“LA LAÏCITÉ POLITIQUE, UN ENNEMI MORTEL POUR LA RÉPUBLIQUE”

Nous sommes le 17 septembre 2020, dans les bureaux de l’Assemblée Nationale où se réunit une commission parlementaire destinée «mesurer et prévenir les effets de la crise du Covid-19 sur les enfants et la jeunesse». Parmi les personnes auditionnées, Maryam Pougetoux, vice-présidente du syndicat étudiant Unef. Comme les règlements de l’Assemblée Nationale le lui autorise sans ambiguïté, elle porte le hijab.

Anne-Christine Lang, députée La République en Marche (LREM), décide alors de quitter immédiatement la réunion, aussitôt imitée par les députés LR.
«Je ne peux accepter qu’au sein de l’Assemblée nationale, le cœur battant de la démocratie (…), nous acceptions qu’une personne se présente en hijab devant une commission d’enquête», déclare la députée, qui ajoutera sur les réseaux sociaux «En tant que députée et féministe, attachée aux valeurs républicaines, à la laïcité et aux droits des femmes, je ne peux accepter qu’une personne vienne participer à nos travaux à l’Assemblée nationale en hijab, qui reste pour moi une marque de soumission».
L’élue, ancienne porte-parole de Cedric Vilani, n’en est d’ailleurs pas à son coup d’essai, déjà, en mai 2018, elle avait qualifié la nomination de Maryam Poujetoux de « «dérive de l’Unef» , suivie en cela par Marlène Schiappa, alors secrétaire d’État à l’Égalité femmes hommes.

Quand la laïcité instrumentalise la laïcité pour justifier les discriminations

Ainsi, des élus de la République prennent le prétexte de ce magnifique principe de laïcité pour justifier un sordide, nauséabond, abject ostracisme (pour ne pas être plus concis).
Le hijab, une manifestation de prosélytisme ? un défi à la République ? Une marque de soumission ? Quelle blague ! Cette députée, féministe ? Curieux féminisme que celui qui voit les femmes comme d’éternelles mineures incapables d’être maîtresses de leur choix, forcément imposé par des hommes. Etrange féministe, pour laquelle Maryam Poujetoux n’est qu’une « personne », comme si sa liberté d’être comme elle est la disqualifiait de sa qualité de femme.

Madame la députée, cette jeune syndicalisme portait le hijab simplement parce qu’elle avait la naïveté de croire que les valeurs de la République étaient applicables à tous. Elle ignorait que les musulmans en étaient exclus. De même que les algériens colonisés furent exclus du bénéfice de la loi de 1905, malgré l’insistance de l’Emir Khaled Kader, voilà les musulmanes rejetées de l’espace de tolérance, de respect des autres et de leurs convictions qu’avait dessiné cette loi.

Celui qui oublie l’histoire prend le risque de la voir se répéter. Souvenons-nous de l’antisémitisme banalisé du début du 20ème siècle, et imaginons où l’islamophobie bon teint d’aujourd’hui pourrait nous entraîner. Celui qui sème la discrimination récolte le communautarisme.

Par ailleurs, les commissions de l’Assemblée Nationale (les images sont facilement accessibles) ont récemment reçu sans le moindre souci, un moine bouddhiste en tenue, un rabbin portant la kippa, un prêtre en costume ecclésiastique. La seule à faire polémique est la jeune fille et son foulard.

Réveillez-vous Monsieur Macron. Ne vous laissez pas entraîner par les apôtres de la haine. Renversez la table, laissez la place à un monde nouveau, riche de différences, où chacun a sa place, comme vous promîtes lors de votre élection. Rassemblez les Français au lieu de les diviser.

D’aucuns reprochent à certains d’instrumentaliser la religion à des fins politiques, mais que font-ils, sinon faire de même avec la laïcité.

Comme aurait pu le dire le Ministre de l’Intérieur, la « laïcité politique » est un ennemi mortel pour la République.

Abdeljallil Asmar

Voir aussi la réponse de Leïla Slimani à l’attitude des députés

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