LE KAZAKHSTAN : UNE SUCCESS STORY AU NORD DE L’ASIE CENTRALE

Par Karim IFRAK
Docteur de l’École Pratique des Hautes Études (E.P.H.E).
Karim IFRAK est islamologue et codicologue, spécialiste de géopolitique des mondes musulmans.
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Ancienne république soviétique, le Kazakhstan est un pays du nord de l’Asie centrale situé à la jonction de l’Europe et de l’Asie. Grand comme 5 fois la France, il partage ses frontières avec la Russie au nord, la Chine à l’est, l’Ouzbékistan, le Kirghizistan et le Turkménistan au sud. Bordé par la mer Caspienne à l’ouest (1.894 km de côtes) et la mer d’Aral au sud-ouest (1.070 km de côtes), cet immense territoire de 2.724.902 km2, longtemps traversé par les populations nomades, les Huns et les Mongols de Gengis Khan, possède un relief très varié entre steppes, vallées et monts.
9e pays le plus étendu au monde, le Kazakhstan compte plus de 19 millions d’habitants (2020), issus de 130 groupes ethniques : Kazakhs (63%) Russes (25%), Ouzbeks 3%, Ukrainiens 2%, Ouïgours 1.4%, Tatars 1.7%, Allemands 1.4%, mais également Kirghiz, Tadjiks, Mordves, Avars, Gagaouzes, etc.
Cet ensemble éclectique représente 45 confessions au nombre desquelles on compte l’islam, le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme, le zoroastrisme, en plus d’un certain nombre déclaré sans religion. Sa constitution, adoptée en 1993, désigne ce pays comme une république laïque fait qu’il n’a jamais connu ni trouble religieux ni poussée fondamentaliste.

Ouvert sur le monde depuis son indépendance en décembre 1991, le Kazakhstan est désormais membre des grandes instances internationales à l’instar de l’ONU et de l’OMC, ainsi que de plusieurs organisations régionales. Au nombre de celles-ci, on peut citer l’Organisation du traité de sécurité collective (1992), l’Organisation de coopération de Shanghai (2001) et l’Union économique eurasiatique (2010). Au cours de cette même année (2010), le Kazakhstan assura la présidence de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) ; la plus grande organisation de sécurité régionale, regroupant 56 pays d’Europe, d’Amérique du Nord et d’Asie.

UN ELDORADO À MI-CHEMIN ENTRE L’EUROPE ET L’ASIE  

Suite à son indépendance en décembre 1991, le Kazakhstan a connu une importante transformation sociale soutenue par une politique économique forte. À cet égard, ses performances de croissance entre l’an 2000 et 2014 ont été impressionnantes, atteignant près de 8 % par an en termes réels, c.-à-d. largement au-dessus des 4,15 % nécessaires pour rattraper les niveaux de revenu de l’OCDE d’ici 2050. À la faveur de ces grandes réalisations qui ont permis, notamment, la création de 2,5 millions d’emplois, la pauvreté a chuté de façon spectaculaire et le niveau de vie des Kazakhs s’est considérablement amélioré. Un rebondissement conséquent qui se manifeste dans les infrastructures, l’éducation et la culture, permettant ainsi, à ce jeune pays tout juste indépendant, d’arracher le titre de première république ex-soviétique à rembourser l’intégralité de sa dette extérieure, et ce largement bien avant la date buttoir imposée par le FMI. Galvanisé par de cette belle réussite, le Kazakhstan s’est alors naturellement lancé dans un programme de réformes ambitieux avec la perspective de devenir l’une des 30 premières économies mondiales d’ici 2050.

Possédant d’importante ressources naturelles, le Kazakhstan abrite dans son sous-sol la quasi-totalité du tableau de Mendeleïev. Une situation exceptionnelle qui lui permet d’exporter du fer, du chrome, du cuivre, de l’aluminium, du zinc, du plomb, du manganèse, du chrome, du nickel, du cobalt, de la bauxite, du potassium et bien d’autres richesses encore. Ses productions d´aluminium et de phosphate sont de rang mondial et son charbon est vendu à la Russie, l’Ukraine, la Chine, la Biélorussie, la Pologne et bien d’autres encore. Disposant de presque 17 % des réserves mondiales et fort de ses 14.000 tonnes/an, le Kazakhstan, qui fournit 20 % des centrales nucléaires françaises, est incontestablement le premier producteur mondial d’uranium du monde (33 %). Sur le plan énergétique, il occupe la 12e place mondiale par ses réserves pétrolières et la 22e par ses réserves gazières. Des ressources énergétiques importantes qui alimentent de nombreux pays à commencer par ses voisins l’Ouzbékistan et la Chine, mais également l’Allemagne (12 %), l’Espagne (6 %) et l’Italie (4%). Depuis 2017, les principaux importateurs (en volume) de pétrole kazakh sont désormais européens, la France en tête avec pas moins de 13 %.

Ambitionnant de valoriser son potentiel économique et sa position géographique, en s’affirmant, notamment, comme puissance eurasienne émergente, le Kazakhstan a réussi à faire de ses trois décennies d’indépendance, une période de progrès économique et de développement durable. Un effort de tous les instants qui a apporté ses fruits, vu qu’il lui a permis de s’élever au rang de première économie d’Asie centrale. Ainsi, outre la richesse des perspectives économiques du secteur de l’énergie, le pays est également le centre financier de la région et abrite la plus grosse banque d’Asie centrale ainsi que des acteurs majeurs du secteur financier. Autre performance non-négligeable, durant ces 30 dernières années, le Kazakhstan a pu attirer 370 milliards de dollars d’investissements étrangers. Ce montant permet à l’économie du Kazakhstan de rester l’une des plus dynamiques d’Asie centrale et de l’espace post-soviétique. Ainsi, avec un PIB dépassant 170 Md USD en 2020, le Kazakhstan concentre à lui seul près de 50 % du PIB de l’Asie centrale. Une santé financière qui ne cesse d’attirer de nombreux grands groupes internationaux. De grands groupes au nombre desquels on peut citer Bouygues, Total, Cogema, l’Oréal, Moulinex, Thomson, Lactalis, Alstom, ADP et la Société Générale. Une présence française qui demeure bien modeste au regard des investissements plus conséquents des USA, de l’Allemagne, de l’Italie ou de la Hollande.

Mieux encore, en seulement quelques années, le Kazakhstan est devenu l’un des plus importants producteurs de monnaie virtuelle de la planète. D’après un indicateur de l’université de Cambridge, ce jeune pays fournirait jusqu’à 18 % de la puissance de calcul mondiale utilisée pour miner des bitcoins, le plaçant à la deuxième place des plus gros producteurs de bitcoins au monde après les États-Unis. Une performance réalisée grâce à la surabondance de l’électricité, indispensable pour alimenter des supers ordinateurs réputés énergivores.  

UN PAYS OUVERT SUR LE DIALOGUE ET SUR LE MONDE  

Mosaïque ethnique et religieuse, le Kazakhstan, a naturellement cherché à faire de la coexistence pacifique du pays, un atout pour sa stabilité intérieure et un élément de sa diplomatie à l’international. Pour ce faire, il a aussitôt misé sur cette précieuse ressource afin de faire du dialogue l’un des piliers de sa politique de relations internationales et de son positionnement sur la scène mondiale. Dans cette perspective, et ce tous les trois ans, Nour-Soultan, la capitale du Kazakhstan se transforme en capitale mondiale du dialogue interculturel et interreligieux.
À la faveur d’un congrès international auquel participent des hauts représentants du christianisme, de l’islam, du judaïsme, du bouddhisme, de l’hindouisme, mais également du taoïsme, du shintoïsme, du zoroastrisme, l’occasion est donnée à des personnalités politiques de premier plan et à des représentants d’ONG internationales de se rencontrer et de dialoguer. Une contribution, totalement assumée depuis maintenant bientôt vingt ans, qui s’évertue à développer la concorde entre les peuples et les sociétés.  Ainsi, à la faveur de ces rencontres fondées sur les principes de liberté et de tolérance, Nour-Soultan poursuit, depuis 2003, inlassablement un projet qui se veut exclusivement humaniste : faire du Kazakhstan un laboratoire mondial du dialogue interculturel et interreligieux.

Au sein d’un pays situé à la jonction de l’Europe et de l’Asie et où plus de 45 confessions cohabitent, cette démarche se veut un élément de réponse fort nécessaire face aux chocs idéologiques que tentent de promouvoir certaines forces extrémistes expansionnistes.

Dans un monde sans cesse marqué inlassablement par les guerres et les conflits, toute initiative en faveur du dialogue et par conséquent de la paix, est plus que la bienvenue. Un contexte qui n’est pas étranger finalement à l’esprit de tolérance et de cohabitation qui règne au Kazakhstan, carrefour depuis toujours de cultures et de civilisations.

Raison pour laquelle, au moment où le monde veut se détourner du reste du monde, le Kazakhstan cherche, à l’inverse, à se tourner vers lui.    

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