LE VOILE DE LA FEMME DU CAÏD D’ORAN, 1882

Au moment ou certains politiciens et « journalistes » écervelés parlent d’empêcher les femmes française de porter le foulard (sauf bien sût si elles ne sont pas musulmanes), il est utile de relire l’histoire de la colonisation.

Voici un extrait de l’excellent livre de Roland Laffitte et Naïma Lefkir-Laffitte : L’Orient d’Ismaÿl Urbain, d’Égypte en Algérie, 2 vol., Paris : Geuthner, 2019.
L’ouvrage comprend deux volume, et ce texte est tiré du volume 2, pages 42-43.


 » Le 1er avril 1832, le 2e régiment de chasseurs débarque à Mers el-Kébir pour camper à Oran, ville dont ont fui les Musulmans lors de la conquête ‒ il n’en reste pas 250 ‒ et seulement peuplée de 3 000 Algériens juifs, de 700 Européens en dehors de la garnison qui, composée de deux régiments, doit s’élever à quelque 5 000 hommes.

L’ambiance est exécrable : le colonel et une partie du régiment meurent littéralement de nostalgie – soit à l’époque, dans le langage médical, une profonde dépression provoquée par le mal du pays –, résume un historien à partir de récits de l’époque[1]. Dès son arrivée, note un autre historien militaire, le 2e régiment de chasseurs donne « un exemple d’indiscipline » : un brigadier de régiment arrache, en pleine rue, la voilette d’une femme et la renverse à terre. Cette « mauresque » n’est autre que la femme du caïd d’Oran, un des rares rallié au Français[2].

Par punition, le général Desmichels le fait exposer, l’uniforme retourné, sur la grand-place d’Oran, ce qui provoque une prise d’armes de ses camarades qui rompent ses liens et le ramènent en triomphe à la caserne. Éclate alors une véritable révolte : les soldats du bataillon espagnol de la Légion étrangère, envoyés pour réprimer cette manifestation, pactisent avec les mutins aux cris de Viva los casadores dell’Africa !, soit « Vive les chasseurs d’Afrique ! ». « Le mouvement eût pris des proportions inquiétantes si le colonel Létang ne se fût élancé à cheval au-devant de cette troupe indisciplinée, et par quelques nobles paroles militairement accentuées ne l’eût ramenée au sentiment du devoir[3] »…  

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[1] ESTAILLEUR-CHANTERAINE, Philippe, Abd el Kader, Paris : Librairie de France, 1931, 75.
[2] DERRIEN, Isidore, Les Français à Oran depuis 1830 jusqu’à nos jours, Aix : Impr de J. Nicot, 1886 1886, 54-55.
[3] NOÉ, Louis-Robert-Jean, « Études de Cavalerie – Les Chasseurs d’Afrique », La Revue des Deux Mondes mondes, XXIX, 211, 5.

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