La réunion annuelle du Forum de l’islam de France (FORIF) s’est tenue le mardi 18 février au ministère de l’Intérieur. En reprenant les travaux initiés par son prédécesseur, Bruno Retailleau souhaite afficher sa volonté de poursuivre le dialogue avec la communauté musulmane.
« Le Forif n’a pas vocation à être une instance de représentation. C’est un espace de dialogue, un lieu où des hommes et des femmes de bonne volonté, qui veulent consacrer une partie de leur temps et de leur énergie à l’organisation du culte musulman, débattent, échangent et construisent ensemble des propositions concrètes sur des sujets précis. » a affirmé le ministre lors de son discours d’introduction.
L’un des principaux thèmes abordés est le statut de l’imam. Une fonction essentielle dans la communauté musulmane, et pourtant jusqu’ici non reconnue comme un véritable métier. Ainsi, les imams, dont la mission couvre l’organisation de la mosquée, les khutbas de la prière de jumâa, l’enseignement, le conseil, la médiation, restent victimes d’une situation précaire, souvent sans protection sociale. Ils sont également souvent l’objet de harcèlement des autorités, précisément en raison de l’imprécision de leur statut.
Le groupe de travail sur l’imamat a ainsi planché sur un nouveau référentiel de France Travail pour le métier d’imam, l’élaboration de fiches de poste et un véritable contrat de travail. Un code ROME (Répertoire Opérationnel des Métiers et des Emplois) est désormais attribué à la fonction d’imam, faisant désormais de celui-ci un véritable métier. Reste à travailler sur l’encadrement de la fonction, sur la question des droits économiques et sociaux des cadres religieux musulmans, et sur l’affiliation à la Caisse d’assurance vieillesse, invalidité et maladie des cultes (Cavimac). Ce qui n’est pas une mince affaire.
« Les imams de France vivent dans des situations extrêmement variables, allant de l’imam permanent et salarié, attaché à une mosquée à l’intervenant occasionnel et bénévole.
Il y a à peine quelques semaines, la fonction d’ »imam » n’existait pas dans la liste des métiers en France. Les imams étaient embauchés comme animateur social, éducateur, enseignant…
Aujourd’hui, les mosquées peuvent signer des contrats mentionnant la fonction d’imam, grâce aux travaux menés par le forum de l’islam de France (FORIF) et le bureau central des cultes (BCC). Il reste encore du chemin à faire pour que l’imam soit reconnu à sa juste valeur et pour qu’il puisse exercer ses fonctions dans les mêmes conditions de respect et de dignité que les ministres du culte des autres religions, mais il s’agit là d’une avancée significative pour la reconnaissance du métier d’imam. » a commenté l’un des participants à cette réunion annuelle.
Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des monde. Sauf que…
Les déclarations vertueuses du ministre de l’intérieur (« Je veux être clair : la laïcité, ce n’est pas le laïcisme. Combattre les dérives, toujours ! Mais combattre les religions, jamais ! Parce que la neutralité de l’Etat n’a jamais été la neutralisation des religions ») sont contredites au quotidien par les faits : ruptures de tous les contrats avec les lycées musulmans, fermetures arbitraires d’écoles, interdiction ou propositions d’interdiction des vêtements pouvant être assimilés à la religion musulmane à l’école, l’université, dans les compétitions sportives, dans les piscines, fermetures ou menaces de fermeture de librairies musulmanes, expulsion d’imams.
Bruno Retailleau, comme son prédécesseur, aujourd’hui ministre de la justice Gerald Darmanin, manie avec subtilité l’ambiguïté entre islam et islamisme, comme d’autres alimentent la confusion entre anti-sionisme et antisémitisme, même s’il s’en défend dès qu’il se trouve en face des membres du FORIF : « La confiance ne se décrète pas, elle se construit. Je veux aujourd’hui apporter une pierre à cet édifice en redisant le plus clairement possible que je ne confonds pas, et ne confondrai jamais, l’islam et l’islamisme, par essence politique ». En réalité, dès que les responsables musulmans on le dos tourné, le ministère, relayé par les préfectures, invoquent tous les prétextes pour tenter de rendre l’islam de France, au mieux invisible, au pire absent.
Le mot « islamophobie » reste banni des discours officiels, qui lui préfèrent celui, plus édulcoré « d’actes anti-musulmans », lesquels sont d’ailleurs systématiquement sous-estimés, alors que l’antisémitisme, réel ou supposé, fait quotidiennement la une des médias et nourrissent les harangues des députés et ministres Renaissance, comme Aurore Berger, ou Yaël Braun-Pivet. Des humoristes sont bannis des chaînes de télévision, soit à cause de leur costume, comme Merwane Benlazar, ou parce qu’ils se sont indignés du massacre des Palestiniens à Gaza, comme Blanche Gardin. Un imam, qui ne participe pas aux travaux du FORIF, subit une perquisition pour avoir suggéré que Charlie Hebdo cultivait l’islamophobie, tandis que d’autres sont purement et simplement expulsés.
Le gouvernement français, en faisant mine d’entamer un authentique dialogue avec la communauté musulmane, cherche visiblement à dresser un écran de fumée devant une idéologie ouvertement anti-musulmane.
Alors, les imams qui participent au FORIF ont-ils raison de le faire, car refuser apparaîtrait comme un refus de s’intégrer la la société française, ou se fourvoient-ils avec la naïveté du mouton qui croit aux promesses du loup ? Si leur sincérité et leur bonne volonté ne peut être mise en doute, ils seraient avisés de ne pas se laisser endormir par les discours lénifiants du ministre de l’intérieur et du président de la République.
« Si ce n’est toi, c’est donc ton frère. Je n’en ai point. C’est donc quelqu’un des tiens […] Là-dessus, au fond des forêts le loup l’emporte et puis le mange, sans autre forme de procès. » (Jean de La Fontaine)