RACISTES !

Cela commence à bien faire. Le racisme d’état, matérialisé par le relais, systématique et sans vergogne, par le gouvernement lui-même, de propos discriminatoires que l’on croyait enterrés depuis la fin des heures sombres de l’occupation, est en train de gangréner notre société. Il pollue le vivre-ensemble, et menace la paix sociale. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, nous voyons à nouveau surgir des ténèbres la bête dont on ne sait ni jusqu’où elle peut aller, ni comment l’arrêter.

Cette semaine, le Journal du Dimanche affichait un portrait au rictus satisfait du polémiste Eric Zemmour sous le titre « 2027 opposera la nouvelle France à la France éternelle ».
Et voilà, l’écho des discours vert-de gris sur la pureté de la race, la Nation sans tache, et le rejet des « sang-mêlés » revient à nos oreilles. Il faut tout de même reconnaître que le fait que cette allusion subliminale à l’aryanisme vienne d’Eric Zemmour, aurait de quoi faire sourire, si ce n’était pas si tragique. Mais après tout, Sophie Aram n’hésite pas, sur la radio du service public, à utiliser les 100 000 victimes civiles de Gaza pour nourrir ses sordides gaudrioles…

Cette outrance suprémaciste ne mériterait pas qu’on s’y attarde si les autorités françaises elles-même ne les reprenaient pas à leur compte.

Le 21 mai 2026, à la demande du ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, un arrêté préfectoral interdisait la Rencontre Annuelle des Musulmans de l’Ouest qui était prévue les 23 et 24 mai à Nantes, et devait réunir environ 2000 personnes, notamment sur le thème du « vivre ensemble ». et du dialogue inter-religieux.
Cette manifestation se tient pourtant depuis 15 ans sans qu’aucun incident n’ait été relevé. Cette rencontre annuelle, ainsi que le note un communiqué des organisateurs « constitue un temps d’échange, de réflexion et d’élévation intellectuelle et spirituelle à destination des fidèles et du grand public. Elle a toujours eu pour vocation de promouvoir le savoir, le dialogue, la cohésion sociale ainsi que les valeurs du vivre-ensemble à travers des conférences, interventions et rencontres animées par des personnalités reconnues pour leur engagement responsable et leur attachement aux valeurs républicaines. »

Pourtant, le tribunal administratif a confirmé la légalité de l’interdiction, contrairement à ce qui avait été décidé à propos de la Rencontre du Bourget au mois d’avril, prouvant ainsi que la justice nantaise n’épouse pas les mêmes valeurs déontologiques que la justice parisienne.

Mais que reproche-t-on à cet événement ?
Les autorités françaises avancent une justification qui confine au surréalisme. Elle avance une atteinte possible « aux valeurs de la République » et à la « dignité humaine ». Selon la déclaration de Laurent Nunez sur X, l’interdiction est motivée par «  la présence d’intervenants, en particulier de cadres dirigeants des Musulmans de France, susceptibles de tenir des propos constitutifs d’infractions pénales ou portant atteinte à la dignité humaine, aux principes et valeurs de la République », « ainsi qu’à la cohésion nationale».

On croit rêver. Netanyahu avait inventé le concept de guerre préventive pour justifier le massacre les populations de Gaza, la destruction du Liban, et les attaques contre l’Iran, la justice française invente le délit d’éventualité de propos. Dans Minority Report, le film de Spielberg sorti en 2002, l’État punissait «préventivement» les responsables de crimes avant qu’ils ne soient commis. En 2026, en France, on interdit un événement public sur la base de discours qui risqueraient d’être prononcés. Sommes-nous entrain de créer réellement l’un de ces mondes totalitaires imaginés par la science-fiction, comme Minority Report, Brazil ou 1984 ?

En tous cas, la premier ministre Sébastien Lecornu lui-même a cru utile de saluer sur X une décision de justice qui « marque une étape importante dans la lutte contre l’entrisme des Frères musulmans ». « Face à l’islamisme politique, la République doit être ferme, précise et juridiquement irréprochable ».

De qui se moque-t-on ?
Même le rapport sur le « frérisme », pourtant commandé par le gouvernement a mis à terre la thèse du spectre des « frères musulmans ». L’égérie de l’ « anti-islamisme », et principale conseillère du gouvernement sur ces questions, la « chercheuse » Florence Belgeaud-Blackler, a été prise en flagrant délit de mensonge, en prétendant être une experte du monde musulman, et avoir recueilli les confidences des principaux chefs de la Conférie, alors qu’elle ne parle pas un mot d’arabe.
Au cours des audiences concernant ce dossier, l’avocat de la préfecture a assimilé cette rencontre à un soutien à la cause Palestinienne. Ceci explique peut-être cela. Et il faudra bien qu’un jour, les membres de ce gouvernement soient poursuivis pour intelligence avec un pays étranger.
 Par ailleurs, il a également été évoqué l’hommage rendu lors de l’édition précédente à Hassan Hassan Iquioussen, expulsé de France en 2022. Or on se souvient qu’aucun propos anti-républicain n’avait pu être attribué à Hassan Iquioussen, qui est au contraire réputé pour ses exhortations à respecter la loi française et à s’éloigner des pratiques religieuses obscurantistes. En réalité, Gerald Darmanin, ancien ami de son père, avec lequel il avait eu un différend financier, en avait fait une affaire personnelle. C’était aussi un signal subliminal lancé à l’extrême droite, de la bonne volonté de la macronie à combattre les musulmans, quels qu’ils soient, fussent-ils des citoyens exemplaires.

Dans ces conditions, on comprend que des réactions, comme celles de la maire socialiste de la ville, Johanna Rolland, qui regrette que « cette interdiction prive des milliers de citoyennes et citoyens, de familles de confession musulmane d’un temps de rencontre et d’échanges, attendu de longue date » et rappelle le caractère rassembleur, au delà des convictions de chacun, ait eu si peu de portée, puisque la justification affichée par le ministre de l’intérieur n’est qu’en réalité qu’un prétexte grossier, dans tous les sens du terme, pour légitimer l’islamophobie d’État qu’il devient de plus en plus difficile de nier.

Cette sordide expression du racisme ordinaire est aussi la manifestation d’une surenchère que se livrent Laurent Nuñez et son prédécesseur Bruno Retailleau dans leur « croisade » contre les musulmans français.
Pour eux, la problématique est simple : soit les musulmans sont visibles et se montrent au grand jour, et ils sont accusés de « séparatisme », soit ils cherchent à s’intégrer au point de se faire invisibles, et ils pratiquent l’ « entrisme ». Et dans ce procès d’inquisition, qui n’est pas sans rappeler les anciennes ordalies, la question est de savoir lequel des deux apparaitra comme le plus radical. Avec ce nouvel acte de censure, c’est Nuñez qui semble prendre la tête. Il prévoit d’ailleurs de renforcer, par une nouvelle loi, la lutte contre le fantomatique « frérisme », jugeant, dans les colonnes du Monde, que « Le texte de Bruno Retailleau est une œuvre inachevée ». Le « frérisme » est dans doute plus crédible que le monstre du Loch Ness ou les loups-garous, même s’il relève à peu près de la même réalité.

Ce qui est particulièrement odieux, dans cette chasse aux sorcières décomplexée, c’est la sournoiserie de ces tartuffes de la politique qui ne manquent pas de rappeler, entre deux projets d’articles discriminatoires, que « l’islam est compatible avec la République », et que « les musulmans ont toute leur place en France. » Ouvrez vite la fenêtre, on a envie de vomir.

« Tant que les lapins n’auront pas d’historiens, l’histoire sera racontée par les chasseurs » avait lancé Howard Zinn. Alors, qu’attendent les musulmans de France pour enfin « l’ouvrir », se battre, ne rien laisser passer ? Les premiers pogroms ? Pierre Mendès-France disait : « Le racisme, ça ne se discute pas. Ça se combat ». On ne négocie pas avec le crime. C’est une véritable guerre contre l’intolérance, la discrimination, le ghettoïsation, la xénophobie, que doivent mener les musulmans français. Sinon, c’est le pire des dangers qui les guette : la banalisation du racisme et son institutionnalisation.

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