ARMÉNIE-AZERBAïDJAN : CEUX QUI CRIENT LE PLUS FORT NE SONT PAS FORCÉMENT CEUX QUI ONT RAISON

Des extrémistes arméniens attaquent l'ambassade d'Azerbaïdjan à Paris

Suite à leur défaite en 2020 dans leur perspective d’annexer définitivement le Haut-Karabakh, et à l’échec des récents combats engagés à la frontière avec l’Azerbaïdjan, les Arméniens semblent avoir décidé de concentrer leurs forces sur un autre terrain, parfois plus décisif que celui des canons : la guerre des médias.

C’est ainsi que les ambassades azerbaïdjanaises de plusieurs pays ont été la cible des activistes arméniens : Le 5 août dernier, l’Ambassade d’Azerbaïdjan à Londres a été attaquée par les membres d’un groupe religieux radical. Le 15 septembre, une autre attaque, cette fois organisée par le « Armenian National Committee of America » a été lancée contre l’ambassade de Washington, et en France, le groupe FRA Nor Seround (Nouvelle génération de la fédération révolutionnaire Arménienne) a tenté de pénétrer le 18 septembre dans l’ambassade d’Azerbaïdjan à Paris, et le 23 septembre dans le centre culturel azerbaïdjanais de Paris, pour empêcher une conférence de l’UNESCO sur les dégradationa arméniennes du patrimoine azerbaïdjanais. Le mouvement extrémiste Charjoum tague chaque nuit à Paris des slogans hostiles à la Turquie et à l’Azerbaïdjan. Chaque fois sous le regard pratiquement impassible de la police.

Pourquoi ? parce que les Arméniens se sont donnés, depuis la fin de la guerre du Karabakh, le « beau » rôle, l’image des victimes de l’Azerbaïdjan. A l’origine, l’excellente politique médiatique de l’Arménie qui, s’appuie notamment sur la très puissante diaspora française – 700 000 membres environ – et inonde les rédactions de communiqués, monopolise la publication des contenus Wikipedia concernant la région, en fait intervenir les responsables politiques en quête de support électoral. Elle a ainsi réussi à faire admettre comme vraie la vision nationaliste des extrémistes arméniens.

Depuis 40 ans, après les premiers attentats de l’Armée Secrète de Libération de l’Arménie à Paris, les activistes se sont organisés. Même le porte-parole de l’ASALA, Jean-Marc Ara Toranian est devenu le proche des parlementaires et même de l’Elysée. Dans les rédactions, les Arméniens, nommés aux postes à responsabilité, font la pluie et le beau temps. Y compris à Radio J, où la cheffe de rubrique Ikhana Ferhadian fait la promotion des thèses nationalistes arméniennes. Etonnant lorsqu’on sait que nombre des héros de l’Arménie ont fait partie du mouvement nazi pendant la seconde guerre mondiale.

La communication arménienne a même réussi à faire faire écrire à certains journalistes, peu renseignés ou peu soucieux de vérifier leurs informations, que l’Arménie soutenait l’Ukraine, alors qu’elle a envoyé ses soldats combattre aux côtés des séparatistes russes, a acheminé, selon une déclaration du ministère russe de la Défense, datée du 7 mars 2022, 14 tonnes d’aide humanitaire aux forces armées russes en Ukraine, et leur a livré 4 avions de combat SU-30. Dans le même temps, l’Azerbaïdjan s’est positionné aux côtés de l’Ukraine dès le début du conflit, ce qui est plutôt courageux lorsqu’on a un voisin telle que la Russie, a fourni plus de 10 millions d’euros d’aide matérielle en Ukraine, et accueille en Azerbaïdjan les enfants ukrainiens orphelins de guerre.

Pourtant, il ne paraissait pas bien compliqué aux autorités azerbaïdjanaises de prouver au monde qu’ils n’étaient pas agresseurs, mais victimes. Le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan dans et autour de la région du Haut-Karabagh de la République d’Azerbaïdjan a eu pour conséquence concrète l’occupation près de 20% des territoires de l’Azerbaïdjan, allant bien au-delà du Haut-Karabagh. Près d’un Azerbaïdjanais sur dix a été déplacée, portant à plus d’un million le nombre des réfugiés et des déplacés internes : plus de 750 000 Azerbaïdjanais chassés du Haut-Karabagh et des districts avoisinants, et 250 000 Azerbaïdjanais expulsés de l’Arménie. Au total, le préjudice économique causé à la République d’Azerbaïdjan dépasse les 60 milliards de dollars US. 7 093 établissements publics, 927 bibliothèques, 4.6 millions de volumes de livres et de manuscrits, 6 théâtres, 85 écoles de musique, des milliers d’entreprises industrielles et agricoles ont été détruits, ainsi que 706 monuments historiques et architecturaux, 22 musées, 26 forteresses et murs de forteresses, 57 mosquées, 125 temples et églises, 58 sites archéologiques, 215 monuments naturels, 260 311 hectares de forêt, 163 gisements minéraux. Un pillage… et last but not least, des lieux de culte musulman sont ont été transformés étables ou en porcheries.

Mais finalement, tout cela est de bonne guerre, et on ne peut reprocher aux Arméniens d’utiliser tous les moyens pour arriver à leurs fins. Une propagande n’engage que ceux qui y croient et, comme le disait le sinistre Goebbels : « Plus un mensonge est gros, plus il a de chances d’être crû ».

On s’étonnera toutefois de la timidité avec laquelle l’Azerbaïdjan répond à ces fables. Les diplomates azerbaïdjanais en Europe, qui font ce qu’ils peuvent pour résister au tsunami médiatique arménien, doivent se sentir bien seuls. Le motif avancé par l’Azerbaïdjan est qu’elle ne veut pas s’égarer sur le terrain miné de l’arménisation des medias, français notamment. Elle est dans son bon droit, la tolérance et la multi-culturalité font partie de son ADN. Pourquoi argumenter lorsqu’on sait qu’on a raison ? Ne doit-on pas appliquer le conseil de Lao-Tseu : « Ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord du fleuve, et regarde passer le corps de ton ennemi » ? Doit-on rappeler qu’ici, avoir raison ne suffit pas, et hélas, les cris portent souvent plus loin que la raison. On se souvient de la réponse célèbre de Giscard d’Estaing lorsqu’il fut interrogé sur « l’affaire des diamants », dont on sait aujourd’hui qu’elle fut un coup monté : « Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison ». Il avait raison, mais il a tout de même perdu les présidentielles à cause de cela.

L’autre raison du silence de l’Azerbaïdjan est peut-être à chercher dans les efforts déployés par la diplomatie française, par l’intermédiaire de l’ambassadeur de France Zacharie Gross, pour l’encourager à la discrétion. En bon serviteur de l’Etat, Zacharie Gross applique scrupuleusement les directives de l’Elysée, coincé entre le besoin de ne pas se mettre à dos son électorat arménien, et la nécessité économique d’entretenir de bonnes relations avec l’Azerbaïdjan, notamment dans le domaine de l’énergie. On comprend dès lors qu’Emmanuel Macron ne souhaite pas être mis dans la position d’avoir à trancher, au risque de se mettre l’un ou l’autre, sinon les deux, à dos. L’ambassadeur de France est connu, au Quai d’Orsay, pour son excellence dans la diplomatie de couloir, et sa capacité à convaincre les uns et les autres, qu’il faut mieux faire profil bas, que l’ambassade à Paris en fait peut-être trop, qu’il est préférable de calmer les esprits… Très malin. Ce que l’on peut appeler « le management sournois ». Mais dans cette sorte de guerre là, il n’y aura qu’un vainqueur : celui qui se tait.

Jean-Michel Brun

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