La fenêtre d’Overton, c’est cette théorie qui consiste à à expliquer que des actes ou paroles d’ordinaire considérés comme inacceptables finissent, par lentes avancées successives, à devenir acceptables par la société. Aujourd’hui les cadres de la fenêtre d’Overton ont explosé, au risque de transformer notre pays en État totalitaire.
C’est ainsi que la ségrégation raciale et religieuse, interdite par la Constitution française et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, devient, dans notre pays, banale, et même encouragée, du moins lorsqu’il s’agit des musulmans.
On assiste ainsi à des débats hallucinants ou, concernant le projet de l’extreme-droite d’interdire le port du hijab, on se demande, non pas si cette idée est absurde, liberticide et anti-démocratique, mais comment on s’y prendra pour déterminer si le foulard est porté par une musulmane ou par quelqu’un d’autre, auquel cas il n’y aurait pas d’infraction.
Mais le pire est à venir. Philippe Court, le préfet du Val d’Oise, vient d’interdire à la librairie Al Bayyinah d’Argenteuil et à son propriétaire Thomas Sibille, de vendre et d’exposer des ouvrages-clés de la religion musulmane : La citadelle du musulman, le Jardin des vertueux, le Sahih al-Bukhari (L’authentique de Bukhari) et le Sahih muslim. Outre son aspect grotesque, preuve de l’inculture crasse de ce « grand serviteur de l’État », « bête à concours » (Polytechnique, Ponts-et-chaussées) ou « bête tout court , cette mesure pose une question ; S’agit-il d’une décision du Ministère de l’Intérieur, ou d’une initiative personnelle. La liberté d’action des préfets est d’ailleurs de plus en plus remise en cause. Comment un simple individu peut-il, au nom de ses propres opinions politiques, interdire une manifestation, un spectacle, fermer une association ou retirer un livre de la vente. Ceci pose la question de l’utilité de cette fonction au sein d’un État démocratique.
Quant à la censure littéraire, elle nous renvoie aux époques les plus sombres de l’occupation ou de l’après guerre. Une consolation : ces livres, bien inoffensifs, et que tout musulman possède dans sa bibliothèque, sont finalement en bonne compagnie : Les Fleurs du Mal (1857) de Charles Baudelaire, J’irai cracher sur vos tombes (1946) de Boris Vian, et La Question (1958) de Henri Alleg, connurent le même sort, avant d’être réhabilités. Il est temps que la France redevienne ce pays démocratique qu’elle est en train de cesser d’être.
Jean-Michel Brun
Musulmans en France L'actualité des musulmanes et musulmans en France