CAUCASE : LA RELIGION COMME VECTEUR DE DIALOGUE ET NON DE GUERRE ENTRE LES PEUPLES

Par Émile Mila

Les réseaux nationalistes de l’Arménie et de sa diaspora n’ont de cesse de marteler que leur pays est le berceau du christianisme en Orient.

Ils décrivent et (très probablement) perçoivent le conflit de l’Arménie contre l’Azerbaïdjan comme faisant partie d’un choc des civilisations entre Orient et Occident ou d’une guerre des religions entre Christianisme et Islam.

« La constitution de la Grande Arménie chrétienne apostolique »

Ces mêmes réseaux nationalistes arméniens considèrent que leur invasion des territoires azerbaïdjanais (incluant le Karabakh) à la chute de l’URSS, constitue un jalon nécessaire pour la fondation de la « Grande Arménie » chrétienne apostolique. Qu’importe que des massacres de villes entières azerbaïdjanaises coûte la vie à des dizaines de milliers de civils, hommes, femmes et enfants confondus, et au déplacement forcé de plus de 750 000 civils azerbaïdjanais ! Tant que le « Christianisme avance » qu’importe le prix pour « l’ennemi barbare musulman » et pour « nos martyrs chrétiens » !

Et quand l’Azerbaïdjan restaure sa souveraineté, à l’automne 2020, sur ses territoires occupés pendant trente ans par les colons arméniens fanatisés, ces mêmes réseaux présentent les Arméniens comme le « dernier peuple chrétien d’Orient », qui serait persécuté par l’envahisseur musulman. [1]

Deux photograhies du Père arménien, Hovhannès Hohannissyan au cours des deux guerres du Karabakh (1992 et 2020)

Or, il existe bien d’autres peuples chrétiens en Orient, mais ceux-là ne sont pas assez chrétiens pour ceux-ci ; ils ne sont tout simplement pas assez… Arméniens.

Et des politiciens occidentaux, soit par électoralisme, soit parce qu’ils sont en quête de financement et de soutien pour remporter ou préserver leurs sièges politiques, nourrissent cette rhétorique belliqueuse en présentant l’envahisseur arménien comme le martyr chrétien et la partie azerbaïdjanaise (étant la seule à respecter le droit international) comme le méchant envahisseur musulman. Ils vont pousser le mensonge encore plus loin en affirmant que l’Azerbaïdjan aurait été soutenu par des mercenaires « islamistes » venus de Syrie lors de la seconde guerre du Karabakh… Tant qu’il y aura des gens pour les avaler, on continuera de dispenser des couleuvres. [2]

Tweet de la sénatrice française Valérie Boyer utilisant gratuitement le terme de « génocide » – 6 janvier 2021

Heureusement que les Azerbaïdjanais n’entrent pas dans cette rhétorique

Côté azerbaïdjanais, le regard est diamétralement opposé. Non pas dans le sens d’une opposition entre deux religions comme le perçoivent ces réseaux arméniens, mais dans l’idée du respect du droit international et des droits et libertés de tous, sans discrimination religieuse, ethnique ou autre.

En décembre 2020, à la suite de la guerre de 44 jours au Karabakh, au cours de l’Audition [3] de Rahman Mustafayev, ambassadeur d’Azerbaïdjan en France par la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française sur la situation du Haut-Karabagh, la députée des Hauts-de-Seine, Frédérique Dumas faisait état de son inquiétude sur la déformation des faits concernant cette seconde guerre du Karabakh (27 septembre – 9 novembre 2020 inclus).

« Mais ce qui est inquiétant maintenant, c’est que le conflit se reporte sur un conflit dit culturaire. On souffle indirectement sur les braises d’une guerre qu’on voudrait maintenant de civilisation et qui se jouerait sur le territoire azerbaïdjanais, chrétiens contre musulmans », déclarait la députée française.

« Pourtant le Grand Rabbin d’Azerbaïdjan l’a rappelé : l’Azerbaïdjan est un pays riche de son melting pot, au croisement des cultures et des religions, une oasis de préservation culturelle dans une région du monde marquée par les divisions ethniques et les violences religieuses », soulignait encore Frédérique Dumas.

Et la députée de poursuivre : « C’est donc bien à ce modèle qu’il faut faire confiance et qu’il convient de défendre et non de combattre. Les preuves sont concrètes : l’église arménienne du centre-ville de Bakou est actuellement en restauration, et l’Azerbaïdjan, au travers de la Fondation Heydar Aliyev, participe à la restauration d’églises à l’étranger, notamment en France ».

Interrogé sur l’éventuelle véracité d’une « thèse du choc des civilisations » qui se traduirait dans la guerre entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, l’ambassadeur azerbaïdjanais, Rahman Mustafayev déclarait constater effectivement un « choc des civilisations ».

« Mais quelles civilisations ? Il faut le préciser », ajoutait Mustafayev. « Ce n’est pas islam contre chrétienté, ou l’inverse […]. Il y a un vrai choc entre la civilisation de la haine et du chauvinisme arménien d’un côté, et la civilisation de tolérance et de laïcité azerbaïdjanaise, de l’autre. Nous [l’Azerbaïdjan] sommes une république laïque depuis 1918, La première dans le monde musulman », expliquait Mustafayev avant de préciser que son pays avait reconnu le droit de vote des femmes en juillet 1919, soit une génération avant la France.

« Notre Constitution consacre à plusieurs reprises la sécularité de nos institutions. Les confessions et minorités ethniques sont égales en droit ». « Les musulmans chiites et sunnites, catholiques et orthodoxes, protestants, juifs des montagnes et ashkénazes vivent en paix et en harmonie. Ils célèbrent leurs fêtes ensemble. En fait, c’est grâce à cette unité, solidarité ethnique, que nous avons gagné la guerre », estimait l’ambassadeur azerbaïdjanais.

Cette sécularité de l’Azerbaïdjan est également soulignée par l’ambassadeur de France à Bakou, Zacharie Gross [4] présentant l’Azerbaïdjan comme « l’un des États les plus profondément laïcs du monde musulman ».

Bartholomée : apôtre martyr

Selon la tradition chrétienne, l’apôtre Barthélemy (Bartholomée, Bar Tolmay, Nathanaël étant d’autres noms employés pour l’évoquer) est né au premier siècle de notre ère en Galilée, au Proche orient (Israël, Palestine, ou Sud Liban d’aujourd’hui).

Il est à l’origine, avec Thomas et Jude Thaddée, de la prédication en Arménie. Barthélemy a la mission d’évangéliser une ville arménienne dont le nom n’est pas certain.

C’est dans cette même ville ou dans la capitale arménienne de l’époque Artaxata, qu’il aurait été décapité après y avoir été écorché vif et crucifié.

Selon l’hagiographie populaire, il aurait été martyrisé pour avoir converti Polymius (le nom peut varier), le roi d’Arménie, au christianisme. L’homme qui a décidé ce martyr n’est autre que le frère du roi arménien.

Enragé par la conversion du roi Polymius, le prince Astyages (le nom peut varier), qui craint également des répercussions sur les relations du royaume avec l’Empire romain, ordonne la torture puis l’exécution de Barthélémy.

Avec le temps…

Quelques siècles plus tard, l’Église apostolique arménienne honore Saint-Barthélemy et Saint Jude Thaddée comme ses saints patrons illuminateurs et s’honore du fait que les Arméniens eussent été le premier peuple à se convertir au Christianisme.

Nos amis arméniens, qui subissent aujourd’hui les tristes conséquences des décisions de leur dirigeants influencés par des réseaux nationalistes fascisants de leur diaspora, mais aussi de leur clergé, peuvent tirer la leçon de ces erreurs et construire un monde de demain, pacifique, respectueux et tolérant pour tous.

Nous espérons qu’un jour, cette même intolérance d’aujourd’hui démontrée par la destruction des lieux de cultes des musulmans et juifs des régions azerbaïdjanaises occupées par les colons arméniens pendant 30 ans, sera reconnue comme une faute grave de leur histoire ; et qu’ils commémoreront un jour, avec nous, les milliers de victimes azerbaïdjanaises des massacres perpétrés par les dirigeants et militaires de leur pays.

Nous pourrons également pleurer ensemble les victimes turques et arméniennes des massacres ayant été perpétrés au cours de la première guerre mondiale en Anatolie orientale.

Nous pourrons pleurer ensemble et puis, je l’espère, un jour, rire ensemble.

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Notes :

1. Deux photograhies du Père arménien, Hovhannès Hohannissyan au cours des deux guerres du Karabakh (1992 et 2020)
https://www.instagram.com/p/CH5QdrTDaap/

2. Tweet de la sénatrice française Valérie Boyer utilisant gratuitement le terme de « génocide » – 6 janvier 2021
https://twitter.com/valerieboyer13/status/1346749180769927169

3. « France : L’Assemblée nationale a voté une proposition mensongère sur l’Azerbaïdjan et la Turquie » – Agence Anadolu – 7 décembre 2012
https://www.aa.com.tr/fr/politique/france-lassemblée-nationale-a-voté-une-proposition-mensongère-sur-lazerbaïdjan-et-la-turquie/2068759

4. « Vœux 2022 de l’ambassadeur » – Ambassade de France en Azerbaïdjan
https://az.ambafrance.org/Voeux-2022-de-l-ambassadeur

5. Tweet de l’ambassadeur d’Azerbaïdjan en France, Rahman Mustafayev
https://twitter.com/rahman2609m/status/1478397560402452487

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