ARMÉNIE : UNE GUERRE « TRÈS PROBABLE » SELON LE PREMIER MINISTRE ARMÉNIEN

Une nouvelle guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie serait-elle possible à propos du statut de l’enclave, du Nagorny-Karabakh ? C’est en tous cas ce que vient de déclarer le premier ministre arménien, Nikol Pachinyan, ce 21 juillet.

Ce n’est pas la première fois que Pachinyan fait ce genre de déclaration, poussé par son extrême droite qui n’accepte toujours pas la défaite de la seconde guerre du Karabakh et voudrait de nouveau en découdre. Dans son discours, le premier ministre arménien n’y va pas de main morte : le poste de contrôle placé sur la route de Latchin est le début d’un « génocide » : « Il ne s’agit pas d’un génocide en préparation, mais d’un génocide qui est en cours », a affirmé M. Pachinian, accusant l’armée azerbaïdjanaise d’avoir créé un « ghetto » au Nagorny-Karabakh.

Alors que certains medias relaient des déclarations d’habitants font état de témoignages d’habitants de l’enclave décrivant des pénuries de nourriture, d’électricité et de soins, ils convient de remettre les choses en perspective.

D’une part, les postes de contrôles placés par l’Azerbaïdjan sur la route de Latchine, seul corridor reliant l’enclave arménienne à l’Arménie, sont justifiés par Bakou par le fait que ce couloir, uniquement destiné au passage de véhicules humanitaires, était utilisé par les Arméniens pour faire passer des armes dans l’enclave et faire sortir illégalement de la région des ressources, comme l’or, et des marchandises de contrebande. On rappelle que, quelles que soient les négociations ayant trait à cette région, le Karabakh et ses ressources appartiennent, au regard des décisions de l’ONU, de plein droit à l ‘Azerbaïdjan. Les reportages effectués sur la route de Latchin montrent que les convois humanitaires y circulent librement, après une courte interruption dûe à la découverte de marchandises de contrebande dans les camions de la Croix Rouge arménienne, ce que celle-ci a dans un premier temps réfuté avant de le reconnaître en se défaussant sur les chauffeurs «nous regrettons que quatre chauffeurs qui avaient été mandatés aient tenté à notre insu de transporter des marchandises commerciales dans leurs propres véhicules, qui arboraient temporairement l’emblème du CICR. Ces personnes n’étaient pas membres du personnel du CICR et leurs contrats de service ont été immédiatement résiliés », a indiqué l’organisation. D’autre part, les témoignages produits par les medias français sont à prendre avec prudence. Si les responsables de la république autoproclamée du Karabakh parlent d’une populations arménienne de 120 000 personnes, les statistiques russes l’évalue à moins de 40 000 habitants. Le chiffre de 120 000 étant celui d’avant la guerre de 44 jours qui a provoqué l’exode de la majeure partie des habitants de Khankendi (Stepanakert pour les Arméniens). Certains opposants arméniens au régime de l’enclave affirment que celui-ci organise la pénurie pour pousser les habitants à la guerre.

Ce qui n’empêche pas M. Pachinyan d’accuser Bakou de mener une « politique de nettoyage ethnique », ce qui est assez paradoxal quand on sait que les 350 000 arméniens d’origine azéris ont été chassés de la région d’Erevan en 1987, et que l’Azerbaïdjan a toujours proposé aux habitants de la région de devenir des citoyens azerbaïdjanais, comme les autres Arméniens vivant dans le reste du pays. Les récentes tentatives de négociation avec l’Arménie ont échoué, et si Nikola Pachinyan a officiellement reconnu que l’ensemble du Karabakh appartenait à l’Azerbaïdjan, cette déclaration n’a été qu’orale et ne s’est pas concrétisée par une signature sur le papier.

Quant à la perspective d’une guerre, Ilham Alyiev a prévenu : « Nous souhaitons parvenir à un accord de paix avec l’Arménie, mais si elle le refuse comme elle l’a toujours fait, et si elle souhaite une confrontation militaire, alors elle doit savoir que nous sommes encore plus forts militairement qu’il y a deux ans ». Les relations étroites entre l’Azerbaïdjan avec la Turquie et Israël risquent en effet de peser lourd face au soutien tiède de la Russie, qui a d’autres chats à fouetter, et de l’Iran qui n’a aucun intérêt à provoquer un conflit ouvert avec l’Azerbaïdjan. Rappelons que 25 millions d’azéris vivent en Iran, soit plus qu’en Azerbaïdjan lui-même.

Jean-Michel Brun

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