« LE POINT » N’APPRÉCIE PAS QUE « MUSULMANS EN FRANCE » DÉNONCE L’ISLAMOPHOBIE À LA FRANÇAISE

Par Jean-Michel Brun

Musulmans en France et son rédacteur en chef ont eu, cette semaine, les honneurs du magazine Le Point, dont le fondateur, Claude Imbert, avouait en 2013 qu’il était  » un peu islamophobe ». Le magazine préféré de la fachosphère aisée consacre cette semaine un article à l’Azerbaïdjan, sous le titre : « Le dictateur qui veut déstabiliser la France ». Cet article, signé Guillaume Perrier, militant, notamment, de l’anti-turquisme, est aussi le prétexte pour fustiger ceux qui affirment que les musulmans sont une chance pour la France, et nient le fait que les pays à majorité musulmane sont un danger pour notre identité nationale.

L’arméniomania du magazine, dont la rédactrice en chef, Valérie Toranian est une militante de la cause arménienne, sert de prétexte à resservir les poncifs de la propagande arménienne, comme le conflit de civilisations – chrétienne contre musulmane – dont le conflit du Haut-Karabakh serait l’illustration, même si le pays visé, l’Azerbaïdjan est le pays le plus laïque et multi-ethnique de la région. 

L’islamophobie s’affiche comme véritable ligne éditoriale du magazine. Dans un ouvrage intitulé « Les éditocrates », Sébastien Fontanelle consacre un chapitre à Franz-Olivier Giesbert, éditorialiste et ancien directeur du journal – et époux de Valérie Toranian – où il l’accuse d’avoir contribué à normaliser l’islamophobie en présentant une image négative des musulmans, et en valorisant des figures connues pour leur discours de stigmatisation de l’islam comme Alain Finkielkraut ou Michel Houellebecq. Remarquons que les musulmans ne sont pas la seule cible xénophobe de Giesbert, qui a été condamné, en 2014 à 1 500 euros d’amende pour « diffamation publique envers un groupe de personnes à raison de leur origine ou nationalité chinoise ». Rappelons enfin que Valérie Toranian est l’ex femme du leader de la communauté arménienne française, Ara Toranian, qui fut, en 1983, le porte-parole de l’ASALA, l’organisation terroriste qui perpétra l’attentat meurtrier de l’aéroport d’Orly. Il s’est, depuis, acheté une bonne conduite en reniant ses erreurs de jeunesse et en devenant un grand ami d’Emmanuel Macron.

Parmi les autres manquements à la déontologie du Point, citons, entre autres, l’article de  2010, « Immigration Roms, allocations, mensonges… Ce qu’on n’ose pas dire », basé sur un faux témoignage, l’article du 30 juin 2014, affirmant à tort qu’ «un film porno a été tourné à la mairie d’Asnières », ou celui juin 2022, qui accusait à tort les députés de la France Insoumise Alexis Corbière et Raquel Garrido d’employer illégalement une femme de ménage algérienne à qui ils « imposeraient des cadences infernales ».  

Si Le Point s’en prend ainsi à l’Azerbaïdjan, ce n’est pas seulement par « arménophilie ». Ce pays a en effet créé, dans le cadre de la Conférence des pays non-alignés dont il assurait, jusqu’à cette année, la présidence, un format appelé « L’initiative de Bakou », qui soutient les peuples colonisés ou vivant sous un régime de « néo-colonisation », dans leur démarche d’émancipation. Comme on y retrouve, évidemment, la plupart des partis indépendantistes des territoires et départements français d’outre-mer, cela ne fait pas plaisir au gouvernement , ni aux souverainistes français. Le magazine évoque d’ailleurs, en s’en félicitant, l’expulsion de deux journalistes azerbaïdjanaises venues faire un reportage sur la visite de Sebastien Lecornu en Nouvelle Calédonie, en reprenant à son compte l’étonnant prétexte invoqué d’une prétendue « mission de destabilisation contre la France en Nouvelle Calédonie ». Leur tort : avoir cherché à couvrir une manifestation indépendantiste. Après, la France a beau jeu de critiquer les atteintes à la liberté de la presse en Iran ou ailleurs…

L’article reprend également mot pour mot l’accusation délirante de l’agence des services de renseignements français « Viginum » selon laquelle l’Azerbaïdjan aurait mis en place une « campagne de dénigrement des Jeux Olympiques à Paris ». Comme si l’organisation cahotique des jeux, reconnue par Anne Hidalgo et Gérald Darmanin eux-mêmes avait besoin de l’Azerbaïdjan pour être révélée ! 

« Le lien avec Bakou est souvent discret, parfois invisible. Le site Musulmans en France déroule la propagande azerbaïdjanaise tout en dénonçant une atmosphère « islamophobe » en France » écrit le journaliste du Point. Celui-ci va bientôt avoir de nouveau de quoi jouer les vierges effarouchées, car l’Azerbaïdjan organise, au mois de mars, une conférence sur l’islamophobie dans le monde, où la France tiendra, sans nul doute, une place de choix.

L’accusation de « dérouler la propagande azerbaïdjanaise » prêterait même à rire, car il semblerait, à la lecture de l’article, que celui-ci fait la part belle au discours du lobby arménien français : «Le fondateur de ces interfaces [ Musulmans en France et La Gazette du Caucase – elle aussi mise sur la sellette ], Jean-Michel Brun […] est de tous les événements organisés par le régime. En 2023, au Forum des medias à Choucha, il célèbre le nettoyage ethnique du Karabakh et présente son livre « Choucha, la perle du Caucase», insiste le journaliste du Point. Présenter la libération du Karabakh, occupée pendant 30 ans par les forces arméniennes, au mépris des injonctions du Conseil de sécurité de l’ONU, signées par La France, comme un « nettoyage ethnique » « est un peu fort de café, surtout lorsqu’on se souvient qu’en 1987, les 250 000 musulmans azéris qui habitaient depuis plusieurs générations en Arménie ont été expulsés manu militari, et qu’en 1991, les 750 000 habitants azerbaïdjanais du Haut Karabakh ont été jetés sur les routes de l’exode par l’armée d’Erevan. D’où la colère de l’ambassadrice d’Azerbaïdjan en France, Madame Leyla Abdullayeva.

Mais la rédaction du Point va encore avoir une bonne raison de s’étrangler puisque la ville de Choucha est en train d’être restaurée après la destruction massive de ses monuments et habitations et vient d’être déclarée cette année « capitale culturelle du monde islamique ».

Heureusement, les medias suprémacistes français seront toujours au poste pour vouer aux gémonies l’islam, les musulmans et les pays qui ne s’en servent pas comme boucs émissaires. Le Figaro prépare, sous la plume de l’ineffable Jean-Christophe Buisson, deux dossiers sur l’affreuse dictature islamique azerbaïdjanaise. On en rit ou on en pleure ?

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