AZERBAÏDJAN-ARMÉNIE : UNE PAIX SE CONSTRUIT À DEUX

Tout le monde souhaite la paix… sauf ceux qui ont intérêt à prolonger les conflits, y compris ceux qui n’y prennent pas part directement, comme les puissances et les médias étrangers. L’ exemple du Karabakh est particulièrement éloquent.

La guerre de 2020 a permis à l’Azerbaïdjan de récupérer la quasi totalité de son territoire occupé pendant 30 ans par les forces arméniennes, hormis une petite enclave située dans la partie montagneuse de la province du Karabakh conservée par les séparatistes arméniens sous la protection de la Russie.

Depuis, un certain nombre de pays et de medias soutiennent la revendication des nationalistes arméniens quant à l’indépendance de cette petite région et son rattachement ultérieur à la république arménienne.

Quand les médias s’emmêlent…

Cette enclave, politiquement isolée du reste de l’Azerbaïdjan, s’est également isolée en refusant toute échange avec le reste de l’Azerbaïdjan, y compris dans le domaine commercial ou humanitaire. Les dirigeants nationalistes n’ont accepté que les marchandises venant de la république d’Arménie. Ces marchandises passaient par une route, connue sous le nom de « Couloir de Latchine », située en territoire azerbaïdjanais, qui relie l’enclave à l’Arménie.
Or cette route était régulièrement utilisée pour faite transiter des armes, des marchandises de contrebande, ou des ressources du sous-sol de Karabakh, qui appartient légalement, ainsi que l’a confirmé plusieurs fois le conseil de sécurité de l’ONU, à l’Azerbaïdjan.
Les autorités azerbaïdjanaises ont donc mis en place un contrôle douanier sur cette route à la frontière entre les deux pays, ne laissant passer que les marchandises légales et les convois humanitaires.

Aussitôt, les medias arméniens ont transformé ce contrôle, légitime en regard de la souveraineté de l’Azerbaïdjan, en tentative d’asphyxier, et pire, d’affamer les habitants de l’enclave arménienne, jusqu’à, poussant la logique à son extrême, parler de « génocide ». Et pour rendre l’idée plus impressionnante, ils évoquent la présence de 120 000 personnes en danger, alors que ce chiffre correspond au nombre d’Arméniens présents dans la Karabakh pendant l’occupation, la plupart d’entre eux ayant fui en Arménie à l’issue de la guerre de 44 jours. Les autorités russes, qui soutiennent pourtant l’Arménie, font état d’une population actuelle de 25 à 30 000 personnes.

Cette rhétorique a été immédiatement relayée par un certain nombre de medias occidentaux, et reprise à leur compte par des politiciens engagés auprès de l’Arménie, souvent pour des raisons de pure politique intérieure, la diaspora arménienne étant très puissante, en France notamment, et engagés dans la soi-disant défense des « Chrétiens d’orient », oubliant de mentionner que ceux-ci sont très loin d’être assimilables aux seuls Arméniens, lesquels se sont régulièrement violemment confrontés aux autres églises chrétiennes de la région.

Contrôle ou blocage ?

Or, lorsqu’on connaît la topographie de la région, il apparaît qu’il serait beaucoup plus simple et naturel, pour les Arméniens de l’enclave, de s’approvisionner auprès des autres villes du Karabakh. Il existe des routes reliant Khankendi (Stepanakertt pour les Arméniens) au reste de l’Azerbaidjan, notamment la route passant par la fameuse ville d’Aghdam qui avait été complètement détruite durant l’occupation.

Interrogé par le magazine Politico, le conseiller aux affaires étrangères du président de l’Azerbaïdjan, Hikmet Hajiyev confirme d’ailleurs cette proposition :« Le gouvernement azerbaïdjanais a proposé à plusieurs reprises de fournir aux Arméniens du Karabakh de la nourriture, des médicaments et bien plus encore via des routes offrant un passage plus proche et plus rapide que Latchine. Les routes terrestres proposées par l’Azerbaïdjan sont reconnues comme viables et utilisables par l’Union européenne, les États-Unis et le Comité international de la Croix-Rouge, et cette semaine encore, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a appelé à « l’ouverture immédiate et simultanée des deux couloirs ».
« Mais ce qui a été rapporté dans les médias internationaux est différent » ajoute-t-il, « L’idée selon laquelle seule l’Arménie devrait approvisionner les Arméniens de souche vivant dans le pays voisin de l’Azerbaïdjan par une seule route monoethnique serait en quelque sorte acceptable pour la communauté internationale et les médias. »

De fait, ce sont les nationalistes arméniens placés à la tête de cette petite communauté du Karabakh qui ont refusé cette proposition, comme toute proposition d’aide venant de l’Azerbaïdjan, prétextant que ce serait la porte ouverte à un processus de réintégration de l’enclave au sein de la république d’Azerbaïdjan, ce dont, évidemment, les nationalistes arméniens ne veulent pas.
En réalité, les contrôles au check-point rendent impossible le transit de marchandises illégales, ce qui n’est pas non plus du goût des séparatistes. La route d’Aghdam a été ainsi bloquée, nous avons pu le constater sur place, par les dirigeants de l’enclave du Karabakh. Ceux-ci ont notamment refusé l’entrée à Khankendi de 40 tonnes de farine et de produits à base de farine fournis par le Croissant-Rouge d’Azerbaïdjan pour répondre aux besoins des Arméniens, lesquels sont restés ainsi restées bloquées depuis le 29 août.

Pourtant, l’ouverture des voies de communication proposée par l’Azerbaïdjan ne serait que bénéfique pour les habitants de l’enclave. Mais le nationalisme exacerbé des dirigeants de l’enclave empêche toute possibilité de trouver une solution au problème. Hikmet Hajiyev souligne que « Même si le commerce avec l’Azerbaïdjan voisin pourrait améliorer le sort du peuple arménien, cela priverait ces dirigeants de leur raison d’être. Et dans leur lutte pour maintenir leur influence, ces hommes politiques ont exigé que les routes qu’offre l’Azerbaïdjan comme voies d’approvisionnement soient scellées et bloquées.La douleur que ces nationalistes monoethniques ont créée pour leur propre pays et la région dans son ensemble est difficile à comprendre pour les Occidentaux – qui ont passé la dernière génération à vivre dans une paix relative. »

Pourtant, aussi bien dans l’enclave de Khankendi qu’en Arménie, des voix s’élèvent pour que soit mis fin à cette situation dont, une fois de plus, les principales victimes sont les habitants du Haut-Karabakh. Le premier ministre arménien Nikol Pachinyan a lui-même reconnu l’entière souveraineté de l’Azerbaïdjan sur ce territoire.

Les dirigeants de l’enclave ne sont d’ailleurs pas venue d’Arménie, mais sont issus de la communauté arménienne du Liban, formés à l’esprit et aux techniques de la guerilla à l’occasion de leur participation aux mouvement palestiniens pendant la guerre civile du Liban.

Comme le souligne encore le conseiller du Président Aliyev, « Même si le commerce avec l’Azerbaïdjan voisin pourrait améliorer le sort des Arméniens, cela priverait leurs dirigeants de leur raison d’être. »

Quand la raison l’emporte

Heureusement, à côté de l’agitation médiatique, nécessaire à l’alimentation de la guerre de l’information que se livrent les parties, il existe une « realpolitik », qui permet de faire avancer les choses.

Dès le 1er mars 2023, des responsables azerbaïdjanais ont rencontré des représentants des Arméniens résidant dans la région du Karabakh afin d’entamer des discussions sur leur réintégration dans la société azerbaïdjanaise. Fin mars, les autorités azerbaïdjanaises ont invité les représentants des Arméniens du Karabakh à se rendre à Bakou pour une deuxième réunion. Naturellement, un groupe de séparatistes de la région du Karabakh et certains groupes politiques arméniens ont cherché à perturber le processus. Ils ont plaidé en faveur d’un « statut » pour les résidents arméniens de la région et réclamé, une fois de plus, l’« indépendance » de l’enclave arménienne du Karabakh.

Mais les pressions des diplomates internationaux, et surtout de la Russie, ont finalement contraint les séparatistes arméniens à accepter l’ouverture de la route Khankendi-Aghdam.
Le 12 septembre 2023, cette ouverture a permis l’acheminement des produits alimentaires et non alimentaires expédiés par la Société russe de la Croix-Rouge. Bloqué pendant deux jours dans le district de Barda, en Azerbaïdjan, par les responsables séparatistes, le convoi est finalement parti d’Aghdam pour rejoindre l’enclave de Khankendi en vertu d’un mémorandum de coopération signé par la Société russe de la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge d’Azerbaïdjan. La cargaison se compose de 1 000 colis alimentaires, 270 colis de literie, 200 colis d’hygiène et 192 colis pour enfants.

Cette première livraison est le prélude à des échanges via les deux routes.« Comme l’Azerbaïdjan l’a indiqué lors de contacts de haut niveau avec les États-Unis et d’autres partenaires, nous avons convenu de l’utilisation simultanée des deux routes Aghdam­-Khankendi et Latchine, par l’intermédiaire du CICR. […] Parallèlement à l’utilisation de la route Aghdam-Khankendi, l’Azerbaïdjan est prêt à assurer les conditions nécessaires au transport de marchandises via le CICR, en respectant les procédures douanières et frontalières au point de contrôle frontalier de Latchine. » souligne un communiqué de l’ambassade d’Azerbaïdjan à Paris daté du 14 septembre 2023.
Reste à convaincre les responsable de l’enclave de Khankendi d’accepter la proposition.

Quel avenir pour le Karabakh ?

Au fond, mis à part les nationalistes arméniens qui ont pris la tête du mouvement séparatiste, tout le monde est à peu près d’accord, en Arménie, suite aux déclarations de Nikol Pachinyan, et dans la communauté internationale, qui vient de rappeler l’appartenance de l’intégralité du Karabakh à la république azerbaïdjanaise, sur le fait qu’il n’y aura pas d’autre issue que la réintégration des Arméniens du Karabakh à la nation azerbaïdjanaise.

Ainsi que le souligne Hikmet Hajiyev, « légalement et moralement, les citoyens qui vivent dans ce qui reste de cette zone grise sont des citoyens azerbaïdjanais – même l’actuel Premier ministre arménien reconnaît publiquement que le Karabakh est le territoire souverain de l’Azerbaïdjan. Et cela signifie également que l’Azerbaïdjan a un devoir de diligence envers ceux qui y vivent, quelle que soit leur appartenance ethnique et – peut-être encore plus compte tenu de l’histoire récente – en raison de leur appartenance ethnique. »

Les partisans du séparatisme affirment au contraire que la cohabitation des deux peuples est impossible. Or, rappelle Hikmet Hajiyev, « Notre passé et notre présent nous enseignent que ce n’est tout simplement pas vrai. Avant la guerre des années 1990, les Azerbaïdjanais et les Arméniens de souche vivaient ensemble, côte à côte, en paix au Karabakh. Aujourd’hui, une communauté juive forte de 30 000 personnes vit en Azerbaïdjan. Une communauté chrétienne évangélique se développe. Les Géorgiens, les Russes et les Ukrainiens constituent aujourd’hui le pays multiethnique et multireligieux. Cela pourrait et devrait s’appliquer également aux Arméniens du Karabakh. »

« Dans mon propre bureau », ajoute le conseiller de Ilham Aliyev, « il y a des Azerbaïdjanais nés et élevés en Arménie ; ils ont été contraints de fuir lorsque la guerre a éclaté il y a 30 ans. Et chacun d’entre nous connaît quelqu’un – un frère, une sœur, un cousin, un ami, un collègue – qui a été chassé du Karabakh pendant la guerre et contraint de vivre en tant que réfugié. Toutes ces vies ruinées, toutes ces souffrances, tout cela pour créer l’Arménie monoethnique d’aujourd’hui et pour soutenir une zone grise monoethnique au Karabakh.Mais il n’est pas nécessaire que cela continue ainsi. »

Reste à la raison de l’emporter sur les ambitions. Il faut y croire

Jean-Michel Brun

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