AZERBAÏDJAN : DOMMAGE COLLATÉRAL DE L’ISLAMOPHOBIE FRANÇAISE ?

Photo Maya Baghirova

Une vision monochrome du conflit

Depuis le début du conflit opposant la République d’Azerbaïdjan à la République d’Arménie à propos du statut du Haut-Karabakh, la presse française a, pratiquement dans son unanimité, fait un choix étonnant au regard de la déontologie journalistique : celui de prendre parti.  Une attitude qui s’écarte délibérément de celle de la presse internationale, laquelle a choisi, sur le même sujet, d’enquêter, comparer, analyser, afin de laisser au lecteur le choix de son opinion.

Cette position peut s’expliquer par la pression exercée par les organisations arméniennes, très bien organisées, qui ont été jusqu’à menacer physiquement la journaliste Liseron Boudoul pour avoir juste essayé de faire son métier.

La résolution du Sénat du 25 novembre 2020 « portant sur la nécessité de reconnaître la République du Haut-Karabakh », initiée par des sénateurs de droite, donne un autre éclairage à cette dérive médiatique.

Que dit cette résolution ? Globalement, que c’est la Turquie qui est derrière toute l’affaire, que l’Azerbaïdjan, présenté comme la marionnette d’Erdogan, est l’évident agresseur de populations arméniennes opprimées, et que le gouvernement français doit soutenir sans réserve les séparatistes arméniens. On peut être sidéré du côté simpliste d’une résolution émanant de parlementaires, mais aussi de la teinte raciste et islamophobe sous-jacente à ce texte.

Le 18 novembre, le Conseil de Paris votait un « vœu » en faveur de la reconnaissance de la République du Haut-Karabakh « J’écrirai au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, invitant la France à reconnaître la République d’Artsakh et mettre en place une coopération avec le Haut-Haut-Karabakh pour venir en aide à une région qui nous est chère […] où vivent les valeurs qui sont aussi celles de notre République » déclarait  la Maire de Paris, Anne Hidalgo. Etonnant quand on sait que l’Azerbaïdjan est une république laïque et multiculturelle, alors que l’Arménie est mono-ethnique et mono-religieuse. Oui mais, la première religion d’Azerbaïdjan est l’islam… ceci explique sans doute cela.

Une opinion française sous influence

Or, si on regarde juste la réalité des faits, la province du Haut-Karabakh n’a jamais cessé d’être reconnue par l’ONU comme faisant partie intégrante de l’Etat Azerbaïdjanais. Que penseraient les Français si un pays étranger appuyait l’indépendance de la Bretagne, de l’Alsace ou de la Corse ?

Cimetière de Fuzuli détruit par les arméniens
Cimetière de Fuzuli, saccagé par les troupes arméniennes. Photo Maya Baghirova

Par ailleurs, la résolution du Sénat passe complètement sous silence les exactions de l’armée arménienne à l’égard des populations azéries. En 1988, plus de 250 000 azéris d’Arménie ont été chassés de leur terre natale, faisant de ce pays une nation mono-ethnique.  Le 26 février 1992, 613 civils ont été tués et 1000 personnes grièvement blessés lors de ce qui fut appelé le génocide de Khojaly. Le 23 août 1993, la ville azerbaïdjanaise de Fuzuli a été occupée par les forces armées arméniennes qui ont détruit le cimetière datant du XIIe siècle, une mosquée et des constructions historiques. Une agression qui a fait plus de 1200 morts et 1550 blessés graves. Pendant le conflit d’octobre 2020, des villes azerbaïdjanaises, situées à plus de 100 km du théâtre des hostilités, ont été visées par l’armée d’Arménie, comme Mingachevir et Gandja, où 10 civils ont été tués et 34 autres blessés.

Enfin, 600 000 Azerbaïdjanais ont été chassés du Karabakh au début des années 1990, au cours d’un véritable nettoyage ethnique coordonné avec les expulsions de 1988.

Certes il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur tous les arméniens. Beaucoup ont eu une attitude digne. Des arméniens de Bakou ont notamment recueilli des familles azéries expulsées, d’autres ont échangé leur logement, comme en témoigne Zaur N. SadigBayli, né à Erevan, qui fut contraint de quitter son pays natal alors qu’il était âgé de 12 ans. Comme beaucoup d’azéris déracinés par la « purification » ethnique arménienne, il ne parlait alors, que l’arménien.

Face à cette vision monochrome du conflit, il  est bien difficile de ne pas faire de lien entre ce parti-pris et l’ambiance hostile aux musulmans qui traverse la France aujourd’hui, alimentée par des politiques en quête de voix de droite et de quelques personnalités opportunistes qui n’hésitent pas à reprendre sans vergogne les dérives racistes de responsables arméniens lorsqu’ils sont interviewés par une télévision d’Erevan : « Un prêtre m’a dit que l’islam n’était pas une civilisation, mais une barbarie. Nous ne sommes pas capables d’entendre ce discours-là en France, car c’est un discours qui suppose que l’on prenne de la hauteur […] La France ne vous a pas aidé alors qu’elle n’a pas compris que ce qui se passe en Arménie, c’est ce qui se passe déjà sur son territoire ». La nausée et la charité nous empêchent de nommer l’auteur de ce texte, qui a une étrange notion du sens du mot « philosophie ».

Laïcité contre monoethnicité

En réaction , les responsables des différentes confessions présentes en Azerbaïdjan ont rédigé, le 24 novembre,  le texte suivant :

« Nous, les leaders des confessions religieuses musulmane, orthodoxe, albanienne-oudie et juive, en exprimant les vœux et la volonté des religieux, nous adressons aux Chefs d’Etats et des Gouvernements des pays étrangers, aux dirigeants des Organisations Internationales, aux leaders religieux et à la communauté internationale.

Ces jours-ci, après 30 ans de lutte pour restaurer son intégrité territoriale, la re-ondulation du drapeau national tricolore de l’Azerbaïdjan sur les terres du Karabakh signifie la victoire de la justice historique et de la stabilité dans notre pays multinational et multiconfessionnel. L’Etat azerbaïdjanais et son président S.E. M.Ilham Aliyev en poursuivant une politique de paix, faisaient preuve pendant de nombreuses années de la cohérence pour le règlement pacifique du conflit arméno-azerbaïdjanais du Haut-Karabakh conformément au droit international, aux décisions et résolutions des organisations internationales. Les négociations politiques au fil de toutes ces années ont échoué et les résolutions de l’ONU exigeant le retrait inconditionnel des forces armées arméniennes du territoire azerbaïdjanais n’ont pas été mises en œuvre. Obligé de faire face aux nouvelles provocations militaires de l’Arménie, le peuple d’Azerbaïdjan s’est lancé dans la guerre patriotique en vue de restaurer son intégrité territoriale et ce combat s’est résulté par le triomphe du droit international et de la justice. Il convient de noter que des chrétiens et des juifs ont été à côté des musulmans devenus martyrs au nom de l’intégrité territoriale de notre pays

Eglise arménienne a Bakou et mosquée de Agdam (Haut-Karabagh)

Cependant, il faut que la communauté internationale sache que depuis de nombreuses années l’Arménie a mené non seulement une politique de nettoyage ethnique, de génocide et d’occupation contre l’Azerbaïdjan, mais aussi une politique d’agression contre le patrimoine culturel et spirituel de notre pays qui se distingue par sa diversité. La politique d’État mono-ethnique de l’Arménie n’a servi qu’à créer une trace arménienne dans les territoires occupés. L’Arménie qui a construit une société caractérisée par l’intolérance envers d’autres nations et religions, a tenté d’effacer le patrimoine religieux et culturel Alban, orthodoxe, musulman, présent historiquement dans les territoires occupés de l’Azerbaïdjan multiethnique et multireligieux. Ce pays a soit complètement détruits les exemples de notre patrimoine culturel et spirituel, soit les a appropriés, arménisés-grigorianisés tout en falsifiant leurs histoires et leurs origines.

Contrairement à l’Arménie, des milliers de citoyens d’origine arménienne vivent en paix en Azerbaïdjan, dans la capitale Bakou et dans diverses régions, l’église arménienne et sa bibliothèque au centre de Bakou ont été rénovées et sont protégées par l’État. Cependant, les mosquées, les temples et les cimetières, les monuments historiques, les musées, les bibliothèques ont été saccagés et pillés dans les territoires occupés de l’Azerbaïdjan, les temples chrétiens appartenant à l’Albanie du Caucase et les églises orthodoxes russes ont été grégorianisés. Les mosquées ont été transformées en stables et soumises à des insultes sans précédent telles que la garde à l’intérieure des mosquées d’animaux interdits dans l’Islam. Dans le territoire de Karabakh 63 mosquées sur 67 ont été détruites tandis que les 3 mosquées restantes gravement endommagées. L’Arménie a également complétement démoli les monuments historiques et religieux azerbaïdjanais qui se trouvaient sur son territoire – les mosquées “Shah Abbas”, “Sardar”, “Haji Novruz Ali” à Erevan et d’autres mosquées. Ce pays s’est approprié la Mosquée bleue en modifiant ses caractéristiques architecturales. En ne se contentant pas de la destruction des mosquées musulmanes, l’Arménie s’est appropriée et grégorianisé l’église orthodoxe Saint Jean Baptiste à Choucha, ainsi que des temples albaniens-oudis dans d’autres régions, ce pays a complètement détruit l’église orthodoxe de Khodjavand. En commettant de tels actes de vandalisme, le principal objectif de l’État agresseur rêvant de créer une “Grande Arménie, était de détruire à la fois notre passé historique et notre mémoire spirituelle dans les terres où nous vivions depuis des millénaires.

Le régime d’Arménie poursuivant pendant des années sa politique agressive, a totalement ignoré les normes du droit international et du droit international humanitaire, a commis les crimes environnementaux dans les terres occupées par les incendies, les bombes au phosphore, les substances toxiques et les mines. Aujourd’hui, les faits réels tels que la sauvagerie, le pillage des valeurs matérielles et morales, le vol des œuvres d’art, les incendies criminels de forêts et des établissements civils qu’ils commettent en quittant les territoires azerbaïdjanais sont communiqués au monde entier par les médias.

Les actes de l’Arménie visant à la destruction et à la falsification du patrimoine religieux et culturel du peuple d’Azerbaïdjan multiethnique et multiconfessionnel constituent la violation flagrante du droit international humanitaire, y compris des Conventions de Genève, ainsi que l’agression contre la culture et le patrimoine mondial en général.

Attaché aux traditions multiculturelles, le Gouvernement azerbaïdjanais accorde une priorité à la protection des valeurs culturelles et spirituelles et apporte une contribution inestimable à la restauration des monuments historiques, des mosquées et des églises non seulement à l’intérieure du pays, mais également dans diverses parties du monde, notamment au Vatican, en France, en Bulgarie et en Serbie. Reconnu comme l’un des centres du multiculturalisme dans le monde, l’Azerbaïdjan a accueilli un certain nombre d’événements internationaux prestigieux qui contribuent au dialogue entre les civilisations et les religions, y compris le deuxième Sommet de Bakou des dirigeants religieux mondiaux en novembre 2019. En octobre 2016, en visite à l’Azerbaïdjan, le Pape François a hautement apprécié la coopération et le dialogue entre les différentes cultures et confessions religieuses dans notre pays.

A l’heure actuelle l’Arménie mène une fausse propagande contre l’Azerbaïdjan sur des sujets religieux, en prétendant que c’est l’Azerbaïdjan qui détruit des monuments religieux et culturels sur des territoires libérés d’occupation, tout en essayant de rejeter sa propre provocation sur notre pays. Face à tant de faits réels, l’hypocrisie constante de l’Arménie agresseur, ses fausses nouvelles, ses fausses informations la présentant comme une victime provoquent la colère légitime des citoyens azerbaïdjanais, des représentants de toutes les confessions religieuses vivant dans un pays tolérant et multiculturel.

Dans ses appels et ses entretiens, le Président de l’Azerbaïdjan a déclaré à plusieurs reprises que comme dans d’autres parties de l’Azerbaïdjan, dans les territoires libérés, tous les monuments religieux et culturels, les lieux de culte seront restaurés, la foi de chacun sera respectée et la coexistence pacifique sera assurée. En tant que les leaders religieux des chrétiens orthodoxes, Catholiques, des juifs de montagne, des chrétiens albanien-oudies, des ashkénazis juifs européens et d’autres confessions religieuses vivant tout au long de l’histoire en prospérité et accomplissant nos rituels religieux librement en Azerbaïdjan, nous soutenons cette politique pacifique de l’Azerbaïdjan, et donnons notre bénédiction aux travaux d’aménagements remarquables dans le domaine de la restauration de notre histoire et culture.

Nous, les chefs de confessions religieuses de l’Azerbaïdjan, en nous adressant aux Chefs d’Etats et des Gouvernements des pays étrangers, aux dirigeants des Organisations Internationales, aux leaders religieux et à la communauté internationale, nous les appelons à soutenir le maintien de la paix, de la tranquillité et de la coexistence dans notre pays et notre région !

Cheikh-ul-Islam Allahchukur Pashazadé, Chef de la Direction des Musulmans du Caucase
Alexandre, Archevêque de Bakou et d’Azerbaïdjan
Milikh Yevdayev, Chef de la communauté juive des montagnes en Azerbaïdjan
Alexandre Sharovsky, Chef de la communauté juive européenne à Bakou
Schneor Segal, Grand rabbin des juifs ashkénazes azerbaïdjanais
Robert Mobili, Chef de la communauté Albanienne-oudie

Bakou, le 24 novembre 2020

Pourtant, la France fait partie du groupe de Minsk, chargée de l’arbitrage de la région, et devrait à ce titre observer une stricte neutralité et objectivité . Mais quoi ? les arméniens sont nombreux en France, et puis ils sont chrétiens. On ne va tout de même pas se brouiller avec des électeurs influents, alors que l’Azerbaïdjan c’est loin, et puis ils sont en majorité musulmans, et puis les turcs les soutiennent. Eux, on peut les détester sans risque. Comme les musulmans de France…

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