Il s’agit de l’un des monuments les plus emblématiques du monde musulman. Inauguré le 19 mars 2026 par le président de l’Ouzbékistan Shavkat Mirziyoïev, et construit à son initiative, le complexe commémoratif de l’Imam al-Bukhari est situé dans le village de Khartang, à 25 kilomètres de Samarkand, sur le lieu de sépulture du grand érudit. Le premier mausolée entourant sa tombe a été construit au XVIe siècle pendant la dynastie Shaybanid. En 1998, un nouveau complexe commémoratif a été érigé pour le 1225e anniversaire de l’Imam. En avril 2021, la construction du complexe actuel a commencé, avec la participation d’environ 2 000 ouvriers. D’une superficie totale de 45 hectares, le complexe peut recevoir jusqu’à 65.000 pèlerins par jour. Il en accueille quotidiennement plus de 10 000.

Le mausolée lui-même et constitué d’une sépulture recouverte d’onyx iranien, posée sur un sol de calcaire portugais et de marbre turc. Des pierres décoratives ont été apportées de l’Inde. Trois dômes sont en carbone et ont été assemblés à Dubaï
Le centre possède une mosquée d’une superficie de 3 924 m2, de 54 mètres de haut, et peut recevoir 10 000 fidèles. Elle possède quatre minarets de 74 mètres de haut et 14 dômes bleus.
Le Memorial est avant tout dédié à l’éducation. Il propose un remarquable musée de 1 300 m2 avec 9 pavillons qui retrace la vie et l’héritage de l’Imam al-Bukhari, ainsi que l’histoire de 25 prophètes du Coran. Il possède un espace dédié à la vie et la généalogie du Prophète Muhammad, et une magnifique collection d’ouvrages anciens rassemblant les hadiths.
Une riche bibliothèque est également à la disposition des chercheurs, permettant l’accès à des manuscrits uniques du Coran et des œuvres de l’Imam al-Bukhari. Celle-ci est associée au centre éducatif « Darus Hadith » est dédié à l’étude des hadiths.
En complément, une infrastructure touristique et professionnelle a été construite sur le centre, avec un hôtel quatre étoiles pour 240 clients, deux hôtels trois étoiles pour 486 clients, 22 maisons d’hôtes familiales pour 176 clients, restaurant et un centre de congrès.
L’imam Al-Bukhari

Abu Abdullah Muhammad ibn Ismail ibn Ibrahim ibn al-Mughira ibn Bardizbah al-Juafi al-Bukhari est né le 21 juillet 810 apr. J.-C. à Boukhara. Il est reconnu comme l’imam des spécialistes du hadith et le « sultan » de la science du hadith.
Son père, Ismail, était un éminent spécialiste du hadith, élève de l’imam Malik ibn Anas, et exerçait également des activités commerciales.
Dès l’âge de 5 ou 6 ans, il commença l’étude des sciences islamiques et du hadith. À seize ans, il avait déjà recueilli des hadiths auprès de tous les savants présents à Boukhara.
En 825 après. J.-C., il accomplit le pèlerinage à La Mecque, accompagné de sa mère et de son frère Ahmad. Tandis que ces derniers retournaient à Boukhara, il demeura dans le Hedjaz pendant six ans. Par la suite, il voyagea à Bassora, Koufa, Bagdad, Damas, au Caire, au Khorassan, à Merv, Balkh, Hérat et Nichapour.
Il eut environ 90 maîtres. Il a rassemblé près de 600 000 hadiths qu’il connaissait par cœur. Sa mémoire phénoménale stupéfiait tous les savants de son époque. Grâce aux revenus de ses activités commerciales, il versait chaque mois 500 dirhams aux pauvres ainsi qu’aux étudiants en quête de savoir.
À son retour dans sa terre natale, il entreprit de diffuser la science du hadith. Cependant, le gouverneur de Boukhara, Khalid ibn Ahmad al-Zuhli, exigea qu’il se rende au palais pour enseigner à ses enfants. L’imam refusa, déclarant : « Je n’humilierai pas le savoir en le portant aux portes des gouvernants. Que ceux qui ont besoin du savoir viennent le chercher eux-mêmes. » Le gouverneur finit par le bannir de Boukhara. Il prit la direction de Samarcande, mais tomba gravement malade en chemin et fit halte dans le village de Khartang. Le 1er septembre 870 apr. J.-C., à l’âge de 60 ans, le grand érudit s’éteignit et fut inhumé en ce lieu.
L’imam al-Bukhari a rédigé plus de 20 ouvrages, parmi lesquels :
« Al-Jami‘ al-Sahih » : Sahih al-Bukhari
« Al-Adab al-Mufrad » : Le Livre des convenances (1322 hadiths)
« Al-Tarikh al-Kabir » : La G
rande Histoire (9 volumes)
« Al-Tarikh al-Saghir » : La Petite Histoire
« Kitab al-Kuna » : Le Livre des teknonymes
« Barr al-Walidayn » : Sur le respect dû aux parents
« Asami al-Sahaba » : Sur les Compagnons
Le « Sahih al-Bukhari »

Son oeuvre majeure est naturellement le « Sahih al-Bukhari ».
Le titre complet du livre est « Al-Jami al-Musnad al-Sahih al-Mukhtasar min Umuri Rasulillah wa Sunanihi wa Ayyamihi », ce qui signifie « La collection abrégée de hadith authentique avec des chaînes connectées concernant les questions relatives au prophète, ses pratiques et ses temps.
L’idée du livre est née lorsque l’enseignant de l’Imam, Ishaq ibn Rahawayh, a fait remarquer lors d’une leçon: « Qu’il serait merveilleux que quelqu’un compile le hadith authentique en un seul livre. » Ces mots ont pris racine au cœur du jeune érudit.
L’Imam a commencé son travail à Masjid al-Haram à La Mecque, a continué à Masjid al-Nabawi à Médine et l’a terminé à Boukhara en 846 de notre ère – un processus qui a pris 16 ans.
Sur 600 000 récits collectés, il a sélectionné 7 563 hadiths authentiques dans 98 livres et 3.450 chapitres. Ses exigences pour qu’un témoignage soit accepté étaient que le narrateurs ait une réputation d’honnêteté, et une mémoire forte. Il fallait aussi que chaque hadith ait été rapporté par deux narrateurs n’ayant pas de lien entre eux.
L’imam al-Boukhari était tellement réputé pour sa mémoire, que des savants de Bagdad auraient décidé de le tester en lui récitant cent hadiths erronés avec des chaînes de transmissions volontairement manipulées. À leur grand étonnement, al-Bukhari non seulement aurait retenu les 100 hadiths avec leurs erreurs, mais les aurait corrigés scrupuleusement l’un après l’autre avec plusieurs chaînes de transmissions. Ce genre de test basé sur des hadiths dont la chaine de transmission est volontairement tronquée (hadith maqlub) était d’ailleurs souvent pratiqué à l’époque.
Après avoir terminé le livre, ses professeurs, l’imam Ahmad ibn Hanbal, Ali ibn al-Madini et Yahya ibn Ma’in, ont tous confirmé son authenticité. Sahih al-Bukhari est ainsi devenue la deuxième source la plus importante de l’islam après le Coran et a été étudié dans les institutions islamiques du monde entier depuis plus de 1200 ans.
La question des hadiths
L’acceptation des hadiths comme source incontestable de la pratique religieuse, bien que largement admise dans l’islam sunnite, a été souvent questionnée, et plus particulièrement aujourd’hui, à la lumière de certaines réalités scientifiques, historiques ou religieuses.
Les hadiths ainsi controversés suscitent des débats, des doutes ou des rejets en raison de leur contenu jugé contradictoire avec les principes fondamentaux de l’Islam, ou bien contraire à la raison, ou aux découvertes scientifiques.
En effet, certains récits dans les recueils comme Sahih al-Bukhari ou Muslim semblent se contredire ou contredire d’autres hadiths, également considérés comme sahih. Surtout, certains hadiths apparaissent contradictoire avec certains versets coraniques. D’autres récits sont jugés absurdes ou anti-scientifiques. Le statut des femmes, notamment concernant leur supposée infériorité leur habillement, et même leur présence en enfer, fait l’objet de vives critiques, de même que des pratiques juridiques et sociales comme la lapidation des femmes adultères, le mariage et l’âge d’Aïcha, ou l’utilisation médicale de l’urine de chameau. Tous ces récits sont largement exploités par la sphère islamophobe pour laquelle il sont la preuve du caractère anachronique et obscurantiste de l’islam.
Face à ces controverses, les musulmans sont divisés sur l’attitude à adopter.
La position sunnite orthodoxe consiste à défendret l’authenticité des collections comme le Sahih al-Bukhari et le Sahih Muslim, proposant des efforts d’exégèse (Sharh) pour contextualiser, concilier ou interpréter métaphoriquement ces textes.
D’autres, comme les coranistes, rejettent en bloc l’autorité législative et historique des hadiths, estimant que seul le Coran fait foi. Enfin, les musulmans « progressistes » ou « rationalistes » (comme les Mu’tazilites d’autrefois ou des penseurs modernes) trient les hadiths par une critique du contenu (matn) et pas seulement de la chaîne de transmission (isnad), rejetant ceux qui heurtent l’éthique coranique ou la science.
Parmi les chercheurs modernes, certains estiment qu’une grande partie du corpus a été mise par écrit et compilée aux VIIIe et IXe siècles, reflétant davantage les débats politiques et juridiques de l’époque post-prophétique que les paroles réelles du Prophète.
Le débat mérite en tous cas d’être posé, sans dogmatisme étriqué ni réformisme débridé qui risque, comme on le voit dans certaines théories modernes, de dénaturer totalement le message divin et le message prophétique.
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