KANIZ WAJID KHAN, UNE GRANDE DAME DE L’ISLAM

La Begum Kaniz Wajid Khan (1920-2021) est décédée fin août au Pakistan. Les journaux du sous-continent indien et du Moyen-Orient lui ont rendu des hommages à la hauteur de l’importance des rôles qu’a eus cette musulmane moderne. Particulièrement connue pour ses actions sociale et éducative, elle s’était signalée dans le domaine de l’amélioration du statut de la femme dans des pays où des réformateurs musulmans, depuis Shah Waliullah Dehlevi jusqu’à Maulana Abou l Kalam Azad, en passant par Ahmed Khan et Muhammad Iqbal, avaient fourni aux mouvements feministes musulmans de solides arguments canoniques. Les musulmans de France étaient informés de ces précédents prestigieux grâce aux écrits ou aux conférences du regretté Muhammad Hamidullah (1908-2002). La nouvelle génération gagnerait à connaître la traduction dans la vie sociale, culturelle et, parfois, politique des idées du mouvement réformateur moderniste qui marquèrent l’éducation de cette grande Dame, dont le parcours symbolise l’acceptation de la modernité, dans le refus de la déculturation.
La traduction de l’hommage que lui a rendu un journal de Karachi donne une idée de sa riche “courbe de vie” aux lecteurs francophones.


Sadek Sellam

Historien franco-algérien, spécialiste de l’islam en France, auteur de plusieurs ouvrages :
La France et ses musulmans : un siècle de politique musulmane (1895-2005), L’Islam et les musulmans en France, éditions Tougui (1987), Parler des camps, Penser les génocides, Être musulman aujourd’hui.

KARACHI : La célèbre assistante sociale, pédagogue et haute fonctionnaire Begum Kaniz Wajid Khan est décédée samedi après une brève maladie. Elle avait 101 ans.

Née le 24 juin 1920, Kaniz Wajid Khan a rendu au Pakistan des services «variés et incessants». Elle a été administratrice du Fonds pour l’éducation des écoles Nasra. Elle fut Présidente de la fédération des femmes d’affaire et des femmes professionnelles, membre fondateur de l’APWA, association des femmes du Pakistan au Pakistan oriental, puis cofondatrice de SOS Village Karachi.

Elle a également occupé le poste de chef du service social du personnel au sein du gouvernement fédéral. En 1969, elle reçut La haute decoration Thamgha-i-Khidmat avant d’entrer au Parlement sous la présidence de Ziaul Haq.

En 1939, Kaniz a commencé sa carrière dans le service social en prenant la présidence du Comité central indien de la Croix-Rouge afin d’organiser les secours pour l’effort de guerre.

Après l’indépendance, la Begum Liaquat Ali Khan femme du président du Pakistan lui demande d’organiser la Garde Nationale des Femmes à Rajshahi, au Pakistan oriental.

En 1949, Kaniz fait partie des membres fondateurs de l’Apwa. Plus tard, en tant que secrétaire internationale de l’Apwa, elle crée la branche des Amis de l’Apwa, qui a permis à l’organisation d’obtenir une visibilité internationale et des fonds dont elle avait grand besoin.

En 1952, sous l’égide des Nations Unies (ONU), elle organise le premier projet de développement rural (PDR) à Malir, qui comprend des programmes socio-économiques tels que le jardinage, l’agriculture et l’artisanat pour les femmes, une méthodologie agricole améliorée pour les hommes, et des initiatives en matière de santé et d’éducation pour les enfants.

Grâce à son initiative pour la santé et l’éducation, le trachome, une maladie qui touchait 80 % des enfants, fut éradiqué.

En 1953, Kaniz collabore avec un autre programme des Nations unies pour former des assistants sociaux et mettre en place le premier projet communautaire urbain, un programme communautaire d’«auto-­assistance», à Lyari.

En six mois, 20 programmes de ce type ont été mis en place. À l’insu de Kaniz, ce programme servira de modèle aux programmes des Nations unies dans le monde entier. Des années plus tard, lors d’une visite de routine au Pakistan, un secrétaire général adjoint des Nations unies en informera Kaniz.

En 1956, Kaniz participe à un comité de coordination pour mettre en place le Conseil pour la Protection de l’Enfance dans tout le Pakistan (APCCW), et devient son premier secrétaire général. Pendant son mandat, l’APCCW créera des comités de protection de l’enfance et ouvrira le premier foyer pour bébés abandonnés.

En 1964, Kaniz rejoint le gouvernement en tant que responsable de la protection sociale. Pendant son mandat, elle met en place les structures suivantes pour les fonctionnaires fédéraux : les premiers magasins d’utilité publique, 20 centres communautaires, 16 centres de formation professionnelle et foyers industriels et trois centres de vacances pour les jeunes fonctionnaires du gouvernement.

En 1980, Mme Kaniz est nommée administratrice du Fonds pour l’Education des écoles Nasra, qu’elle développera pour en faire un vaste réseau de scolarisation à faible coût qui accueille aujourd’hui plus de 7 500 enfants.

En 1986, elle participe à la création du centre de ressources pour les enseignants et à la fondation SOS Enfants du Village de Karachi. Son travail dévoué et désintéressé aura été sans égal. On se souviendra toujours de sa compassion pour les pauvres et les défavorisés, ainsi que de sa nature angélique et généreuse.

Kaniz Wajid Khan était la jeune soeur du père de la grande romancière musulmane française Kenize Mourad, surtout connue pour son livre ” de la part de la princesse morte”(Laffont, 1987), traduit en plusieurs langues. C’est l’histoire, à peine romancée, de sa mère, petite fille du Sultan Mourad V.
Kenize Mourad a publié récemment “Au pays des Purs”, chez Fayard, une ode au Pakistan.

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