LE KAZAKHSTAN, PIVOT STRATÉGIQUE DES RECOMPOSITIONS ASIATIQUES

Philippe Folliot, sénateur du Tarn et Evgenyi Bolgert, Sénateur Parlement de la République du Kazakhstan

Le 13 février 2026, le Palais du Luxembourg a accueilli une table ronde consacrée aux « Opportunités géo-économiques et défis géopolitiques au Kazakhstan et en Asie centrale », organisée par l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE).

Au-delà d’un simple échange académique, la rencontre a constitué un révélateur des recompositions stratégiques en cours en Eurasie. Dans un environnement international marqué par la fragmentation des routes commerciales, la rivalité systémique sino-occidentale et les conséquences durables de la guerre en Ukraine, le Kazakhstan est apparu comme un acteur charnière d’un espace centre-asiatique en voie d’autonomisation.

De l’État enclavé à l’État « connecteur »

Les discussions du premier panel ont mis en lumière une mutation structurelle : le passage d’un État historiquement enclavé à un État « connecteur ».

Longtemps intégré prioritairement aux circuits économiques russes post-soviétiques, le Kazakhstan a progressivement diversifié ses axes d’intégration. Le développement du corridor transcaspien — souvent présenté comme une composante centrale du « Middle Corridor » — a illustré cette volonté de redéfinir les flux commerciaux eurasiatiques en contournant les axes traditionnels dépendants de la Russie.

Les intervenants ont souligné que cette stratégie relevait d’une logique de souveraineté logistique : sécuriser les exportations d’hydrocarbures, faciliter l’acheminement des matières premières critiques vers l’Europe et attirer des financements multilatéraux, notamment européens.

Il a été observé que la présence d’acteurs financiers européens traduisait un intérêt croissant pour la stabilisation et l’intégration économique de l’Asie centrale dans les chaînes de valeur globales.

Une diplomatie d’équilibre dans un système international polarisé

Le second panel a approfondi la notion de diplomatie « à 360° », devenue un marqueur de la politique étrangère kazakhstanaise.

Face à la polarisation croissante du système international, le Kazakhstan a maintenu une posture d’équilibre entre Moscou, Pékin, Bruxelles et Ankara. Les échanges ont montré que cette stratégie ne relevait ni d’un non-alignement passif, ni d’un opportunisme circonstanciel, mais d’un calcul stratégique visant à préserver une autonomie décisionnelle maximale.

Dans cette perspective, le « désenclavement » de l’Asie centrale a été analysé comme un processus géopolitique autant qu’économique : multiplication des coopérations intra-régionales, diversification des partenariats énergétiques et montée en gamme diplomatique.

Les intervenants ont estimé que cette capacité d’équilibrage constituait un facteur de stabilité régionale dans un espace historiquement soumis aux rivalités d’influence.

L’Europe face à son « moment centre-asiatique »

Un point saillant des débats a porté sur la redécouverte stratégique de l’Asie centrale par l’Union européenne. Les participants ont souligné que l’intérêt européen pour le Kazakhstan s’était intensifié dans le contexte de la crise énergétique et de la recherche de partenaires fiables.

Le Kazakhstan a ainsi été présenté comme un interlocuteur stabilisateur, capable d’articuler coopération énergétique, dialogue politique et ouverture économique.

La relation franco-kazakhstanaise a été décrite comme entrant dans une phase de densification qualitative : au-delà des hydrocarbures, les secteurs des infrastructures, de la transition énergétique, des minerais critiques et de la coopération sécuritaire ont été identifiés comme axes prioritaires.

Vusala Aliyeva

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