LEILA SHAHID, LA VOIX DE LA PALESTINE S’EST TUE

Elle fut peut-être la plus emblématique défenseuse de la Palestine et de son peuple, dont elle fut l’ambassadrice en France et auprès de l’Union européenne.

Gravement malade depuis plusieurs années, elle a fait le choix de partir, ce 18 février 2026 dans sa résidence de Lecques, dans le sud de la France.
Leïla Shahid est née le 13 juillet 1949 à Beyrouth, au Liban, parmi ces Palestiniens déportés par les Britanniques à l’époque du mandat, peu après la Nakba (« Catastrophe » en arabe), au cours de laquelle plus de 750.000 Palestiniens furent expulsés de leur terre lors de la création de l’Etat d’Israël.
Par sa mère, elle appartenait à une grande famille de Jérusalem, les al-Husseini, dont furent issus des hommes politiques, des maires, et des grands muftis. Elle était également descendante des Al Alami, une autre grande famille de Jérusalem. De son père, elle hérita du nom de Shahid, qui signifie  « martyr » en arabe. Tout un symbole.

La défaite des arabes lors de la guerre des six jours, en juin 1967, l’amène à rejoindre un mouvement de défense de la Palestine, encore inconnu du grand public, le Fatah, créé dans la clandestinité en 1959 par Yasser Arafat. Les deux militants se rencontrent en 1970. Arafat dirige alors l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), et vient d’être expulsé de Jordanie, après Septembre noir.
En 1989, elle devient la première ambassadrice de Palestine, à travers l’OLP, en Irlande, puis aux Pays-Bas et au Danemark. Elle porte ensuite, de 1994 à 2005, la voix de l’Autorité palestinienne.
Elle fait alors la brillante démonstration de sa force et de sa ténacité face aux attaques venant des politiciens internationaux et des journalistes soumis à l’idéologie anti-palestinienne qui assimile les mouvements de libération de la Palestine à des entreprises terroristes.

En 2015, elle démissionne de ses fonctions, et quitte la vie politique officielle, jugeant que l’Autorité palestinienne qu’elle représente n’est plus à la hauteur de la mission qu’elle est censée accomplir.

J’ai rencontré Leila Shahid à Paris en 1994. Ce qui frappait d’emblée, c’était son regard, à la fois doux et déterminé. Sa voix, teintée de ce charmant accent libanais, calme, posée, mais qui pouvait aussi frapper, comme des coups de marteau, exprimait ce qu’on aurait pu qualifier de « force tranquille ». Et puis son sourire, souvent décrit par ses interlocuteurs, était celui de ceux qui sont conscients de la légitimité de leur combat.

Leila Shahid incarnait à la fois la souffrance du peuple palestinien, chassé, volé, assassiné, et sa détermination à poursuivre sans relâche, son combat pour la justice. Elle faisait brillamment écho à toutes ces familles palestiniennes que j’ai visitées, aux quatre coins du monde, dans les demeures de leur exil, qu’ils juraient provisoires, Chacune possédait, encadré sur un mur, le titre de propriété, le plan et, accroché au cadre, les clés, soigneusement conservées, de leur maison en Palestine. Souvent était écrit à la main « Sana3oud » : « Nous reviendrons ».

Leila Shahid savait s’adresser à l’Occident. Son franc-parler, soutenu par des arguments irréfutables, la faisait à la fois craindre et respecter par ses adversaires.
Elle a vécu ses derniers moments dans le désespoir et dans la rage de voir le peuple de Gaza exterminé dans l’indifférence générale, à quelques exceptions près.
Elle aimait à dire : « Je n’ai pas eu d’enfants. Tous les enfants de Palestine sont mes enfants »

La grande voix de la Palestine s’est tue dans le silence coupable des nations. Souhaitons que son combat n’ait pas été vain, et que d’autres voix aussi fortes s’élèvent à sa place.

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