXCUSES POUR LES CRIMES COMMIS PENDANT LA COLONISATION

Ilham Aliyev, président de la République d’Azerbaïdjan, qui préside cette année le Mouvement des pays Non-Alignés, a déclaré à Bakou, en ouverture du sommet de Bakou : « Les territoires administrés par la France hors d’Europe sont les restes abominables de l’empire colonial français. Nous appelons la France à présenter des excuses et à reconnaître sa responsabilité pour son passé colonial, ses sanglants crimes coloniaux et actes de génocide contre les pays membres du MNA en Afrique, en Asie du Sud-Est et ailleurs ».

Un appel à la repentance et aux excuses que le Président Français a précisément réfuté lors de son récent voyage en Algérie. Interviewé par la la jurnaliste Anastasia Lavrina, de la chaîne azerbaÏdjanaise CBC, notre rédacteur en chef Jean-Michel Brun, réagit à ces propos.

Anastasia Lavrinova
Le président Macron a déclaré, lors de son voyage en Afrique que les relations entgre la France et l’Afrique avaient changé. Pensez-vous que cette déclaration sera considérée suffisante pour effacer les crimes commis pendant la colonisation ?

JMB
Ce n’est effectivement pas un hasard si la déclaration du président Aliyev intervient à un moment où le président français est en Afrique.

Depuis la décolonisation, la France, au lieu d’établir des relations équilibrées avec ses anciennes colonies, comme l’a fait par exemple l’Angleterre, a tenté de maintenir un système d’allégeance, afin de conserver son pouvoir absolu et exclusif sur ces régions. On a appelé cela la « Françafrique ».

Mais aujourd’hui les temps ont changé. Les pays africains se sont émancipés et cherchent de nouveaux partenaires. La France perd du terrain partout. C’est pourquoi Emmanuel Macron a entamé cette tournée en Afrique afin de renouer des relations qu’il veut plus saines avec l’Afrique, en déclarant notamment que « La Françafrique, c’est terminé ».

Mais la rhétorique présidentielle reste teintée de condescendance, et la France a du mal à se défaire de l’esprit « protecteur » qu’elle avait à l’égard de ses anciennes colonies.

Au Maghreb, l’Algérie, par exemple, a demandé à la France de reconnaître les exactions commises pendant la colonisation. Exactement comme vient de le faire le président Aliyev. Une commission a été créée en France à cet effet. Mais aujourd’hui, la politique française qui, à l’instar d’autre pays européens s’est « droitisée », est largement menée par des nostalgiques de l’Empire colonial français. Après avoir, en 2017, qualifié la colonisation française de « crime contre l’humanité », Emmanuel Macron, violemment pris à partie par l’extrême droite, a fait machine arrière et affirmé en 2022 qu’il n’y aurait « ni repentance, ni excuses ».

Depuis, les relations entre la France et les pays d’Afrique du Nord sont extrêmement tendues. Tout comme les relations entre le gouvernement et les 12 millions de musulmans français.

Anastasia Lavrinova
Précisément, quelle façon le passé colonial français affecte-il la position de la France dans le conflit du Caucase ? Pensez-vous que l’islamophobie est toujours présente en France, et est-ce que le soutien à l’Arménie est une forme de néo-colonialisme ?

JMB
Naturellement, si les Français ne sont pas eux-mêmes islamophobes, l’extrême-droite française, qui tient une place prépondérante dans le pays, l’est à l’évidence.
Pour elle, soutenir l’Arménie, c’est chercher à conserver une tête de pont « chrétienne » dans une région majoritairement musulmane, même si l’Azerbaïdjan est un en réalité un pays laïque. Nous avons ici effectivement affaire ici à une forme d’esprit néocolonialiste. L’Arménie est vue comme une sorte de tête de pont occidentale, familière, dans un terrain vu comme étranger et hostile. Absurde, mais bien réel.

Il faut ajouter que cette déclaration du président Aliyev est particulièrement habile dans le contexte du « réveil des nations ». Avec cette déclaration, l’Azerbaïdjan renforce sa position de leader des pays non alignés. En se positionnant comme le fer de lance de l’anticolonialisme, l’Azerbaïdjan devient un acteur incontournable du dialogue entre les nations. Un acteur majeur de ce nouveau monde qui se dessine à l’Est de l’Europe. Elle renvoie aussi les pays qui soutiennent ses adversaires dans le camp des pays impérialistes.

Aliyev dit en substance au vieux continent : « Le monde a changé, abandonnez vos vieilles habitudes, votre passé colonial. Regardez devant vous, ou vous resterez sur le quai à regarder passer les trains». A méditer…

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