Décidément, le virage à droite d’Emmanuel Macron ressemble de plus en plus à un demi-tour, en regard des déclarations faites au moment de sa campagne de 2017. Il avait promis une France unie, l’acceptation des différences, le respect de la foi de chacun et la liberté de l’exprimer.
Mais voilà, au fur et à mesure de son mandat, plutôt que de s’attaquer aux problèmes qui mettent au quotidien les Français en difficulté, il a préféré user de la stratégie mortifère du bouc émissaire. Le musulman : voilà l’ennemi !
Pour accréditer l’ignoble thèse de l’ennemi intérieur, il faut un récit : celui d’un musulman incapable de s’intégrer, cloîtré dans des moeurs d’un autre âge, et qui plus est, menaçant de remplacer subrepticement le bon « Français de souche », comme les extraterrestres du film de Don Siegel « Invasion of the body snatchers ». Et tout discours qui viendrait infirmer cette fable ne doit pas être entendu.
La Fondation de l’Islam de France, créée en 2016 par le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve et par Jean-Pierre Chevènement, et dirigée aujourd’hui par le physicien et islamologue Ghaleb Bencheikh, est une association culturelle et non cultuelle. Elle fait, conformément à ses statuts, la promotion, par des actions éducatives, culturelles et sociales, d’un « islam humaniste, d’un islam de France qui reconnaît les valeurs et principes de la République ». Elle était, jusqu’à aujourd’hui, reconnue d’utilité publique , ce qui lui permettait d’obtenir des dons et des subventions.
Mais voilà, l’image d’un islam serein, partie constituante de la nation française, déplaît fortement au pouvoir en place.
Un décret du mardi 11 août et publié au Journal officiel jeudi 13 août lui retire sèchement la reconnaissance d’utilité publique dont elle bénéficiait depuis dix ans : « Par décret en date du 11 août 2026, est abrogé le décret du 5 décembre 2016 qui a reconnu comme établissement d’utilité publique la fondation dite « Fondation de l’islam de France ». »
Cette décision vaut condamnation à mort : Le statut d’utilité publique permettait à la fondation de délivrer des reçus fiscaux avantageux à ses donateurs, particuliers comme entreprises, et constituait le socle juridique de son financement privé. De plus, ce statut lui assurait une dotation minimale de 1,5 million d’euros et la présence de l’Etat au sein de son conseil d’administration.
Le prétexte officiellement invoqué est justement un manque de financement. Or, la Fondation de l’Islam de France a, dès le départ, bénéficié de l’aide de mécènes comme la SNCF et les Aéroports de Paris. Mais ceux-ci ont été discrètement dissuadés de poursuivre leur soutien à une fondation dont le nom portait le nom honni d’Islam.
En 2020, lors d’un discours sur le séparatisme aux Mureaux (Yvelines), Emmanuel Macron avait promis une aide de 10 millions d’euros à la fondation. « Nous ne l’avons toujours pas reçue et la survie de l’institution en est affectée », regrette Ghaleb Bencheikh. Encore une promesse de Gascon… parmi tant d’autres.

Comment s’en étonner d’ailleurs ? En 2019, la FIF co-organisait, au palais de la Bourse à Paris, avec le Grand rabbin de France, le secrétaire général de la ligue islamique mondiale, le président de la fédération protestante, le culte catholique, une conférence appelée « Conférence Internationale de Paris pour la paix et la solidarité ». L’objectif était d’appeler à la coopération inter-religieuse pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes. Emmanuel Macron avait assuré à Ghaleb Bencheikh qu’il serait présent. Promesse non tenue, puisqu’aucun membre du gouvernement, pas même le ministre de l’intérieur (également chargé des cultes) n’a daigné se rendre à la manifestation. Même le voyage à Auschwitz prévu à l’issue de la conférence a été annulé. En réalité, le conseil en communication d’Emmanuel Macron, Joseph Zimet, avait fortement dissuadé celui-ci d’apporter sa caution au projet. L’Islam doit être présenté comme un danger, non comme une contribution à la solution. Il faut reconnaître que dire que l’époux de l’ancienne ministre Rama Yade, et fils du chanteur Yiddish Ben Zimet a peu d’appétence pour les musulmans est un doux euphémisme.
Le résultat, c’est que la Fondation de l’Islam de France est appelée à disparaître. Pour les mêmes raisons que la macronie a dissout l’Observatoire de la laïcité de Jean-Louis Bianco.
Mais c’est mal connaître Ghaleb Bencheikh. Malgré les attaques et les trahisons dont il a été l’objet, il n’a jamais cédé devant l’ignominie et la médiocrité. Gageons qu’il trouvera une nouvelle solution pour que la voix des musulmans continue à se faire entendre. A nous tous de l’y aider.
Jean-Michel Brun
Musulmans en France L'actualité des musulmanes et musulmans en France