YADAN : LE PROJET DE LOI DE LA HONTE

La proposition de loi de la députée Caroline Yadan, cosignée par 128 députés, sera soumise au vote de l’Assemblée nationale le 16 avril 2026. Une procédure accélérée, accordée par le gouvernement français doit permettre de réduire drastiquement les délais de son adoption.

Que prévoit cette loi ? Ni plus ni moins de criminaliser les critiques à l’égard de l’Etat israélien et de sa politique en faisant assimilant toute accusation visant la politique de Netanyahu à de l’antisémitisme.
C’est la première fois, depuis la seconde guerre mondiale, qu’il serait interdit en France de critiquer un pays étranger. Le seul précédent étant la période de l’occupation allemande. Cette loi, si elle passait, serait un exemple inédit de soumission de la France à une puissance étrangère.

« Judéonazisme »

Cette comparaison avec la Collaboration a sans doute de quoi faire grincer les dents de certains. Pourtant, nombreux sont ceux, y compris en Israël même, qui n’hésitent pas à exprimer leur dégoût envers cet acte de servitude, et surtout envers les actes de barbarie auxquels le gouvernement de Netanyahu se livrent actuellement.

Le pilonnage de cibles civiles au Liban, malgré la trève conclue entre l’Iran et les USA fait chaque jour des centaines de victimes. Ni les femmes, ni les enfants ne sont épargnées. Les familles libanaises, qui n’ont rien n’a voir avec le conflit, vivent dans la terreur et la mort. Le prétexte d’une soi-disant lutte contre le Hezbollah ne convainc plus personne. Le 30 mars dernier, alors que le génocide à Gaza, les exactions commises par les colons et l’armée israélienne sur les Palestiniennes de Cisjordanie se poursuivaient, le parlement israélien a voté une loi qui institue la peine de mort pour les « terroristes », mais qui cible en réalité les Palestiniens. En Iran, alors que les juifs iraniens protestent contre la politique de Netanyahu, une synagogue de Téhéran a été visée et entièrement détruite par une attaque « ciblée » israélienne.

Déjà, en 1948, Aharon Zilsing, ministre de Ben Gourion,  l’un des rédacteurs de la Déclaration d’indépendance d’Israël du 14 mai 1948. disait devant le Parlement en novembre 48 : «Je n’ai pas pu dormir de la nuit… les choses qui se passaient faisaient mal à mon âme, à l’âme de ma famille et à nous tous ici.. Maintenant, les Juifs aussi se sont comportés comme des nazis et tout mon être a été secoué »»

En 1980, le philosophe Yishayahu Leibowitz, figure centrale de la vie intellectuelle israélienne, inventait, à propos de la manière la manière dont Israël traite les Palestiniens, l’expression « judéonazisme ». Certes, le journaliste Nissim Kalderon a vivement critiqué cette expression, mais son argumentation laisse songeur : « Les Israéliens ne se comportent pas comme les nazis, qui ont exterminé des êtres humains de manière systématique, dans des chambres à gaz. Des hélicoptères israéliens plongent au-dessus de camps de réfugiés et y pulvérisent du gaz – il faut le dire ; on répand le sang d’un enfant sur la route – il faut le dire. Mais il existe une différence très nette entre quelqu’un qui a commis un acte de prostitution une fois et quelqu’un qui est prostitué de profession. » (Journal Ha’ir, 1988)

Et si Simone Rodan-Benzaquen, responsable de l’American Jewish Committee, affirme que « Nazifier Israël est une forme contemporaine de négationnisme », si Michel Eltchaninoff , philosophe et journaliste publie dans Philosophie Magazine, en novembre 2023, une tribune où il affirme que « Nazifier les Juifs, est une nouvelle forme d’antisémitisme », tous deux oublient, ou font semblant de méconnaître, que ce ne sont pas les juifs qui sont visés, mais les exactions commises par l’État israélien.  Lorsqu’Emmanuel Macron prétend que « l’antisionisme est la forme réinventée de l’antisémitisme », il adopte une posture qui « relève à la fois de l’ignorance et de la mauvaise foi. Ignorance historique d’abord, car l’antisionisme, né dès le début du xxe siècle, a d’abord et pendant longtemps été porté par les milieux libéraux juifs européens et leurs intellectuels les plus éminents, de Sigmund Freud à Albert Einstein en passant par Hannah Arendt, qui se sont inquiétés de l’installation d’un État juif sur une terre déjà peuplée » rappelle le photographe israélien Shai Kremer. C’est au contraire confondre anti-sionisme et antisémitisme qui est le véritable nouvel antisémitisme.

Protéger Israël aux dépens des juifs

La proposition de loi, qui officialise cet amalgame en affirmant que « la haine de l’État d’Israël est aujourd’hui consubstantielle à la haine des juifs », n’est qu’un procédé grossier pour protéger le gouvernement israélien et museler les politiques, penseurs, universitaires, juristes, qui s’indignent contre le sort réservé aux Palestiniens et aux Libanais.

Comme l’indique la pétition nationale lancée contre le projet de loi Yadan, en faisant l’amalgame entre la condamnation des violations du droit international par l’État d’Israël et l’antisémitisme,  la députée cherche en réalité « à faire taire toute critique contre Israël », à contraindre les juifs de France à une solidarité obligée avec la politique israélienne, à appeler les tribunaux à sanctionner les associations anti-sionistes juives, comme l’Union Juive Française pour la Paix et vise à interdire les slogans tels que « Pas en notre nom ». Ainsi que le souligne le journaliste Hervé Nathan, « La loi Yadan défend Israël au détriment des juifs »
Caroline Yadan ne cache d’ailleurs pas ses intentions : utiliser cette loi pour interdire les slogans des manifestations en solidarité avec la Palestine. Son article 1 prévoit de sanctionner les « propos publics présentant des actes de terrorisme comme une légitime résistance » et « le fait d’inciter publiquement à porter sur des actes de terrorisme ou sur leurs auteurs un jugement favorable ». En réalité, une façon déguisée d’interdire tout soutien au peuple palestinien, toute critique à l’égard de la politique israélienne, et de sanctionner le fait d’accuser les Israéliens de génocide.
Cette loi, si elle était adoptée, provoquerait immanquablement une montée de l’antisémitisme en France, ce qui ne déplairait peut être pas à ceux qui soutiennent ce projet, dans la mesure où elle légitimerai celui-ci a posteriori.

Or la pétition contre le projet a déjà recueilli plus de 600 000 signatures, ce qui va en principe empêcher l’Assemblée Nationale d’utiliser la mesure d’urgence initialement prévue et qui ouvre la porte à un débat dans l’enceinte du Palais Bourbon. En effet, le règlement du parlement prévoit que « la conférence des présidents de l’Assemblée nationale peut décider d’organiser un débat en séance publique sur une pétition ayant recueilli au moins 500 000 signatures, issues d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer ». Toutefois, l’éventuel débat, s’il est décidé par la conférence des présidents de l’Assemblée nationale, portera sur la pétition. La proposition de loi signée par Caroline Yadan et soutenue 110 autres députés n’est donc pas « bloquée » par ce processus.

En réalité, la question n’est pas là. Ce qui est invraisemblable, odieux, criminel, c’est qu’un tel projet de loi puisse être discuté au parlement d’un pays qui se prétend la figure exemplaire des droits de l’homme. Ce qui est affligeant, c’est de voir des anciens responsables nationaux, comme François Hollande ou Gabriel Attal, cosigner ce misérable projet de loi.

Nous attendons, pour laver nos institution du déshonneur, que l’Assemblée Nationale condamne officiellement les crimes israéliens, en Palestine et au Liban, et que le Président de la République impose enfin des sanctions à l’État d’Israel.

Abdeljallil Asmar

Pour signer la pétition : https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5158?locale=fr

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