L’APARTHEID EN MARCHE

Amnesty International définit l’apartheid comme « un régime institutionnalisé d’oppression et de domination systématique par un groupe racial sur un autre, dans l’intention de maintenir ce régime […] à travers des lois, des politiques et des pratiques discriminatoires.» Ainsi que le souligne l’ONG, «  Ce crime contre l’humanité est interdit par plusieurs textes de droit international.»

Alors bien sûr, la politique française à l’égard des musulmans ne peut être assimilé à de l’apartheid. Du moins pas encore. Car si ce crime se caractérise par « des actes inhumains, tels que transferts forcés de populations, tortures et meurtres », ce qui n’est, par bonheur pas encore la cas en France, certains indices semblent confirmer que nous en prenons le chemin.
Amnesty International classe dans les mesures contribuant à l’apartheid « des détentions administratives, la privation de droits et de libertés fondamentaux et le déni du droit de participer à la vie politique, sociale, économique et culturelle du pays ».

Or cinq après une première loi controversée sur le séparatisme, le gouvernement remet le couvert. Et que nous propose le projet de loi porté par le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez, qui est déjà transmis au Conseil d’État, et devrait être présenté en Conseil des ministres d’ici la fin du mois d’avril?
D’abord, une extension de la loi Darmanin, qui reprend le terme de « séparatisme », un néologisme , un « mot-mana », selon l’expression de Roland Barthes, qui suggère que les personnes qu’il cible ne sont pas considérés comme des Français à part entière de la Nation française, mais des citoyens à la marge, des parias (1), qui ne bénéficient pas des mêmes droits que le reste de la population. Il s’agit notamment du droit d’association, qui leur est dénié en permettant aux autorités de dissoudre une association qui ne leur convient pas, la liberté d’expression, qui permet d’interdire des livres ou de placer en garde à vue les personnes qui, par exemple, qualifient de génocidaire l’État d’Israël. Ceci alors que l’ONU et les organisations de défense des Droits de l’homme confirment cette appellation. (« Depuis les terribles attaques du 7 octobre 2023, les autorités israéliennes commettent un crime de génocide envers la population de Gaza. »  Amnesty International ). Le prétexte de l’antisémitisme et de l’apologie du terrorisme est tellement grotesque qu’on peut lui appliquer sans réserve le mot de Talleyrand : « Ce qui et excessif est insignifiant ».
Pour les Français musulmans, car c’est bien d’eux dont il s’agit, la problématique qu’Emmanuel Macron a soutenu lorsqu’il a évoqué la nécessité d’un nouveau dispositif législatif est très simple : soit ils continuent à vouloir conserver, au sein de la nation française, leur héritage culturel, et ils sont accusés de « séparatisme », soient ils affirment leur volonté de s’y assimiler, et alors, Macron parle d’«entrisme islamiste ». Quoiqu’ils fassent, les musulmans sont condamné à une forme de bannissement.

Selon le ministre de l’Intérieur, malgré les mesures déjà mises en œuvre, comme les fermetures d’associations, de lieux de culte et multiplication des contrôles des structures que le gouvernement voudrait voir disparaître, certaines structures échappent encore à l’action de l’État. Ainsi, le projet de loi prévoit de nouvelles dispositions permettant, de dissoudre plus facilement certaines organisations. Il suffira d’évoquer le soupçon d’entrisme islamique, pour justifier leur fermeture administrative, ou la saisie des leurs comptes bancaires.

L’autre volet concerne les publications dont les textes seraient jugés (par qui ? Selon quels critères ?) discriminatoires. Cela conduirait-il à l’interdiction du livre de Gerald Darmanin « Séparatisme » ? Ou bien encore la mise au pilon de la Bible hébraïque, qui voue aux gémonies l’homosexualité, tout comme l’ouvrage du théologien du 13ème siècle, Ibn Qayyim al-Jawziyya, qui , lui, a été retiré de la vente ? Nous ne voulons pas être exagérément soupçonneux, mais très honnêtement, on peut en douter…
Laurent Nunez affiche bien entendu, comme à l’accoutumée, les meilleures intentions du monde : il s’agirait de protéger la jeunesse contre des influences jugées radicales, et le ministre se défend, la main sur le coeur, de toute inspiration ségrégationniste. Lorsqu’on se souvient du tollé qu’avait provoqué le livre pour enfant « C’est quoi, Al-Quds ? » parce que le mot Israël ne figurait pas sur une carte, lorsqu’on se rappelle que le Ministre avait justifié sa demande d’interdiction de la Rencontre Annuelle des Musulmans de France, par un désir de protection de la communauté musulmane contre les menaces de l’extrême-droite, on a effectivement un peu de mal à croire à sa sincérité.
« Nous ne sommes pas les bras ballants » a affirmé le ministre. Il est sûr que, le bâillon dans une main et la matraque de l’autre, on peut le croire sur parole.

Reste que, de loi en loi, d’arrêté en arrêté, le musèlement des musulmans chemine, à pas feutrés mais déterminés, soutenus par des médias aux ordres. Et si ce n’est pas de l’apartheid, reconnaissons tout de même que ça y ressemble.

Jean-Michel Brun

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