LINKEDIN PISTE-T-IL LES MUSULMANS ? ATTENTION DANGER !

LinkedIn est un réseau social professionnel créé en 2003 à Mountain View en Californie.
Valorisée à 20 milliards de dollars en 2015, l’entreprise est rachetée en 2016 par Microsoft pour un montant de 26 milliards de dollars. En juin 2026, LinkedIn est, d’après SimilarWeb, le dix-septième site web le plus visité au monde.

Son business model est principalement construit sur la création des liens entre les entreprises et les particuliers, ce qui le rend particulièrement attractif auprès des demandeurs d’emploi.

Mais des réalité beaucoup moins honorables se cachent derrière cette jolie vitrine, notamment le pistage des citoyens, en particulier les plus ciblés par les autorités, au nombre desquels figurent en priorité les personnes de confession musulmane ou supposées telles. On vous explique tout.

TOUT COMMENCE PAR UN MESSAGE INDIQUANT QUE VOTRE COMPTE EST SUSPENDU

Utilisateurs de Linkedin, il vous est peut-être arrivé de recevoir un message indiquant que votre compte était suspendu, car « votre contenu ne respecte pas nos Politiques de la communauté professionnelle », Si vous contactez le service client, on vous expliquera probablement que votre compte a peut-être été utilisé par une tierce personne, sans autre explication. Si ce n’est pas encore le cas, cela vous arrivera certainement, surtout si vous publiez des posts vous rattachant explicitement à la « communauté » musulmane ou si vous faites part de vos opinions politiques, en particulier sur la situation au Moyen-Orient. Le service clientèle vous expliquera alors – toujours par mail, jamais au téléphone – que la seule façon de débloquer votre compte est de fournir votre pièce d’identité. La raison invoquée est la sécurisation de la plateforme, ou même votre propre protection.

Ne le faites surtout pas. D’ailleurs, le feriez-vous, il y a fort peu de chances pour que la situation redevienne normale, comme l’attestent les milliers de commentaires d’utilisateurs ainsi piégés.
Que s’est-il passé ? Pour expliquer le processus, il faut revenir quelques instants aux réalités de l’entreprise elle-même. Linkedin n’est en effet pas une société comme les autres.

COMMENT LINKEDIN VOUS PISTE

À chaque fois que vous vous connectez au réseau LinkedIn, celui-ci injecte discrètement dans votre navigateur, puis dans votre ordinateur, un bloc de code JavaScript de 2,7 mégaoctets qui exécute, en arrière plan, sans que vous le sachiez, et sans aucun moyen de le bloquer, une série de tâches lui permettant de procéder à une véritable « fouille » de votre ordinateur, puis d’en extraire des données que vous pensiez confidentielles et à l’abri dans vos fichiers.

C’est ce qu’a révélé une association européenne d’utilisateurs professionnels de LinkedIn, Fairlinked, dont l’enquête a montré que le réseau social charge, dès l’ouverture du site, un logiciel espion, appelé « Spectroscopy », qui scanne vos extensions, et les caractéristiques de votre ordinateur, comme le nombre de cœurs du processeur, la mémoire disponible, la résolution d’écran, le fuseau horaire, la langue du système, le niveau de batterie ou capacité de stockage. En un mot, le logiciel établit une véritable empreinte numérique de votre appareil, qui permet de vous identifier, même après la suppression de vos cookies.

L’ensemble est ensuite chiffré avec une clé RSA, référencée en interne sous le nom « apfcDfPK », puis transmis aux serveurs de LinkedIn. Cette empreinte est jointe à chaque requête effectuée pendant la session, en d’autres termes, à chaque recherche, chaque profil consulté, chaque message envoyé. Le site BleepingComputer a confirmé ce mécanisme en avril 2026, par des tests réalisés de façon indépendante.

Linkedin, s’il reconnaît la présence du fichier espion, ce qu’il ne peut évidemment, nier, jure que celui-ci ne permet de conserver aucune donnée personnelle. Une affirmation réfuté par les enquêtes de Fairlinked et de BleepingComputer. Pour se défendre, Linkedin assure qu’il ne s’agit que de protéger les utilisateurs contre le « scraping » c’est à dire l’utilisation d’un script ou d’un programme permettant d’extraire automatiquement des données d’un site web. D’ailleurs les victimes des intrusions de Linkedin qui protestent sur les réseaux sociaux contre cette pratique sont en retour accusés de « scraping » par la plateforme. Quand on veut noyer son chien… Or c’est exactement ce que fait Linkedin avec Spectroscopy.
D’ailleurs, en octobre 2024, la Commission irlandaise de protection des données avait infligé à LinkedIn une amende de 310 millions d’euros pour pour avoir traité de manière inappropriée les données personnelles de ses membres dans le cadre de sa publicité ciblée. Cette décision faisait suite à un combat mené depuis 2018 par l’association La Quadrature du Net. La puissance de Microsoft avait jusque là réussi à retarder l’échéance.

Le script caché de Linkedin lui permet aussi de détecter sur votre ordinateur la présence de solutions concurrentes, comme Apollo, Lusha ou ZoomInfo, et enrichit en permanence sa base de contacts professionnels, dans un but de prospection, pour elle ou Microsoft, ou, pourquoi pas, de commercialisation de ces données.

Mais il y a plus grave.

D’ÉTRANGES ENTREPRISES

Même si Linkedin jure ses Grands Dieux, qu’elle ne conserve aucune information personnelle, les auteurs des enquêtes révèlent que la plateforme utilise largement l’analyse comportementale de ses membres. Les extensions scrutées par le script incluent notamment des extensions spécifiquement pensées pour des personnes atteintes de troubles cognitifs ou d’apprentissage, d’autres liées à des pratiques religieuses, à des engagements politiques, ou à une recherche active d’emploi.
Lorsque ce système est associé à la fourniture, par vos soins, de vos documents d’identité, la plateforme est en mesure de surveiller votre activité, de savoir par exemple si vous utilisez des outils d’assistance pour les personnes dyslexiques, autistes ou souffrant de TDAH. Elle est également en mesure de connaître vos opinions politiques, votre orientation sexuelle, et votre appartenance confessionnelle. C’est dans ce cadre que sont ciblés les utilisateurs musulmans. En scrutant vos extensions de productivité ou concernant la vie quotidienne du musulman, comme la lecture du Coran, les horaires de prière, les applications d’aide à la pratique religieuse, les messageries, Linkedin connaît, après vous avoir identifié personnellement, les lieux de culte que vous fréquentez, les textes que vous lisez, les posts que vous envoyez, et à qui vous les envoyez. La plateforme sait aussi quel est votre employeur, quel poste vous occupez, quel emploi vous cherchez, et détecte si vous êtes un musulman pratiquant. Elle a ainsi la possibilité d’en informer ses partenaires, ou divers services de renseignement. Les journalistes spécialisés dans le monde arabe ou la communauté musulmane sont particulièrement surveillés. C’est pour cela que la plateforme vous demande de lui fournir votre carte d’identité, ou votre passeport, ou encore votre carte de séjour.

Comment cela se passe-t-il ? Linkedin fait appel à des partenaires tiers comme Persona, dont la spécialité est l’analyse des pièces d’identité. C’est ce type de prestataire auquel il est prévu de faire appel dans le cadre du projet d’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs.
Or qui est Persona ? L’entreprise appartient à Peter Thiel, fidèle soutien de Donald Trump, cofondateur de Paypal avec Elon Musk, et surtout cofondateur et président de Palantir.
Palantir Technologies est une société de surveillance et de traitement des données fondée en 2004 par Peter Thiel, Alex Karp, et Nathan Gettings, grâce à un financement de deux millions de dollars versés par le bras financier de la CIA, la société In-Q-Tel, et de trente millions de dollars de la part de Thiel et de son entreprise Founders Fund. Le nom de la société vient de palantír, ou « pierre de vision », un objet magique décrit dans les ouvrages de J. R. R. Tolkien Le Seigneur des anneaux.
Thiel a déclaré que Palantir avait été fondée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001, afin de « réduire le terrorisme tout en préservant les libertés civiles ». Selon Thiel et Karp, actuellement PDG de l’entreprise, Palantir défend une vision suprémaciste occidentale selon laquelle les États-Unis et leurs alliés seraient supérieurs aux autres cultures. L’entreprise se présente comme un défenseur des démocraties occidentales et prône une alliance entre les entreprises technologiques et l’armée américaine pour « préserver les libertés occidentales » et gagner la course à l’IA face aux adversaires de l’Occident. Dans ce but, l’entreprise a développé et commercialisé deux logiciels destinés à la fusion, la visualisation et à l’analyse opérationnelle de « big data » : Palantir Gotham et Palantir Foundry. Gotham est majoritairement utilisé par la communauté du renseignement des États-Unis (NSA, CIA, FBI les US Marines, l’US Air force et les Opérations spéciales), ainsi que les services de police de New York et de Los Angeles. Palantir a d’ailleurs passé un contrat de 41 milliards de dollars avec l’ICE américaine pour le système de gestion des enquêtes destinées à la chasse à l’immigration. Gotham a également développé une solution de prédiction, destinée à identifier et décourager les personnes qui pourraient potentiellement commettre des crimes. Ce qui rappelle étrangement les « precogs » du film d’anticipation de Steven Spielberg « Minority report ». Pour Amnesty International et Privacy International, Palantir figure « parmi les entreprises de surveillance les plus secrètes et les moins étudiées au monde ». En avril 2026, un manifeste en 22 points de la firme Palantir, inspiré par les écrits de son président Alex Karp dans son livre intitulé « The Technological Republic », est vu par les analystes comme même un plaidoyer pour une forme de fascisme.

VOTRE VIE PRIVÉE AUX MAINS DE LINKEDIN ET DES ORGANISMES DE RENSEIGNEMENT

Photo.org/Jesse Kornblum

Le logiciel est également utilisé par les services de renseignement d’une douzaine de pays européens, dont la France, depuis 2016. Même si celle-ci a décidé de remplacer celui-ci par son rival français ChapsVision, il restera en fonction jusqu’en 2028 au minimum, le temps que le transition soit effectuée et opérationnelle.

Récemment, Céline Berthon, patronne de la DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) et
Nicolas Lerner, l’énigmatique chef de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) appelaient de leurs voeux à la surveillance plus étroite des applications de messagerie cryptées et de réseaux sociaux. C’est semble-t-il chose faite en ce qui concerne Linkedin. De l’aveu de Nicolas Lerner, la plateforme a même été utilisée par les deux services secrets français pour recruter des analystes, ingénieurs, techniciens, spécialistes de la cryptologie, du big data, et aussi des linguistes, des juristes, des spécialistes des relations internationales et spécialistes des ressources humaines, soit environ 500 à 600 personnes par an ! Echange de bons procédés.

Sous couvert de protection des utilisateurs ou de vérification d’âge, Persona, et par conséquent Linkedin, compare, grâce à la reconnaissance faciale, vos selfies à des photos de personnes fichées, et analyse vos informations d’identité en fonction de 14 catégories de contenus médiatiques considérés comme relevant du terrorisme ou de l’espionnage. Et on sait qu’en France, il suffit de peu de chose pour vous classer comme portant atteinte aux valeurs républicaines et à la sacro-sainte laïcité. Pour les femmes, le port d’un hijab sur une photographie entrainera un étiquetage immédiat dans la catégorie des « personnes à risques ». Persona et Palantir peuvent ainsi continuer à offrir des services de surveillance complets des utilisateurs aux entreprises clientes, et transmettre des rapports automatisés directement au gouvernement. Toutes ces informations sont naturellement récupérées sans le consentement des interessés. Il suffit que leur collecte soit unilatéralement estimées comme utiles par ces entreprises. Tous les partenaires de Linkedin et de Persona, y compris les forces de l’ordre, peuvent ainsi avoir accès aux données recueillies. Ces renseignements peuvent ensuite être utilisés par le Ministère de l’Intérieur pour expulser des imams, fermer des mosquées, des salles de prière, ou des écoles musulmanes, cibler des associations culturelles ou sportives, interdire des livres, supprimer des comptes bancaires, dont peut-être le vôtre.

Parmi les partenaires de Palantir et de ses filiales, il en est un qui suscite particulièrement l’inquiétude des observateurs : le gouvernement israélien. Palantir fournit en effet à l’armée israélienne des services de renseignement et de surveillance, et a conclu, en janvier 2024, un partenariat stratégique avec l’armée israélienne dans le cadre duquel l’entreprise lui fournirait des services pour l’aider à renforcer son «effort de guerre », autrement dit deviendrait complice des crimes perpétrés à Gaza. Alex Karp est lui-même ouvertement un fervent soutien d’Israël, ce qui a poussé plusieurs employés à quitter l’entreprise. Quant à LinkedIn, il espionne, à l’aide des outils précités, des millions d’utilisateurs dans le monde, et le rapport de Fairlinked révèle qu’il partage ces données avec HUMAN Security, une entreprise liée aux services de renseignement israéliens. La direction de Linkedin réfute évidemment ces accusations, qu’il considère comme des attaques provenant de personnes malveillantes, assurant une fois encore qu’elle ne cherche qu’à protéger ses utilisateurs contre d’éventuels hackers, omettant de dire qu’une base de données centralisée contenant des centaines de milliers de pièces d’identité représente précisément une cible de choix pour les pirates. 
Il reste en tous cas légitime de s’interroger sur le rapport entre les liens avec le gouvernement raciste de Netanyahu, l’obsession islamophobe du renseignement français, et le pistage des musulmans par le triptyque Linkedin-Persona-Palantir.

En conclusion, si vous voyez brusquement apparaitre sur votre page Linkedin un message annonçant que votre compte est bloqué, ne transmettez surtout pas vos documents d’identité. Il vaut mieux se passer de Linkedin, dont l’utilité dans le domaine du recrutement est d’ailleurs largement surestimé. Une recherche personnelle des entreprises de votre secteur d’activité et l’envoi d’un CV soigné accompagné d’une lettre de motivation personnalisée, sont bien plus efficaces, et vous éviteront une intrusion dans votre vie privée, surtout à l’approche des menaces qui risquent de peser sur nos libertés.

Jean-Michel Brun

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