LE NOUVEAU MINISTRE DE L’ÉDUCATION MOBILISE LA FRANCE RACISTE

« Antiflics », « islamogauchiste », « communautariste noir »… Les attaques de l’extrême droite contre Pap Ndiaye, se déchaînent sur fond de racisme et de « suprémacisme ».

Moins d’une semaine après sa nomination au ministère de l’éducation, l’historien Pap Ndiaye, grand spécialiste français de la condition noire, ancien directeur du Musée de l’histoire de l’immigration, est la cible d’attaques virulentes de l’extrême droite.

Cette nomination est pour nombre d’observateurs un pare-feu aux critiques d’une gauche montante contre la politique de Jean-Michel Blanquer, qui voyait l’Université aux mains de l’« islamo-gauchisme ». Elle n’est pas sans rappeler la nomination aux Affaires Étrangères de la diplomate Catherine Colonna au moment où le corps diplomatique français se met en grève pour protester contre une réforme visant à la dissoudre.

« L’idéologie woke et les thèses antiflics seront désormais encouragées dans nos écoles » s’est exclamée Hélène Laporte, eurodéputée du Rassemblement national (RN), suivie par le président par interim du RN Jordan Bardelle, qui accuse le nouveau ministre d’être « un militant racialiste et antiflics », imité par le Républicain Eric Ciotti qui dénonce une nomination « terrifiante ».

Le site d’extrême droite suprémaciste Fdesouche a ainsi également consacré dix-neuf articles à celui qu’il qualifie de « communautariste noir ».

Calomniez…il en restera toujours quelque chose

Sur France Info, Jordan Bardella a jeté sans retenue son fiel contre le nouveau ministre, l’accusant de véhiculer « des idéologies antirépublicaines, antifrançaises et racialistes », alors que « la France est l’un des pays les moins racistes du monde ». « On ne peut pas être ministre de la République et parler d’un “racisme structurel” dans la société française », a-t-il ajouté, en référence à d’anciens propos de l’historien.
Qu’a dit exactement Pap Ndiaye lors de cette interview donnée au Monde en décembre 2017 ? Que la notion n’était pas pertinente pour caractériser la situation française. « Le “racisme d’Etat” suppose que les institutions de l’Etat soient au service d’une politique raciste, ce qui n’est évidemment pas le cas en France », assurait-il. « En revanche, il existe bien un racisme structurel en France, par lequel des institutions comme la police peuvent avoir des pratiques racistes », nuançait-il, avant de conclure : « Il y a du racisme dans l’Etat, il n’y a pas de racisme d’Etat. »

Quant à l’eurodéputée RN Hélène Laporte, elle accuse le ministre d’être un « militant anti-flics », en appuyant son propos par un court extrait vidéo dans lequel Pap Ndiaye parle d’une « attitude de déni concernant les violences policières en France ».
Or ce passage est tiré d’une interview de près de dix minutes diffusée sur France Inter le 4 juin 2020, dix jours après la mort de George Floyd, aux Etats-Unis. Interrogé sur « le silence des plus hautes autorités françaises sur le sujet » des soulèvements américains face aux violences racistes de la police, l’historien explique ne pas être surpris : « L’attitude de déni en ce qui concerne les violences policières en France est tout à fait classique et depuis longtemps. », ajoutant : « La police fait un travail nécessaire et évidemment important. Mais faut-il en conclure que tout va bien et que rien ne doit être réformé ? A l’évidence non. »

« Il compare la police française de Vichy à la police d’aujourd’hui dans les banlieues » dénonce Bardella. Sauf qu’il s’appuie sur une interview donnée à Mediapart en 2020 où il rappelle simplement qu’en France, des « formes de répressions coloniales » ont été pratiquées par la police française lors de la guerre d’Algérie, ou durant l’Occupation avec « les rafles de juifs opérées par la police française dans des grandes villes comme Paris ou Bordeaux sous l’autorité de Maurice Papon ».
Contrairement à ce qu’affirme Jordan Bardella, Pap Ndiaye ne compare à aucun moment la police française actuelle à celle de Vichy. Il rappelle uniquement des éléments factuels de l’histoire de France.

Une mission difficile pour Pap Ndiaye

Bref, ce qu’on reproche à Papa Ndiaye est, outre la couleur de sa peau, le fait qu’il se pose en opposition par rapport à Jean-Michel Blanquer , pour lequel « l’islamo-gauchisme » était un « fait social indubitable » dans « un monde universitaire coupable » de vouloir « casser la République en deux ». Une perspective dans la droite ligne de l’idéologie « séparatiste » de Gérald Darmanin.

Le travail du nouveau ministre ne sera d’ailleurs pas de tout repos, car l’ancien ministre a placé de nombreux proches à des postes de responsabilité, notamment Jean-Marc Huar au poste de Directeur de cabinet. Recteur de l’académie de Nancy-Metz depuis 2019, cet ancien directeur général de l’enseignement scolaire (2017-2019) est connu pour sa proximité avec Jean-Michel Blanquer.

Cette ancienne garde rapprochée de l’ancien ministre risque de manifester de l’inertie au changement de vision du nouveau. De là à penser qu’Emmanuel Macron a choisi un ministre-alibi qui aura les mains liées, il n’y a qu’un pas.

« Tout changer pour que rien ne change ». La devise du Guépard est toujours bien vivante.

Le chanteur, animateur, producteur et militant anti-raciste Claudy Siar, remet les choses à leur place à propos de Pap Ndiaye. Une belle et nécessaire mise au point.

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