La guerre de religion est une vieille tradition française.
Le 24 août 1572, des milliers de protestants furent massacrés à Paris. On raconte que les rues étaient rouge de sang, et que l’on pouvait traverser la Seine à pied en marchant sur les cadavres. Durant le XVIe siècle, huit guerres de religion ont ainsi ensanglanté la France. Doit-on présager aujourd’hui le même destin pour les musulmans ?
Certes, le trait est un peu fort. Mais peut-être pas tant que cela. Ce qui rapproche ces événements de la chasse aux juifs du début du XXe siècle et de la croisade contre les musulmans à laquelle nous assistons aujourd’hui, c’est une faiblesse du pouvoir, des conditions de vie difficiles, qui poussent l’État et le peuple à désigner un bouc émissaire comme le seul coupable de leurs maux. Mais prenons garde aux anticipations délirantes : elles risquent de devenir réalités !
Alors, soyons réalistes, et regardons l’actualité. Aujourd’hui, le Pape Léon XIV nous fait l’honneur de visiter la France, même s’il a poliment décliné l’offre d’Emmanuel Macron de lui faire visiter personnellement Notre Dame, et de lui offrir les honneurs du protocole élyséen. Très judicieusement, il souhaite conserver à sa visite son caractère apostolique, loin de toute tentative de récupération politique.
Fidèle à son légendaire amour de la Liberté et de la Fraternité, le ministre de l’intérieur a édicté des arrêtés d’ « interdiction de paraître » pendant la visite du Souverain Pontife à l’encontre de responsables musulmans, comme l’imam et universitaire Noureddine Aoussat, pourtant invité par une congrégation religieuse catholique. Le même ministre prépare un projet de loi contre « l’entrisme », réminiscence du complotisme du régime de Vichy. Les comptes bancaires d’écoles, d’associations, d’imam sont bloqués, des mosquées fermées ou menacées de l’être, et une parole raciste se libère sur les chaînes de télévision.
Certes, toutes ces mesures paraissent avoir été conçue par des individus dotés du QI d’une huître. J’aime à répéter cette aphorisme d’Albert Einstein : « Je ne connais que deux choses qui soient infinies : l’univers et la bêtise. Et encore, pour l’univers, je ne suis pas sûr ». Mais précisément. Rien n’est plus dangereux que la sottise, car aucun argument rationnel n’est en mesure de la combattre.
La France est en train d’éteindre ses Lumières. Et ce sont ceux qui s’en réclament qui appuient sur l’interrupteur.
Jean-Michel Brun
Musulmans en France L'actualité des musulmanes et musulmans en France