En ce début d’année « scolaire » et « parlementaire », où les musulmans, ainsi que leurs pratiques, sont régulièrement instrumentalisés par les partis politiques de droite et les medias qui les servent, il est plus que jamais utile de s’interesser à ceux qui portent réellement la parole de l’islam, lequel, n’en déplaise aux trafiquants de pensée et aux amateurs d’amalgame, est une religion de paix et d’humanisme
A l’occasion du Grand Magal de Touba, la fête annuelle de la confrérie sénégalaise des Mourides, le Centre Khadim Rassoul de Marseille a organisé, en juillet, une conférence sur la place des musulmans en France, dont les enseignements mériteraient d’être largement diffusés.
AHMADOU BAMBA, LE CHEIKH DE LA NON-VIOLENCE

Un rappel : La tariqa soufie « muridyia » fut fondée par le Cheikh Ahmadou Bamba, dit Khadim ar-Rassoul (خادم الرسول, « Serviteur du Messager »), qui est l’une des figures les plus importantes du soufisme au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Né en 1853 à Mbacké-Baol, au Sénégal, pendant la colonisation française et peu après l’abolition de l’esclavage dans les colonies africaines, il meurt le 19 juillet 1927 à Diourbel.
Entre 1887 et 1888, il fondera au Sénégal le village de Touba qui deviendra le centre spirituel des mourides. Il subira les persécutions de l’administration française, connaitra l’exil, mais continuera à diffuser ses messages de paix qui en feront une icône de la non-violence dans un contexte colonial, à l’instar de Mahatma Gandhi et de Martin Luther King.
Sa pensée est de celle qui, plus que toute déclaration haineuse de politiciens obsessionnels, est de nature à combattre efficacement l’instrumentalisation de la religion par des idéologies terroristes : « Certains sont abusés par un « Jihad » qu’ils mènent contre des êtres humains innocents.[…] Ils les assaillent pour accéder à la célébrité et aux richesses. Ainsi rentrent-ils de leurs prétendues « guerres saintes » couverts de pêchés et de méfaits ».
« Je mène mon Jihad par le Savoir et l’Adoration de Dieu. Le véritable combattant sur le Chemin de Dieu n’est point celui qui prend la vie de ses ennemis, mais celui qui combat son âme charnelle’ pour parvenir à la perfection spirituelle »
Le premier intervenant est Jean-Michel Brun, journaliste, essayiste, documentariste, et directeur de la rédaction de « Musulmans en France ». Le thème, un peu provocateur, de son intervention : « Islamophobie, et si on avait tout faux ? »
FRANCE : UNE ISLAMOPHOBIE GALOPANTE

Après avoir rappelé l’explosion des cas d’islamophobie en France : violences à l’égard des personnes et des lieux de culte, discriminations à l’embauche, interdiction du port du foulard dans les lieux publics ou même lors des sorties scolaires, refus de permis de construire des mosquées, interdiction des minarets, fermeture d’écoles et d’associations culturelles, ruptures de contrats avec des lycées musulmans, mise à l’index de livres, Jean-Michel Brun souligne que l’idéologie anti-musulmane s’exprime au quotidien dans les medias et dans l’univers politique par des déclarations haineuses décomplexées et impunies. La fenêtre d’Overtone, qui protège encore – mais pour combien de temps ? – la communauté juive, s’est grande ouverte pour les musulmans. Elle s’exprime aussi à travers de l’amalgame, savamment orchestré, entre la protestation contre les actes génocidaires du gouvernement israélien et l’antisémitisme. L’affaire de la loi Yadan, qui prévoyait de pénaliser le soutien aux Palestiniens, en est l’un des consternants avatars. Il rappelle aussi que ce sont les femmes qui sont le premières victimes des actes anti-musulmans, notamment en raison de leur tenue vestimentaire, sinistre réplique de l’odieuse mascarade du « dévoilement des femmes algériennes » de 1958.
Une autre forme d’islamophobie encore plus pernicieuse est l’utilisation de modèles grotesques présentés comme des archétypes du musulman idéal. Mohammed Sifaoui, et bien sûr l’ineffable Chalghoumi, aujourd’hui un peu mis à l’écart après sa caricature assassine concoctée par l’humoriste Malek Bentalla. Et puis, plus recemment, le piedestal offert à Boualem Sansal. Ce que ces serviteurs de la discrimination semblent ignorer, c’est qu’ils sont encensés tant qu’ils servent les intérêts de leurs maîtres. Zineb el Razhoui en a fait l’amère expérience. Celle qu’on voyait parader aux côtés des stars de la « blanchitude », s’est fait ejecter sans ménagement après qu’elle a refusé de cautionner les massacres de Gaza. Son prix Simone Veil lui a même été retiré.
Mais alors, s’interroge Jean-Michel Brun, pourquoi n’arrivons-nous pas, nous, les musulmans – nous sommes entre 10 et 13 millions en France – à combattre les discriminations dont nous sommes les victimes, alors que les communautés juives ou arméniennes par exemple parviennent si facilement à se défendre ?
ISLAMOPHOBIE : QUI EST RESPONSABLE ?
« La réponse est simple : nous n’avons que ce que nous méritons. Nous récoltons ce que nous avons semé. Il est bien commode de se lamenter sans cesse, de geindre, de s’apitoyer sur son sort, de désigner les autres comme les responsables de ses malheurs. Cela évite de se remettre en cause et d’avancer. Il y a quelques semaines, lors d’un débat sur la colonisation belge au Congo, qui fut l’une des plus meurtrières de l’histoire. Un jeune militant congolais a interrompu la litanie des horreurs commises par ces monstres :« Jusqu’à quand allons-nous continuer à nous poser en victimes ? Jusqu’à quand resterons-nous bloqués sur la question des indemnisations ? En faisant cela, nous restons encore dépendants du bon vouloir de l’Occident». Oui, notre futur est entre nos mains. Pas celles de nos ennemis. »
« Mais avant de prescrire un traitement, le médecin commence par l’auscultation et le diagnostic » . Et c’est par cela que nous, musulmans, nous devons commencer. Par une introspection.
Il faut que nous le reconnaissions, notre pire ennemi c’est nous. L’obstacle le plus infranchissable à notre progrès et à notre liberté, c’est nous !
En premier lieu, les musulmans français appartiennent à une communauté divisée. Et évidemment, ses adversaires en profitent. Et ils profitent de leurs dissensions pour les diviser encore plus. Les musulmans de France reproduisent les rivalités entre leurs pays d’origine, même s’ils ont la nationalité française. Ils sont obsédés par ce qui les séparent au lieu de capitaliser sur ce qui les rassemblent. C’est le règne du chacun pour soi. Ils oublient qu’avant d’être Algériens, Marocains, Tunisiens, Sénégalais, Turcs ou Auvergnats, ils sont d’abord des musulmans.
À Marseille, première ville musulmane d’Europe, avec 300 000 musulmans, soit près du tiers de la ville, la soi-disant « Oumma » n’a pas été capable de se mettre d’accord pour construire une Grande Mosquée ?
Ensuite il y a la place du musulman dans la cité. 60% des électeurs musulmans ne votent pas, et ce chiffre ne tient pas compte de ceux qui ne sont même pas inscrits sur les listes électorales. Et on entend toujours la même rengaine : « ça ne sert à rien de voter». La démocratie a certes de nombreux trous dans la raquette, mais c’est à ce moment qu’un vote massif peut faire changer les vents. Ceux qui ne vont pas aux urnes perdent le droit de se plaindre. Car l’absentéisme, c’est de la lâcheté, et cette lâcheté se voit aussi dans d’autres circonstances de la vie citoyenne des musulmans.
Mais surtout, souligne Jean-Michel Brun, le plus important c’est la jeunesse, les enfants, qui seront les citoyens français musulmans de demain. Or quel exemple leur donnons-nous ? Nous les laissons traîner dans la rue, harceler leurs camarades à la sortie de l’école, nous sommes incapables de limiter le temps qu’il perdent à chatter sur leur téléphone portables au lieu d’étudier et de lire. On se souvient de ce spectacle lamentable des échauffourées de l’an dernier où on voyait des mères de famille en jilbab emporter sous le bras des écrans de télévision dérobés dans les magasins dont les vitres avaient été brisées par les émeutiers. Quel exemple pour leurs enfants ! Et comment voulez-vous que les non-musulmans n’aient pas peur de nous ?
Qu’il le veuille ou non, chaque musulman est le représentant de la communauté toute entière, et les manquements de l’un sera invariablement attribué à tous. C’est probablement injuste, mais c’est comme ça. Chacun de nous porte la responsabilité de tous les autres. Nous devons être encore plus irréprochables que les autres citoyens. Pour une simple raison. Nous sommes de croyants, nous avons des valeurs, nous sommes musulmans.
Alors, notre devoir c’est bien sûr de nous occuper en priorité de notre propre famille, mais c’est aussi de venir au secours des familles en perdition. Oh il ne s’agit pas de révolutionner le monde, mais chacun d’entre nous connaît un voisin, un camarade de son propre enfant, qui est à la dérive. Il est de notre devoir de lui prodiguer des conseils bienveillants, et d’aider les autres parents dans leur tâche d’éducateurs.
Et qu’on ne vienne pas m’opposer les conditions de vie, les fractures sociales, pour justifier le trafic de stupéfiant ou le niveau culturel des jeunes. Nos parents vivaient dans des conditions souvent bien pires. La condition sociale n’est pas une excuse.
Si nous sommes discriminés, c’est d’abord de notre faute. Réagissons, et devenons des modèles de probité, de civisme, éduquons nos enfants dans le respect des autres et le plaisir d’apprendre, réapprenons les valeurs de l’islam, réapprenons à comprendre le sens véritable de ses enseignements, et faisons de la « Oumma » , enfin, une réalité concrète.
Au sein de la population musulmane, Marseille fait presque figure de capitale. Comme il vient d’être dit, pratiquement 30 à 40% de la population marseillaise peut être considéré comme musulmane. L’histoire de l’islam et musulmans en Marseille est précisément le sujet traité par le Pr. Vincent Geisser, chercheur au CNRS, et directeur de l’Institut de recherches et d’études sur les mondes arabes et musulmans (IREMAM).
UNE PRÉSENCE MUSULMANE MULTI-SÉCULAIRE

On peut penser que l’islam, la communauté musulmane, est une composante majeure, fondamentale, essentielle de cette ville, constate Vincent Geisser, et il est vrai que dans l’imaginaire national français, c’est ainsi que Marseille est perçu, parfois de manière positive souvent de manière négative. Cette situation génère même parfois un humour douteux, teinté de racisme, de xénophobie : « A Marseille, à l’école, on fait Français deuxième langue »
Pourtant s’interroge Vincent Geisser, « il y a un paradoxe, c’est que quand on compare la situation de l’islam et des musulmans dans cette ville, on s’aperçoit qu’il y a une sorte d’état de sous-institutionnalisation, presque d’impuissance des musulmans comparé à d’autres villes, à la région parisienne, à la région lyonnaise, à la région lilloise. C’est-à-dire que derrière ce cliché, derrière ces images de Marseille comme ville musulmane, il y a une réalité : en terme d’organisation, la communauté musulmane n’est pas aussi active que d’autres villes françaises que l’on ne considère pas du tout comme des villes « musulmanes . Le paradoxe marseillais, c’est que c’est une communauté à la fois visible et invisible. Les musulmans, on croit qu’il y en a partout, on les voit partout, on a l’impression que chaque rue est musulmane, que chaque place est musulmane, mais dans la réalité, en terme de force organisationnelle, en terme d’associations, la communauté musulmane de Marseille pâtit d’une dispersion qui mène à son invisibilité. »
La présence musulmane à Marseille est très ancienne, souligne Vincent Geisser. « C’est un des principaux ports de la Méditerranée, qui a été marqué par ce qu’on appelait les phénomènes barbaresque, les pirates en quelque sorte. Certains venaient du sud, d’autres du nord de la Méditerranée. Etaient aussi présents des galériens ou des esclaves que l’on capturait lors des fameuses « courses » opposant les marines chrétiennes et musulmanes dès le 15e et 16e siècle. Les captifs musulmans réclamaient la possibilité d’exercer leur culte. Il semblerait, même si on n’en trouve pas tout à fait les traces, qu’il y ait déjà eu au 15e et 16e siècles des salles de prières et des sépultures musulmanes. Cette présence musulmane a été alimentée, du 16e au 19e siècle, par les voyageurs, les diplomates, les marins, suite à l’explosion des échanges commerciaux .
À partir du 18e et 19e siècle, on assiste à un nouveau phénomène : l’orientalisme, c’est-à-dire la découverte par les élites françaises, des intellectuels, des savants, des politiques, de ce qu’on appelle l’Orient, mais un Orient fantasmé bien sûr. Cet engouement amène les « sociétés orientalistes » à appeler, même si cela n’a jamais abouti, à la création d’institutions arabo-musulmanes mais aussi africaines, comprenant un institut musulman, une école d’arabe et aussi une mosquée. Autrement dit, des établissements à la fois culturels, cultuels, spirituels, éducatifs lié au monde musulman.
Mais la vraie institutionnalisation de la présence musulmane à Marseille, a eu lieu à l’époque coloniale. Marseille devient le principal carrefour des échanges coloniaux et se revendique même capitale de l’empire français et même encore « capitale de l’empire musulman français ». En effet, la colonisation se construit sur un paradoxe : assumer la domination sur les peuples, mais aussi reconnaître aux colonies leur dimension musulmane. »
L’EXTRÊME-DROITE APPUIE LA CONSTRUCTION D’UNE GRANDE MOSQUÉE
Le patronat marseillais, notamment la chambre de commerce de Marseille qui existe d’ailleurs toujours sur la Canebière, et qui est très puissant à l’époque, considère qu’il faut installer à Marseille des institutions musulmanes, voire même une mosquée qui reflète la centralité de Marseille dans l’empire français.
« Avoir une mosquée à l’époque pour les élites marseillaises et notamment pour les élites économiques marseillaises, c’est un élément de puissance » note Vincent Geisser. « Le patronat marseillais du XIXe au milieu du XXe siècle, ne veut pas une mosquée à l’écart ou cachée, il ne veut pas une mosquée invisible. Il veut que cette mosquée soit « grande, belle, glorieuse, à l’image de l’empire français. » Voilà le paradoxe : on domine, on colonise, on contrôle les musulmans, mais en même temps, on veut faire de l’islam une sorte de symbole de cette puissance française. En réalité, jusqu’au milieu du XXe siècle, les élites économiques, notamment les patrons des huileries, des savonneries, de tout ce qui était lié au port, les élites politiques, notamment les maires de Marseille, considèrent que la présence une grande mosquée, est une façon de contrôler la communauté musulmane. Il vaut mieux des musulmans à la mosquée qu’à la CGT. Il vaut mieux des musulmans qui prient que des musulmans qui manifestent ou qui fassent grève.
Une autre dimension est due au fait que le patronat marseillais était très nationaliste, on dirait aujourd’hui d’extrême-droite. Et cette extrême-droite voulait une mosquée patriotique, qui serait le symbole de ces beaux soldats musulmans, venus du Maroc, de Tunisie, d’Algérie, du Sénégal et d’ailleurs, qui avaient versé leur sang pour la défense de la patrie française, et lui ont permis de triompher de l’Allemagne. Il fallait une mosquée encore plus grande, plus belle que la mosquée de Paris.
Cette volonté va se poursuivre après la Seconde Guerre mondiale, dans les années 50, avec le seul maire gaulliste élu à Marseille, Michel Carlini qui va être élu entre 1947 et 1953. Dans les archives municipales se trouvent encore les documents attestant du projet de mosquée qui devait se trouver sur le boulevard des Dames, en plein centre de la ville, et qui avait presque abouti. Les plans étaient faits, l’électrification était déjà posée, l’eau acheminée. Mais la décolonisation est arrivée et la mosquée a été oubliée, rangée au placard comme on dit, et on a plus parlé de mosquée à Marseille. »
UN PROJET QUI JOUE À CHACHE-CACHE
« Effectivement, dès les années 60-70, le sang versé par les tirailleurs sénégalais, les Marocains et les Algériens, a été mis sous la table. On a même fabriqué des photos de la libération de Marseille avec des gens déguisés en américains, en beaux GI, et des belles Marseillaises qui flirtent avec eux, et on omet de dire que la libération de Marseille, s’est faite aussi et surtout avec des soldats et des tirailleurs qui venaient de l’autre côté de la Méditerranée, d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique du Nord,.
Il va falloir finalement arriver jusqu’aux années 90 pour qu’on reparle de construire une mosquée à Marseille. De 1953 à 1986, la mairie de Marseille a pourtant à sa tête une homme qui a imprimé sa marque à la ville : Gaston Defferre. Celui-ci connaît bien le monde musulman. Il a vécu au Sénégal, a été ministre des Outremers, mais son règne municipal s’est déroulé pendant la période de décolonisation, où la question religieuse laisse la place à celle de l’immigration, c’est à dire concernant des gens jugés de passage, qui sont appelés à retourner dans leurs pays d’origine, et pour lesquels il est donc inutile d’investir dans une mosquée. »

« C’est finalement à partir des années 89 avec son successeur Robert Vigouroux qu’on va reparler du projet. On commence en effet à prendre conscience que ces musulmans ne sont pas des musulmans temporaires, des musulmans provisoires, qui viennent et qui repartent. Ce sont des musulmans qui vont s’installer définitivement à Marseille. L’idée de la construction d’une grande mosquée est donc relancée par Vigouroux, mais rencontre l’opposition de Jean-Claude Gaudin, lequel deviendra maire à son tour en 1995. Celui-ci se convertira finalement à l’idée, considérant que, puisque les musulmans constituaient le tiers de la population marseillaise, il était normal qu’ils bénéficient d’un grand lieu de culte. En 2006, un bail est signé pour la construction du grande mosquée dans le quartier Saint Louis, bien éloigné du central boulevard des Dames. Dorénavant, pour les élites marseillaises, plus une mosquée est éloignée, plus elle est cachée, plus elle est discrète, mieux c’est. Mais le projet est définitivement abandonné en 2016. Pourquoi ? Il y a plusieurs raisons à cela.
En premier lieu, l’obsession de la centralisation. La problématique du maire est d’organiser, de contrôler, d’encadrer les musulmans. Jean-Michel se demandait pourquoi les musulmans à Marseille alors qu’ils représentent presque un électeur sur 5, ont besoin qu’on s’occupe de leur organisation (ce qui est toujours le cas, avec le CFCM ou le FORIF). Ne sont-ils pas capables de s’auto-organiser, de prendre des initiatives, afin de peser sur les décisions ? En fait, Gaudin, qui se comporte comme un président de sa ville, veut une mosquée à sa façon. Il souhaite organiser une consultation des musulmans Marseillais, mais il pose ses critères, en matière d’architecture, de cahier des charges, de localisation. Plus question d’une mosquée dans le centre de Marseille. Le maire veut une mosquée là où il y a des musulmans, même si, en réalité, il ya des musulmans partout. À Marseille, les politiques considèrent que la communauté musulmane est incapable de s’organiser elle-même, et qu’elle a besoin d’être assistée.
La seconde raison est le tropisme algérien de Jean-Luc Gaudin concernant le financement. En cherchant à négocier directement avec le président Bouteflika, il ignorait la réalité multiple de la communauté musulmane. Or il aurait été plus logique que ce soient les musulmans marseillais, et non un pays en particulier qui prennent en charge la conception de la mosquée.
L’échec de la mosquée, c’est d’abord l’erreur d’avoir voulu imposer une conception à la place des musulmans. » conclut Vincent Geisser.
Aujourd’hui, on reparle à nouveau d’une grande mosquée à Marseille, mais les questions du financement et de l’unité de la communauté musulmane ne sont toujours pas résolues, et l’ambiance anti-musulmane qui règne au sein de la politique française ne va pas faciliter les choses. Pourtant, on le voit ici, dans la communauté mouride, le dynamisme de la communauté musulmane est bien là. Le destin religieux, le destin spirituel des musulmans dépend d’abord des musulmans eux-mêmes et non pas seulement du maire, du préfet, ou du président du conseil départemental. La balle est dans leur camp.
Prochainement un nouvel article sur la confrérie Mouride de Marseille
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